Les mots de l'actualité

APATRIDE - 23/07/2013

Audio 03:05

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En Côte d’Ivoire, l'examen de projets de loi sur l'apatridie repoussé devant l'Assemblée nationale. L’apatridie ! Un mot difficile, juridique, et qui renvoie au fait d’être apatride. Et on sait que le sujet est particulièrement sensible en Côte d’Ivoire : quand on y est apatride, on ne peut ni voter, ni être propriétaire d’une terre. Et on sait que l’histoire récente du pays a beaucoup mis en cause les problèmes de nationalité.

Qu’est-ce donc qu’être apatride ? Un simple coup d’œil sur le mot donne déjà un élément de réponse : c’set être sans patrie. Mais bien souvent c’est un état que l’on subit : on n’est pas apatride par volonté, et dans la plupart des cas, on en souffre : il  y a des droits que l’on n’a pas, des facilités qui vous  sont refusées, c’est difficile d’envoyer ses enfants à l’école, d’avoir le droit aux assurances sociales. On vit dans un pays en y étant plus ou moins bien accepté, mais sans en être citoyen.

On devient parfois apatride lorsqu’on est déchu de sa nationalité. Ça a pu arriver par exemple à des citoyens du bloc de l’est qui voulaient comme on disait alors « passer à l’ouest ». On leur retirait leur nationalité d’origine, sans qu’ils en aient immédiatement une autre. Mais cela avait été le cas pendant la Deuxième Guerre mondiale : les Français libres avaient été déchus de leur nationalité française par le régime de Vichy. De Gaulle par exemple a été apatride pendant une certaine période.

Des changements géopolitiques peuvent également faire naitre des apatrides : après l’éclatement de l’URSS, des gens se sont retrouvés sans nationalité, vivant dans des pays qui ne les reconnaissaient pas comme citoyens. Et il s’est passé à peu près le même phénomène après l’éclatement de la Yougoslavie.

Mais le mot a souvent été utilisé de façon insultante par toute une propagande antisémite : Les Juifs étaient souvent traités comme apatrides. Soit parce qu’ils avaient émigré d’un pays à un autre, notamment de Pologne ou d’autres pays d’Europe de l’Est vers l’Europe occidentale, et qu’ils n’étaient encore ni français, ni allemand, ni anglais par exemple. Soit qu’ils fussent considérés comme étrangers dans le pays même où ils résidaient. On retrouve là le vieux mythe du juif errant et la vieille idéologie du cosmopolitisme. Ce mot qui aujourd’hui est positif, valorisant, et qui évoque une multiplicité et un brassage de cultures, était synonyme avant guerre d’absence de racines : des gens qui peuvent indifféremment vivre partout, en picorant, et en se nourrissant de ce qui appartient à ceux qui ont un vrai ancrage et de vraies racines. Voilà le cosmopolitisme. Et bien les apatrides étaient souvent traités de cosmopolites.

Avertissement !
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Le Mot de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

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