Revue de presse française

A la Une : que sera la France en 2025 ?

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La France en 2025, c’était le thème du séminaire gouvernemental de rentrée qui s’est tenu hier. Durant leurs quinze jours de vacances, les ministres ont dû plancher sur cette épineuse question. Et dans la presse, les réactions sont pour le moins contrastées…

Libération tout d’abord nous explique le pourquoi de l’exercice : « Cela fait déjà plusieurs mois que François Hollande s’emploie à dessiner cette France dans dix ans. Pour de multiples raisons. Pour parler d’autre chose que de ce chômage qui n’en finit pas de grimper, pour fixer un cap à une politique qui s’est cherchée une cohérence et pour entretenir l’espoir dans un pays miné en profondeur par la crise. En plus d’être la nature profonde de l’actuel chef de l’Etat, cet impératif d’optimisme a aussi une vraie fonction économique, relève encore Libération : celle de redonner confiance aux Français. Et donc permettre la consolidation de ce début de reprise, encore très fragile. »

Finalement que s’est-il dit au cours de ce séminaire ? Le Figaro, notamment, nous livre quelques clés : « François Hollande a relevé “trois défis” pour les dix prochaines années : préserver la “souveraineté politique, diplomatique, militaire (…) budgétaire, économique, industrielle, agricole et énergétique” de la France, l’“excellence” à rechercher dans l’industrie, les services, le système de protection sociale ou environnementale, mais aussi l’“unité” sur les retraites, l’emploi, la lutte contre les inégalités ou le communautarisme. (…) Anne Lauvergeon, présidente de la commission Innovation 2030 – s’est quant à elle montrée bien plus précise dans ses ambitions pour l’Hexagone, relève encore Le Figaro. “Il faut faire des choix stratégiques, ne plus s’éparpiller”, a-t-elle insisté. Alors que l’ancienne patronne d’Areva doit faire des propositions mi-septembre, elle a déjà “donné un premier parfum” et défini “sept secteurs clés”“les innovations technologiques peuvent nous permettre de prendre des positions de leader”. Et de mettre au nombre des secteurs d’avenir le stockage de l’énergie, le dessalement de l’eau de mer, le recyclage des matières premières, la protéine végétale ou la “chimie verte”. Elle a également cité la “silver economy” (qui tourne autour des personnes âgées), soulignant que “30 % des Français auront plus de 60 ans en 2025”. »

Une vision sans avenir ?

La presse est-elle convaincue ? Pas vraiment… Les avis sont pour le moins critiques. « Une vision sans avenir » : c’est la Une de L’Humanité. « La réflexion du chef de l’Etat a tourné hier à la défense et illustration des choix qui mènent le pays à l’impasse depuis un an : austérité, absence de politique industrielle et de l’emploi, er refus de s’attaquer au mur de l’argent. (…) Au fond, poursuit le quotidien communiste, toute cette opération de communication a pour ambition de convaincre l’opinion que tous les sacrifices imposés aux plus modestes sont destinés à préparer des lendemains, même pas des lendemains qui chantonnent, mais au moins des lendemains. »

L’Alsace n’est pas non plus très convaincue… « Faire miroiter à ses concitoyens une sorte de terre promise vers laquelle nous conduirait François Hollande, dans la petite voiture jaune et rouge de Oui Oui, tient, hélas, de la science-fiction. (…) A moins que ce sommet euphorisant ne serve surtout à demander aux Français d’être patients. »

La Montagne renchérit : « une fois de plus pèse un soupçon d’opportunisme sur la démarche de François Hollande. S’il s’agissait de définir un cap pour l’avenir, pourquoi ne pas l’avoir fait dès l’avènement de son quinquennat ? Pourquoi avoir attendu l’imminence de réformes douloureuses, si ce n’est pour inviter l’opinion à lever le nez ? Le moment choisi renforce la thèse de la diversion. Surtout que les ministres, alertés hâtivement, ont bâclé des copies trop complaisantes. »

La Voix du Nord défend la démarche présidentielle : « bien sûr que le chômage, le pouvoir d’achat, la reprise économique, le budget de l’État ou la sauvegarde du système de retraites sont des priorités immédiates, douloureusement tangibles pour un nombre effrayant de Français. Mais le boulot d’un politique et d’un gouvernement de gauche comme de droite reste aussi d’envisager et de préparer l’avenir. »

Certes, reconnait La République des Pyrénées, « François Hollande est dans son rôle présidentiel quand il pousse ses ministres à faire marcher leurs méninges pour ramener en guise de devoirs de vacances leurs propres visions de la France de 2025. Mais la politique, ce n’est pas seulement une affaire de choix, d’anticipation, de tempo aussi. Sur ce plan le séminaire organisé hier ne tombait pas au meilleur moment, estime le quotidien charentais, tant il est vrai que les attentes des Français – où leurs inquiétudes – se mesurent aujourd’hui à une échelle bien plus courte que la décennie. »

Deux genres bien différents…

A la Une également, deux sujets emblématiques et qui sont liés, d’une certaine manière… D’un côté, Libération fait le point sur le mariage homosexuel et de l’autre, Le Figaro qui s’emporte contre un récent rapport de l’Education nationale qui juge l’école trop sexiste.

« L’été de tous les mariés », titre Libération avec la photo de Yves et Patrice qui se sont dits oui le 15 juin dernier. « Depuis la loi sur le mariage pour tous, relève le journal, quelques centaines d’unions homosexuelles ont été célébrées en France. »

Et Libération de brosser le portrait de plusieurs de ces nouveaux mariés. « Nous disons dans nos pages ces mariages heureux et émus, bébêtes et tendres, comme tous les mariages, commente le journal. La simple quotidienneté de ces couples, leurs histoires, leur amour, contredisent tous ceux qui ont manifesté, certains avec violence, contre le mariage pour tous. En quelques semaines, ces unions sont entrées dans les mairies et dans les mœurs des villes petites et grandes qui les ont abritées. Sans scandale ni ostentation. Prenant familles et amis à témoins. Normal, en un mot. Finalement, un hommage paradoxal au mariage. De quoi rassurer les excités de la manif dite pour tous, conclut Libération, qui imaginaient que les unions entre deux femmes ou deux hommes allaient miner l’institution qu’ils disent chérir. »

Le Figaro, lui, fait donc sa Une sur ce rapport de l’Education nationale rendu fin juillet au ministre Vincent Peillon, rapport sur l’égalité entre filles et garçons à l’école. Un rapport selon lequel « l’école entretient les inégalités entre les filles et les garçons, et ce malgré le volontarisme affiché des politiques et de la communauté éducative sur la question. La faute à notre tradition républicaine elle-même, qui, selon les termes mêmes de ce rapport, “peine à voir des garçons et des filles, pour ne considérer que des élèves dans une conception désincarnée de l’égalité”. »

Du coup, note Le Figaro, les conclusions de ce rapport demandent que « les stéréotypes du genre soit déconstruits en primaire. Des expériences seront menées à la rentrée dans dix académies. »

Et le journal de dénoncer en Une, une « offensive des partisans de la théorie du genre », un concept, entre parenthèses, apparu aux Etats-Unis, et fréquemment utilisé par les féministes, notamment pour démontrer que les inégalités entre femmes et hommes sont issus de facteurs sociaux, culturels et économiques plutôt que biologiques.

Le Figaro réfute formellement ce concept et dénonce dans son éditorial une « opération de décervelage (…). Quand tous les petits garçons sauront jouer à la dînette et que les petites filles s’intéresseront à la course automobile, notre société se portera-t-elle mieux ? », s’interroge le journal. « On ne saurait trop conseiller au ministre de l’Education de se concentrer sur l’essentiel, conclut Le Figaro : savoir lire, écrire, compter et accorder les participes passés, au masculin comme au féminin. »

Abbeville, Louisiane, USA

Enfin, parmi les différentes séries de l’été que nous proposent les quotidiens, La Croix nous invite à la découverte des villes américaines qui portent un nom français. Ce mardi : Abbeville, en Louisiane. 15 000 habitants « au cœur des bayous », avec « sa devise qui s’affiche toujours en Français : “pour Dieu et la patrie”. »

« Abbeville a été fondée en 1844 par un certain Antoine Désiré Megret, originaire d’Abbeville, en Picardie, donc. Un siècle et demi plus tard, la ville a conservé sa physionomie française. Comme dans les villages de l’Hexagone, le clocher s’aperçoit de loin. » Mais sur place, note La Croix, on ne parle quasiment plus français. Toutefois, « on peut encore, en y mettant un peu de bonne volonté, relève le journal, entendre parler français dans la région, avec ces “r”qui roulent à grands torrents… »

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