Chronique des médias

A-t-on le droit de publier les enregistrements pirates d’un ancien président?

Audio 02:25
Nicolas Sarkozy, à l'institut George-Pompidou, à Nice, le lundi 10 mars 2014.
Nicolas Sarkozy, à l'institut George-Pompidou, à Nice, le lundi 10 mars 2014. REUTERS/Eric Gaillard

Nous parlons avec Amaury de Rochegonde, de l’hebdomadaire Stratégies, de la décision de la justice française d’enjoindre le site internet Atlanticode retirer les enregistrements opérés à l’insu de Nicolas Sarkozy et de son épouse.

Publicité

Peut-on, faut-il publier sur un site d’information les enregistrements pirates réalisés par un ancien conseiller de l’Elysée, Patrick Buisson ? A cette question, le tribunal de grande instance de Paris, hier, a répondu non. De même qu’il avait ordonné le retrait des enregistrements concernant un autre conseiller, Jean-Michel Goudard, il a donné raison à Nicolas Sarkozy et à son épouse qui demandaient qu’on cesse la diffusion de ces extraits sur le site Atlantico, avec une astreinte de 5 000 euros par jour. Pour l’ancien président, même si le site a fait appel, c’est une victoire. D’autant que Patrick Buisson a été condamné à verser 10 000 euros pour atteinte à la vie privée. Manifestement, les juges n’ont pas cru une seconde à son excuse de dictaphone se déclenchant involontairement à la voix.

Dès lors, deux lectures sont possibles. Comme Médiapart, qui avait été condamné en juillet pour la diffusion d’enregistrements effectués par le majordome de la milliardaire Liliane Bettencourt, on peut se situer sur le seul terrain de la liberté de l’information. Comme Médiapart, auquel la Cour d’appel de Versailles a demandé de supprimer toute mention des enregistrements attestant du financement de la campagne de Sarkozy par l’héritière de l’Oréal, en 2007, on peut vouloir se battre avec des preuves parlantes. Et comme Atlantico, on peut mettre en avant l’information légitime vis-à-vis du scandale d’une écoute clandestine, de l’influence d’un conseiller et d’éléments d’intérêt public comme de savoir qui pouvait remplacer François Fillon à Matignon en 2011.

Mais une autre lecture est possible, et c’est celle qui a prévalu pour la justice. Il s’agit de sanctuariser le respect du cadre privé afin d’éviter que ne se développe une société orwellienne où il n’y a plus aucune place pour le secret, où n’importe qui peut dissimuler des micros pour produire des enregistrements qui sont certes les témoignages d’une parole tenue mais aussi d’éventuels moyens de pression, voire de manipulation. Comme dit le philosophe Bernard Stiegler, en cette époque de Wikileaks et d’écoutes par la NSA où même le patron de Facebook fait part à Barack Obama de sa crainte d’une société de défiance, il importe de se souvenir qu’il n’y a pas de res publica sans respect de l’espace privé, pas de dieu messager Hermès sans une place dans la cité pour Hestia la déesse du foyer. Enfin, si un journaliste peut être dans son rôle en effectuant des enregistrements pirates, on ne peut pas en dire autant du conseiller d’un chef d’Etat, fut-ce un ancien journaliste d’extrême droite.

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail