Les mots de l'actualité

S’ENLIVRER - 21/03/2014

Audio 02:50

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Est-ce qu’on trouve le mot s’enlivrer dans le dictionnaire français ?

Non, en tout cas pas encore. Est-ce qu’on l’emploie couramment ce mot ? Pas encore non plus. Mais c’est un bel exemple de néologisme ! Et on sait d’ailleurs qui l’a inventé. C’est Constant Chardon. Constant Chardon, lorsqu’il a inventé ce mot était élève de CM2 et il était en visite au Camion des mots. Alors le Camion des mots, c’est un vrai camion, un poids lourd de la lecture, qui sillonne la France en proposant des jeux, des animations et en aiguisant  l’appétit des élèves pour la langue française.

Et ce mot enlivrer, le voilà à l’honneur, puisqu’il fait partie des dix mots de cette année 2014, qui représentent et concentrent la langue française. Dix mots autour desquels on peut rêver, travailler, écrire, parler. Surtout en cette Semaine de la langue française et surtout le jour de l’ouverture du Salon du livre.

Alors, s’enlivrer, c’est ce qu’on appelle un mot-valise, qui invite à s’enivrer de lecture. On voit comment il est fabriqué. S’enlivrer : il condense deux mots, comme s’ils s’étaient télescopés pour ne plus en former qu’un seul. Il s’agit de s’enivrer – c’est à dire boire trop d’alcool, être ivre – et de livre.

Alors, l’ivresse souvent est désirable. Être ivre, ce n’est pas si mal de temps en temps. Être saoul, c’est presque toujours lourd, négatif ; en  revanche être ivre, c’est beaucoup plus léger : on peut être ivre de tant de choses : de liberté, de joie, d’action.
L’ivresse correspond bien à la lecture d’une certaine façon. Une addiction douce et légère : sait-on encore très bien qui on est quand on est plongé dans un roman ? Parce que tantôt on est d’Artagnan, tantôt on est Emma Bovary, ou bien on va aider Harry Potter ou bien on va combattre Fantômas.
On n’est plus soi d’une certaine façon. On a la tête qui bourdonne de dialogues cinglants ou de cliquetis d’épées et on frissonne quand nous frôlent les baisers de l’amour ; plus encore quand nous frôlent les baisers de la trahison.
Et tout cela est totalement immobile : quand on ne se rend même plus compte qu’on est en train de lire, c’est là qu’on est vraiment enlivré !
Et à la dernière page, une fois qu’elle est tournée, il faut un temps d’adaptation pour revenir à cette vie qu’on dit réelle ; les vapeurs de la lecture – comme celles du vin –  doivent se dissiper pour qu’on reprenne pied dans notre quotidien, qu’on s’éloigne de cette hypnose qui nous a saisis et qui ne demande qu’à nous reprendre !

Alors pour un temps, nous voilà délivrés, jusqu’à ce que, de nouveau, on puisse s’enlivrer.

Avertissement !
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Le Mot de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

 

 

 

Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

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