Les mots de l'actualité

BREDOUILLE - 27/03/2014

Audio 03:05

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L’opposition syrienne repart bredouille du sommet de la Ligue arabe, apprenait-on hier. Lire l’article

En effet, la rébellion est assurée de bénéficier d’un appui politique, mais ni armes ni argent ne lui seront fournis. Alors forcément, ils sont revenus chez eux bredouilles, ceux qui étaient partis à ce sommet de la Ligue arabe en espérant revenir avec autre chose que de belles paroles.

Bredouille, c’est un mot qui est légèrement familier et qui évoque d’abord le vocabulaire de la chasse. Le chasseur bredouille est celui qui rentre sans rien dans sa gibecière. Et si le mot est familier, c’est aussi qu’il évoque une situation un peu ridicule : le chasseur qui n’a rien pris rentre la queue basse, il affronte les regards moqueurs de ceux qui l’attendent.

 Bredouille est familier, cela tient également à son apparence : la finale -ouille est presque toujours associée à une formation familière. On parle avec le sourire. Et du sourire à la moquerie, il y a rarement plus d’un pas. Et l’on voit bien que cette finale «-ouille elle est familière. La plupart du temps, entre andouille et niquedouille, entre carabistouille et tambouille, entre bafouille et farfouille : on a une syllabe qui se trouve dans un vocabulaire relâché, un lexique de l’entre-soi.

Et pourtant bredouille est un mot étrange, dont le sens semble s’être retourné. Au départ, il s’applique à un joueur particulièrement chanceux. Comment expliquer le retournement ? Peut-être parce que le gagnant met l’autre bredouille, « en bredouille ». Le perdant récupère le mot avec sa défaite.

Mais cet adjectif semble dériver d’un verbe, bredouiller. Ce n’est même pas sûr ; mais enfin, les mots se ressemblent tellement qu’on a fini par les associer.

Bredouiller, qu’est-ce que c’est ? C’est parler de façon indistincte, et marmotter, marmonner, bafouiller, balbutier. On voit qu’il y a beaucoup de synonymes. Avec des mots souvent expressifs : par exemple, bredouiller ça vient d’une onomatopée. Ça mime la syllabe embarrassée, la consonne qui en télescope une autre. Comme si ce langage qu’on appelle articulé, se désarticulait soudain.
Alors on se demande si le mot ne viendrait pas de la racine breton ; bredouille, bredeler. On sait que les Bretons, à l’ouest de la France, ont longtemps gardé culture et langue. Et quand ils quittaient leur Bretagne, et bien on se moquait parfois d’eux parce qu’ils parlaient mal le français. Est-ce qu’à partir de là, on disait qu’ils bredouillaient ? On disait bien qu’ils baragouinaient. bara et gouin, en breton, ça veut dire le pain et le vin. Une façon de se moquer d’eux, d’une façon un peu méprisante. Pour bredouiller, c’était peut-être un peu la même chose.

Avertissement !
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Le Mot de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

 

 

 

 

Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

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