Revue de presse française

A la Une: le choc des municipales

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AFP

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C’est en effet un « choc » qui se prépare, avertit le journal Les Echos. Si je vous dis que le quotidien économique français anticipe un « très net recul de la gauche », vous ne trouverez assurément pas cette prédiction originale. Car c’est toute la presse française qui prévoit une telle déconfiture pour la majorité. Et l’exercice qui consiste à en faire la revue ce matin se bornera à collectionner des commentaires qui se ressemblent tels des timbres dans un album : même format, même dentelure, même tonneau.

Témoin La Croix et L’Humanité. En temps ordinaire, rapprocher la Une du quotidien catholique de celle de son confrère communiste, c’est comme ouvrir un éventail, ça aère une revue de presse. Mais ce matin, foin d’éventail. La Une de La Croix ? « Jusqu’où ira la vague bleue ? » La une de L’Huma ? « Comment éviter la vague bleue ? » Comme disait le communiste Jacques Duclos, des Unes comme ça, c’est « blanc bonnet et bonnet blanc ».

Et tandis que le journal communiste appelle ses lecteurs à la « mobilisation » pour faire « barrage » à la droite et l’extrême droite, La Croix semble avoir comme un doute sur la volonté des « nombreux » abstentionnistes de gauche du premier tour d'aller voter dimanche. Ah, dimanche ! Le Monde se penche sur « les 100 villes qui pourraient basculer à droite », ce nombre étant porté à « 110 » dans un titre en pages intérieures du quotidien du soir, et à une soixantaine dans le corps de l’article. Cent, cent-dix, soixante ? A se demander pourquoi un tel grand écart et une telle différence d’appréciation entre titre et manchette d’un côté, et contenu de l’analyse de l’autre, le tout dans le même journal.

Front républicain : de profundis

Faire barrage à l’extrême droite, c’est en tout cas un mot d’ordre qui est devenu inaudible. C’est Le Monde daté d’aujourd’hui qui le constate : le front républicain a « cédé », étant rappelé que par front républicain, on entend en France la consigne lancée par la gauche appelant ses électeurs à voter pour la droite, et inversement, quand le Front national menace de remporter une élection.

Le front républicain ? Tout à la fois, c’était (puisqu’il faut désormais en parler au passé), « une dette d’honneur, un instrument politique et un réflexe », rappelle Le Figaro. Mais ce marqueur de la vie politique française a vécu, confirme le quotidien, car le Front national « bouscule la donne ». Et, lancé en si bon chemin (pour lui), le parti de Marine Le Pen « prépare déjà la suite », note en manchette le journal. « Caressant l’espoir » de conquérir plusieurs villes et d’obtenir plus de mille conseillers municipaux, le FN souhaite donc poursuivre le « maillage » du pays avec l’ambition de « prouver » qu’il est « possible de gérer autrement », explique Le Figaro.

Voilà pourquoi les socialistes « n’y croient plus », relève Le Parisien. Dans ce quotidien, un parlementaire de la majorité ironise : « Dimanche, c’est Massacre à la tronçonneuse, Pearl Harbor, ou la Tour infernale, au choix », étant rappelé que ces trois films se rapportent à une épouvante débitée en rondelle pour le premier (et la référence à la tronçonneuse se passe de tout commentaire), ou à des catastrophes de toute première ampleur pour les deux suivants.

Socialisme municipal : R.I.P.

L’enjeu de dimanche en France, ce sont donc les municipalités. Mais pas seulement. Pour compléter le tableau, Le Parisien est l’un des rares journaux français à évoquer les conséquences pour les communautés de communes, ces regroupements de municipalités qui permettent des économies d’échelle. « En perdant beaucoup de villes, les socialistes vont devoir dire adieu à la présidence de plusieurs communautés urbaines », remarque fort justement le journal.

Alors, on connaît la question posée par Hemingway : « pour qui sonne le glas ? » Réponse du quotidien L’Opinion : pour le « socialisme municipal ». Cet encrage électoral, c’était l’une des forces du Parti socialiste, rappelle le confrère, un socle sur lequel, ces quarante dernières années, la gauche a pu édifier ses conquêtes. Seulement voilà, « en un petit tour, dimanche 23 mars, suivi d’un sombre entre-deux tours - marqué par une nouvelle explosion du chômage -, cette construction s’est effritée », estime L’Opinion, qui rappelle qu’au premier tour, une trentaine de villes de plus de neuf mille habitants sont passées de gauche à droite.

Remaniement : mercato de printemps

Dans ce contexte, que va faire François Hollande ? Remaniera, remaniera pas ? Le « mercato » est ouvert, constate d’autant plus Le Journal de la Haute-Marne qu’il contribue lui aussi à l’animer. Mais il est « mené en urgence », aussi bien par les ministres que par leurs remplaçant potentiels, souligne le quotidien du centre-est de la France, qui rappelle tout de même que, dans un gouvernement comme dans une équipe de football, « ce ne sont pas les joueurs qui décident ».

François Hollande donc ? Le quotidien Les Dernières Nouvelles d'Alsace plaint le président qui, pour sortir du piège de la « pente savonneuse », est sommé par le « microcosme » d'écarter un Premier ministre qui n'a peut-être pas fini de servir de loyal bouclier.

Oui, les spéculations sur le remaniement auront « parasité l'entre-deux tours », se désole La Montagne. Quant à « l'ampleur du remaniement », elle sera forcément « indexée » sur « l'ampleur de la défaite ». Et comme elle s’annonce cinglante dans le sud de la France, le journal local Le Midi Libre enjoint le président de renvoyer les « mauvais élèves ». Sans attendre la fin de l’année scolaire ? On verra.

France-Chine : le dernier empereur

En attendant, c’est à Versailles que François Hollande a fait son métier de président hier soir, en recevant le président chinois. En grande pompe. C’était une fin en « apothéose », que celle de la visite de Xi Jinping en France, apprécie en connaisseur Le Figaro : concert à l’Opéra royal, diner privé au Grand Trianon, le Château de Versailles n’avait sans doute pas connu soirée si prestigieuse « depuis la réception du G7 par François Mitterrand », qui fut, comme François Hollande, un président socialiste. Pékin vaut bien une messe.

Egypte : le dernier pharaon

Enfin en Egypte, le maréchal al-Sissi va lui aussi aux élections. Mais c’est pour les gagner. Sauf coup de théâtre, al-Sissi devrait remporter un scrutin présidentiel que l’opposition qualifie de « farce », pronostique Libération. « C’est comme s’il était déjà président », confirme Le Figaro. Le journal relève que le maréchal al-Sissi a endossé avant l’heure les habits du « pharaon », et que ça n’est pas « Sissi, impératrice », mais Sissi « Imperator » d’Egypte. A fastes, fastes et demi.

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