Chronique des médias

Optimisme faustien dans la presse américaine

Audio 02:27
Amy Mitchell, le responsable du centre de recherche Pew sur le journalisme a apporté cette semaine une bulle d’oxygène aux journaux américains.
Amy Mitchell, le responsable du centre de recherche Pew sur le journalisme a apporté cette semaine une bulle d’oxygène aux journaux américains. DR

Cette semaine dans la Chronique des médias, nous revenons avec Amaury de Rochegonde sur une étude du Pew Research Center, qui semble apporter un peu d’optimisme à la presse américaine.

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« Une énergie qui indéniablement émergée », « quelque chose d’important qui est en train de se passer » : Amy Mitchell, le responsable du centre de recherche Pew sur le journalisme a apporté cette semaine une bulle d’oxygène aux journaux américains. Non seulement, ces journaux ne sont pas nécessairement voués à une mort prochaine mais l’on observe des signes qui pourraient changer la donne. Il y a d’abord l’intérêt que suscitent la presse et le journalisme auprès de milliardaires de l’Internet. On peut citer Jeff Bezos, le propriétaire d’Amazon qui a racheté le Washington Post, Chris Hugues, le cofondateur de Facebook qui a acquis le New Republic, ou Pierre Omidyar, le fondateur d’eBay qui lance un groupe de médias en ligne avec Glenn Greenwald, l’ex-journaliste du Guardian, qui a révélé les écoutes de la NSA.

Si ces magnats des nouvelles technologies s’intéressent autant à la presse, ce n’est pas par charité. Ils ont compris que les journaux étaient d’incomparables agents d’influence auprès des pouvoirs. Et dans un monde d’horizontalité où tout apparaît au même niveau, où la dernière photo succède à l’événement du jour sur un flux d’actualité, ils ont compris qu’après le bruit incessant de cette infobésité allait venir le temps de la maîtrise des sources afin de ne pas être inondé par ce flot.

Forcément, quand il s’agit de sélectionner les nouvelles, les journaux sont bien placés. Tout le travail de l’algorithme consiste aujourd’hui à déterminer ce qui fait sens pour moi en fonction de mes centres d’intérêt. C’est là que les champions des technologies peuvent jouer un rôle. D’ores et déjà, les Huffington Post, Politico, Buzzfeed ou Gawker, soit 500 sites pure players représenteraient 5000 emplois. Si cela n’empêche pas les destructions d’emplois dans la presse traditionnelle, qui a perdu trois fois plus de salariés, un mensuel de qualité comme The Atlantic a profité des cinq dernières années pour doubler la taille de sa rédaction en touchant 25 millions de visiteurs uniques sur le Web.

Car les gens sont de plus en plus exposés à des articles ou des vidéos d’actualité sur les réseaux sociaux. Toute l’astuce des journaux en ligne consiste donc à proposer de la publicité de façon native : des articles sont alors rédigés pour les annonceurs et intégrés au cœur de ce flux éditorial. Avec les abonnements numériques à prix cassés, ce serait l’une des seules chances de sauver la presse. Mais pour le rédacteur en chef du Wall Street Journal, il s’agit là d’un « pacte faustien ». Peut-on sauver sa vie au prix de son âme ?

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