Atelier des médias

2. La radio face aux défis du numérique

Audio 26:31

Information et journalisme radiophonique à l’ère numérique tel était le thème d’un colloque organisé par le Grer, le Groupe de recherches et d’études sur la radio, à Strasbourg les 20 et 21 mars 2014.L'équipe de l’Atelier des médias a assisté à ces rencontres et de présentations. Nous avons pu écouter plus d’une quarantaine de comptes-rendus de recherche, ainsi que des débats et des présentations consacrés au média radio. L’émission de cette semaine réunit plusieurs invités présents, lors du colloque, l’occasion de revenir sur les thèmes abordés pendant ces deux jours, et tenter d’en tirer les enseignements.

Publicité

Comment le numérique a-t-il transformé la production de l’information à la radio ? Les acteurs qui contribuent à cette production ont-ils changé ? L’identité professionnelle des journalistes de radio a-t-elle été modifiée ? Comment écoute-t-on la radio aujourd’hui, et comment va-t-on l’écouter demain ? Ces questions parmi d’autres, étaient au menu du 7e colloque organisé par le Grer, les 21 et 22 mars 2014, intitulé Information et journalisme radiophonique à l’ère numérique. L’équipe de l’Atelier des médias a enregistré publiquement l’émission diffusée cette semaine en compagnie des invités présentés ci-dessous. En fin de billet, vous trouverez également l’enregistrement de notre présentation Le paradoxe numérique de la radio

Aude Jimenez est chercheuse à l'Université du Québec à Montréal. Elle a proposé lors du colloque une présentation intitulée Information et participation au sein de la radio communautaire africaine : quelles perspectives à l'ère numérique ?

« J'essaye de voir comment ces radios qui sont celles qui ont le moins d'argent font leur transition vers le numérique avec toutes les contraintes financières que cela pose en priorité. »

Pour distinguer les distinguer des autres radios, Aude Jimenez retient le critère de but non lucratif.

« Pour cette raison, dans certains pays, on les appelle aussi radios associatives. Le fait que ce sont des radios en langue locale, des radios qui ont des équipements et des moyens financiers modestes et des radios avec une forte participation. Ce sont des radios pour et par la communauté. »

Pour les radios communautaires, et notamment au Sénégal, Aude Jimenez explique qu’il y a des « changements des pratiques journalistiques grâce au téléphone par l'utilisation des SMS notamment. »

« Les changements sont beaucoup plus apparus par la téléphonie mobile que par Internet. Pour en venir aux médias sociaux, les radios communautaires sénégalaises n'y sont pas encore présentes. »

Marie-Soleil Frère est enseignante à l'Université libre de Bruxelles, chercheuse en Sciences sociales spécialisée dans les médias africains. Elle a animé, lors du colloque, une présentation intitulée Formateurs, animateurs ou sauveurs : perception des radios et journalistes par les auditeurs dans les régions des Grands Lacs.

« Le basculement au numérique a rendu possible l'aventure d'une radio très pluraliste. Il a permis d'accroître la participation des auditeurs, qui a changé profondément la manière dont les journalistes travaillent, à la fois leur accès à l'information, aux personnes ressources, aux témoins et aux acteurs. Mais aussi la manière dont les journalistes peuvent transmettre du son depuis l'intérieur du pays. Ça a changé les pratiques journalistiques, ça a changé aussi l'identité professionnelle des journalistes profondément la manière dont le public se rapporte à ces médias. »

Marie-Soleil Frère retient également l’importance de l’accroissement de l’équipement en téléphone portable.

« S'il y a dix ans, on avait posé des questions sur comment l'Afrique allait évoluer en termes d'équipements, personne n'aurait pu pronostiquer qu'en l'espace de 5 ans, on allait passer dans un pays comme le Congo de presque rien à plus de 60 % de population équipée de leur téléphone mobile. (...) Ce qui m'intéresse est de voir comment aujourd'hui, les publics, les audiences, les citoyens de ces pays, s'emparent de ces instruments-là pour les mobiliser dans leur rapport à l'information. Pour accéder à l'information et pour participer aussi à la production d'information et la possibilité d'exprimer leur avis sur ce qu'il se passe dans leur pays. »

Andrada Noaghiu est documentariste radio pour Arte Radio et France Culture. Elle réalise actuellement Femmes polygames, un documentaire décliné sur plusieurs supports.

« En allant interroger les pratiques des journalistes pour faire exister la radio hertzienne sur internet, le son est assez délaissé. Il y a plutôt un alignement sur l'image. Où est le son ? Il y a des radios, comme Arte Radio où j'ai travaillé pendant 3 ans, qui se déploient uniquement sur internet. C'est une webradio qui a une réelle communauté, beaucoup de fans, de fidèles. Elle a créé une identité plastique, esthétique et éditoriale, très forte, très marquée. Ça devient en soi, une marque, avec un public fidélisé.

On a beaucoup parlé de journalisme, de production d'information très quotidienne, alors que peut-être que ce que va permettre internet, c'est quelque chose d'un peu plus large. De prendre le temps, de ne pas produire tous les jours. Ce n'est pas le même métier que de devoir rendre compte de l'information heure par heure, jour pour jour, ou se demander comment créer un objet radiophonique ou sonore, plus élaboré. »
 
Plus d’infos : cliquer ici.
 

 

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail