Accéder au contenu principal
Invité Afrique

George Chicoty, ministre angolais des Affaires étrangères

Audio 05:33
George Chicoty.
George Chicoty. Angop

« Cela fait beaucoup de temps que nous construisons cette bonne relation avec la France. Souvenez-vous que le président Sarkozy est déjà venu en Angola il y a quelques années. Et le ministre Laurent Fabius dernièrement. La France est la nation européenne qui a investi le plus en Angola, donc tout ceci quand même est un très bon signal. »

Publicité

José Eduardo dos Santos est à Paris. Et après le scandale de « l’Angolagate », c’est un petit événement. Le président angolais a déjeuné hier, mardi 29 avril, à l’Elysée. Va-t-il réouvrir le marché angolais aux entreprises françaises ? Va-t-il aider au retour de la paix en Centrafrique ? Et lui-même, après 35 ans de pouvoir, va-t-il préparer sa succession ? George Chicoty est son ministre des Affaires étrangères. Dans son hôtel parisien, près de l’Elysée, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Pendant 15 ans, les relations entre l’Angola et la France étaient très mauvaises. Est-ce que cette visite à Paris suffit pour tirer un trait sur toute cette période ou pas ?

George Chicoty : Je crois que oui parce que ça fait quand même depuis beaucoup de temps que nous construisons cette bonne relation avec la France. Souvenez-vous que le président Nicolas Sarkozy est venu en Angola il y a quelques années. Le ministre Laurent Fabius dernièrement. La France est la première nation européenne qui investit le plus en Angola. Donc tout ceci quand même est un très bon signal. Cela met fin à une période, comme vous l’avez dit, qui était moins bonne qu’aujourd’hui. Cette période est dépassée et la guerre est terminée en Angola. Nous allons de l’avant maintenant.

Et concrètement, ça veut dire qu’il y aura plus de contrats pour les entreprises françaises ?

Il y en a déjà beaucoup.

Oui mais il y avait un frein. On sentait bien ces dernières années qu’elles avaient du mal ?

D’accord (rires). Mais tout est ouvert. Il y a des sociétés des eaux. Nous voulons naturellement aussi nous ouvrir sur les marchés agricoles. Il y a aussi la possibilité d’entrer dans le domaine industriel. Dans les prochains mois, nous allons éventuellement étudier un accord qui va faciliter la circulation des hommes d’affaires français et angolais. Disons qu’il y a une très grande ouverture du côté angolais pour que l’on puisse en faire davantage.

L’an dernier, le président François Hollande a envoyé son armée dans deux pays africains, le Mali et la Centrafrique. Pensez-vous comme d’autres pays africains que la France s’ingère trop dans les affaires du continent ?

La France joue un rôle positif. La France a une expérience avec un certain nombre de pays, surtout francophones. La plupart d’entre eux ont des accords avec la France. Donc c’est tout à fait logique que le Mali est envahi par les mouvements jihadistes et que l’Union africaine n’ait pas pu répondre très vite, que la France l’ait fait. Sur la République centrafricaine, je trouve qu’il y a aussi à peu près la même situation. Donc je crois que la France n’est pas partie au-delà du cadre de ce qui existe historiquement avec ces pays-là.

Vous soutenez financièrement le régime de transition de Catherine Samba-Panza. Est-ce que vous êtes prêts à envoyer des troupes dans la future force des Nations unies, la Minusca, en Centrafrique ?

Non, nous n’avons pas envoyé d'hommes mais nous allons quand même rester disponibles. Nous allons aider financièrement et former peut-être l’armée et la police centrafricaines. Mais l’Angola, parce qu’il faut aussi commencer à chercher une solution de réconciliation nationale. Il y a un conflit, des anti-Balaka contre des Seleka, mais il faut aussi rechercher pourquoi. Qu’est-ce que représentent toutes ces forces anti-Balaka et pourquoi elles s’attaquent à ceux-là ? Qui sont ces gens ? Qu’est-ce qu’ils veulent ? Quels sont leurs leaders ? On n’a jamais su qui se cache derrière les anti-Balaka. Parce que maintenant ils s’attaquent à des civils, déjà les musulmans sont en train de partir. N’oubliez pas que ces gens-là sont effectivement Centrafricains. Un jour, ils vont chercher à revenir et à se venger sur le même terrain. Il faut et c’est urgent de commencer à réfléchir sur une réconciliation sérieuse pour qu’il puisse y avoir la paix et la stabilité.

En Guinée-Bissau, pensez-vous comme certains que la présidentielle en cours n’est qu’un simulacre organisé par des militaires qui veulent garder le pouvoir ?

Je ne crois pas que ce soit les militaires qui ont organisé les élections. Mais je ne crois pas que les élections vont pouvoir produire un environnement de paix en République de Guinée-Bissau parce que les militaires veulent contrôler le pouvoir. Or nous, on veut qu’il y ait une démocratie, qu’il y ait une stabilité qui va garantir un peu le développement du pays. L’élite politique doit d’abord éliminer de l’armée tous ces gens qui sont impliqués dans les trafics de drogue, dans les assassinats et dans les coups d’Etat, ensuite avoir une armée républicaine, si non je ne vois pas qu’ils puissent gouverner avec une armée qui est aussi impliquée dans tous les problèmes qu’ils ont eus jusque ici.

Vous visez le général Indjai ?

Je ne vise personne, mais s’il est impliqué, il faut régler d’abord tous ces problèmes.

Le président Dos Santos est au pouvoir depuis 35 ans. Est-ce qu’il pense aujourd’hui à sa succession ?

Ce n’est pas urgent. Le président Dos Santos joue quand même un rôle important pour l’Angola en ce qui concerne la réconciliation nationale, la consolidation de la paix et la croissance économique. Mais cette question, il faut la voir dans l’Etat, nous avons une Constitution qui lui permet d’aller jusqu’aux prochaines élections.

Donc José Edouardo Dos Santos ne sera pas candidat à sa succession lors prochaines élections ?

Ce n’est pas dit. Il peut encore se présenter pour ce mandat-là. C’est dans trois ans. Les Angolais veulent, une majorité des Angolais le veulent. Donc il peut ou il peut ne pas se présenter. Mais en tout cas, nous, on veut être avec lui.

Est-ce en prévision de sa succession qu’il a nommé Manuel Vicente, l’ancien patron de la société pétrolière Sonangol à la vice-présidence ?

Nous avons un régime présidentiel. Donc un président doit avoir un vice-président. Mais ça ne veut pas dire que c’est lui ou non son successeur. Donc il peut se présenter avec un autre candidat aux prochaines élections comme il peut lui demander de se présenter, comme le parti peut trouver un autre candidat. C’est ouvert.

Parce que Manuel Vicente, c’est un grand homme d’affaires en effet, mais ce n’est pas un héros de la guerre contre l’Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita), ce n’est pas un cadre du Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA). Est-ce que sa promotion ne risque pas de faire des jaloux au sein du parti du MPLA ?

Mais ce n’est pas la seule valeur qui puisse nous permettre de juger qui va être le prochain président de l’Angola. Il ne faut pas quand même voir seulement tout en termes du passé. Il faut aussi penser à l’avenir.

 

 

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.