Revue de presse Afrique

A la Une: Boko Haram lâche du lest

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© AFP/Pius Utomi Ekpei

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Au Nigeria, les lycéennes enlevées par la secte islamiste sont devenues « une monnaie d’échange », constate le site d’information Fasozine. Boko Haram a en effet diffusé lundi une vidéo, précise le site, « montrant une centaine de jeunes filles présentées comme les lycéennes nigérianes enlevées mi-avril dans le nord-est du pays, et qu’il affirme avoir converties à l’Islam et qu’il ne libèrera qu’en échange de prisonniers du groupe islamiste. »

Alors « s’agit-il d’une volte-face tactique ? », s’interroge Guinée Conakry Infos. « Aussi paradoxal que cela peut l’être, les parents des jeunes filles ont de quoi nourrir de l’espoir, estime le site guinéen. En effet, explique-t-il, si Boko Haram recourt à cette stratégie destinée à rassurer l’opinion, c’est qu’il n’est pas aussi confiant qu’il le prétend. Au courant de la mobilisation internationale qui ne cesse de grandir, la secte islamiste semble réaliser qu’il n’est plus d’aucune utilité de continuer à cultiver son image de groupe cynique, ne reculant devant aucune horreur. Devant la hargne, la détermination et les menaces précises que les grandes puissances brandissent, les unes après les autres, Aboubakar Shekau et ses hommes, en bons stratèges, estiment qu’il n’est pas inutile de se ranger, ne serait-ce que provisoirement, dans le camp des 'civilisés'. Cette fois-ci, Aboubakar Shekau envisage l’hypothèse de la libération des otages. Mais pour ne pas perdre totalement la face dans une sorte de revirement à 180°, il fait mine de réclamer les prisonniers de son propre camp, détenus par les autorités nigérianes. Malheureusement pour lui, relève Guinée Conakry Infos, ces dernières paraissent avoir parfaitement compris la supercherie. Réalisant que la peur est sur le point de changer de camp, le pouvoir nigérian hausse le ton et refuse toute espèce de négociation. »

Le quotidien sénégalais La Tribune, pour sa part, se félicite de la mobilisation internationale : « Face à des hommes cruels et impulsifs, la seule arme qui vaille c’est celle de la force. Le monde entier doit aider le Nigeria à mater ses fils 'harams' et indignes d’appartenir à la race humaine. »

Les dirigeants Africains inactifs ?

Alors, à l’initiative de la France, un sommet sur la sécurité au Nigeria devrait avoir lieu samedi prochain à Paris. « Ce sera certainement l’occasion pour le Nigeria et ses voisins de trouver les voies et moyens d’anéantir, ou à tout le moins de réduire à sa plus simple expression Boko Haram, estime le quotidien Le Pays au Burkina. Autant dire que c’est une opération de salubrité publique tant Boko Haram est féroce. (…) Cette unanimité de la communauté internationale sur la nécessité d’une riposte vigoureuse contre Boko Haram est à saluer à sa juste valeur. On ne doit pas badiner avec le sort des enfants ; on ne doit pas prendre des libertés avec l’avenir du monde. »

Toutefois, Le Pays exprime un regret : l’inaction des chefs d’Etat africains et des instances du continent. « Comment l’Afrique peut-elle espérer être prise au sérieux quand elle se montre incapable, ne serait-ce que de crier son indignation quand ses enfants tombent entre les 'griffes' de tels fous ? s’interroge le quotidien burkinabè. Car, ce qui indigne dans le comportement des chefs d’Etat africains dans cette affaire, c’est moins le fait de manquer de moyens et d’expertise pour combattre avec efficacité le terrorisme, que celui de ne pas daigner lever le petit doigt, de tenter quelque chose pour ramener les enfants dans leurs familles respectives, quitte à demander le soutien du reste du monde. » Et Le Pays de déplorer encore une fois « qu’à l’opposé de leurs homologues occidentaux qui ne ménagent aucun effort quand un seul de leurs compatriotes est en danger, les chefs d’Etat africains, dans leur écrasante majorité, ne se remuent que si leur fauteuil est menacé. »

Enfin, Walfadjri, au Sénégal, revient longuement sur les origines et le parcours sanglant de Boko Haram. « Boko Haram : de l’Islamisme au terrorisme », titre le quotidien sénégalais. En effet, au départ, un groupe de jeunes fondamentalistes, qui entendaient lutter contre la corruption, et à l’arrivée, un groupe terroriste qui sème la terreur et la mort. « Fondé en 2002, (…) Boko Haram ne se révélera au grand public qu’en 2009, relève Walfadjri, à la suite de violents affrontements ayant fait plus d’un millier de morts. (…) Entre 2011 et 2014, pas moins de 52 attaques, faisant entre 4 000 et 5 000 tués, seront attribuées aux combattants du groupe terroriste. En plus des attentats, Boko Haram va se singulariser dans la prise d’otages. » Et puis, cette question posée par le quotidien sénégalais : « Comment se fait-il que le Nigeria, première puissance africaine, ne parvient pas à démanteler ce groupe terroriste qui existe depuis plus d’une décennie et qui ne laisse que des morts sur son passage ? Pour de nombreux observateurs, le groupe a des ramifications jusqu’au plus haut sommet de l’Etat nigérian, répond Walfadjri. D’ailleurs, remarque-t-il, le gouverneur de Kano, Ibrahim Shekarau, débarqué en 2011, a été longtemps désigné comme le mécène du groupe. »

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