Revue de presse française

A la Une : le coup d’envoi du 67e Festival de Cannes

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AFP

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« Sulfureux ! », s’exclame  Le Parisien en première page. En effet, deux films font polémique cette année. Deux films qui ne sont pas en compétition. Grace de Monaco et Welcome to New York. « La principauté de Monaco n’apprécie pas du tout, relève le journal, 'le détournement de l’histoire familiale' que représente, selon elle, le film Grace de Monaco, choisi pour ouvrir le plus grand rendez-vous du cinéma du monde. Mise en scène par Olivier Dahan, l’image de la princesse Grace, incarnée par Nicole Kidman, hésitant entre sa carrière et le Rocher, déplaît fortement aux Grimaldi. Le long-métrage sortira pourtant conjointement sur les écrans français. Et comme une polémique n’arrive jamais seule, poursuit Le Parisien, voici une nouveauté dans l’histoire du cinéma. Une grande première sans montée des marches. En douce. Sous le manteau du marché du film. On s’engouffrera en meute assister à la projection de Welcome to New York, le film d’Abel Ferrara, avec Gérard Depardieu et Jacqueline Bisset dans les rôles respectifs de Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair. »

Pour L’Alsace, « deux héros de contes modernes déchaînent les passions : Grace de Monaco et Dominique Strauss-Kahn. Un raccourci saisissant, une sorte de remake pour adultes de La Belle et la Bête. D’un côté, l’actrice fétiche, un peu glacée, qui faisait rêver les midinettes des Trente Glorieuses. De l’autre, l’homme qui failli être président et finit momentanément incarcéré dans une prison new-yorkaise, accusé du viol d’une femme de chambre. L’argent, le sexe, le pouvoir, constate L’Alsace. La fameuse trilogie qui ne cesse de faire les choux gras du cinoche déclenche une belle polémique, dont Cannes a tellement besoin pour exister. »

Sud Ouest, pour sa part, fait remarquer que « DSK ne sera pas présent sur la Croisette pour assister à la possible projection surprise d’un film qu’il désapprouve : Strauss et Cannes ne font pas encore bon ménage, ironise le journal. Mais l’intérêt qu’il suscite, au cinéma, dans les journaux, à la télévision, montre bien qu’une page s'est tournée, estime Sud Ouest. Le plus célèbre réprouvé de France n’est pas encore revenu en grâce - le procès de l’affaire du Carlton l’attend l’année prochaine - mais dans l’esprit du public, le brillant économiste est en train de prendre le pas sur l’incorrigible libertin. »

Forteresse ?

Fidèle à sa réputation de cinéphile, Libération nous propose pas moins de huit pages sur le Festival de Cannes. Un festival enfermé dans sa tour d’ivoire, regrette Libération. Commentaire du journal : « Le bunker n’est pas que dans le béton, il est aussi dans les têtes. Si personne ne dispute à Cannes son titre de plus grand festival du cinéma d’auteur - ce qui fait que cette année, plus que jamais, on s’y rue -, il semble qu’organisateurs et festivaliers confondus s’enfoncent de plus en plus, en vase clos, dans une idéologie panique du 'monde comme si'. Comme si les nouveaux diffuseurs d’images, de Google à Netflix, vibraient pour le premier film d’un superbe inconnu plutôt que pour Les Ch’tis font du ski à Mykonos ; comme si la consommation de cinéma transitait toujours par la seule salle et pas par le téléchargement (plus illégal que légal) ; comme si le modèle français du cinéma d’auteur, et son financement, était impérissable, et pas menacé d’AVC au cas où la puissance publique ne broncherait pas. » Et Libération de conclure : « S’halluciner en dernière forteresse des cinéphiles chics et/ou alcoolisés, et/ou drogués, et/ou prostitués ne peut qu’aggraver cette tendance cannoise à se vivre comme un Bayreuth du cinéma où l’on donnerait tous les soirs le Crépuscule des dieux. »

La réforme des régions : un marqueur pour le quinquennat ?

Dans les journaux également, la réforme des régions. « Big bang territorial : Hollande lance une offensive éclair », titrent en Une Les Echos. En effet, précise le quotidien économique, « l’exécutif accélère. (…) Il envisage de reporter les élections régionales à l’automne 2015 plutôt qu’en mars 2016. Un scénario qui suppose de boucler la carte des régions au plus tard cet automne. »

« François Hollande abat la carte des territoires », s’exclame Libération. « Ce n’est pas tous les jours qu’un Président à 18 % de popularité a la conviction d’avoir, enfin, des cartes en main, relève le journal. A entendre ses conseillers et intimes, François Hollande est, pourtant, persuadé de détenir, avec sa réforme territoriale, un 'marqueur de son quinquennat', pour reprendre l’expression d’un de ses proches. (…) Le fait est que ce chantier a au moins un triple mérite, estime Libération. Il participe à faire de Hollande un réformateur qui s’attaque au vieux serpent de mer français, il divise la droite sans braquer la gauche, tout en étant soutenu (en tout cas pour l’instant) par une majorité de Français. Difficile de trouver meilleur astrologie politique. »

Pour autant, Le Midi Libre ne croit pas à ce bel élan. « La disparition des départements ne verra pas le jour sous le mandat de François Hollande, estime le journal. C’est une évidence. Les raisons sont multiples. Elles tiennent d’abord à la politique. En France, si les partis veulent raboter le millefeuille administratif, il en est tout autrement des citoyens, très attachés à l’idée départementale. (…) Ensuite, François Hollande fait mine d’oublier que le calendrier électoral, jusqu’en 2017, ressemble à un champ de mines. Même une unité nationale sur le sujet n’échapperait pas à un échec. Enfin, pointe encore Le Midi Libre, le président de la République sait mieux que quiconque que la disparition des départements doit entraîner une modification de la Constitution. Pour cela, il lui faut une majorité écrasante des deux chambres réunies. Impossible en l’état. »

Pas sûr, pour La Montagne. « La probable perte prochaine de sa majorité par la gauche au Sénat interdirait la voie d’une adoption par les deux chambres, à moins, relève le journal, de ralliements venus d’ailleurs. Auquel cas le "big bang" territorial s’accompagnerait d’un "big bang" politique bousculant (aussi) les frontières partisanes et débouchant sur une majorité à la carte. »

Hommage

Libération et Le Parisien, notamment, rendent hommage à Camille Lepage, cette jeune reporter photo française, tuée hier en Centrafrique. Libération rapporte ces propos récents de Camille Lepage : « Je ne peux accepter que les drames humains soient passés sous silence simplement parce qu’ils ne sont pas rentables pour les médias. Alors j’ai décidé de le faire moi-même et de les mettre en lumière quoi qu’il arrive. (…) Je veux qu’en regardant mes photos les gens ressentent ce que les populations subissent, qu’ils éprouvent de la compassion en tant qu’êtres humains, qu’ils aient honte de leur gouvernement, qui sait, mais qui ne fait rien. »

Le Parisien, pour lequel Camille Lepage travaillait également, rapporte ces propos de la mère de la photo-journaliste : « Ma fille était exceptionnelle, elle avait la passion de la photo. Elle n’avait qu’une envie, c’était de parler des populations dont on ne parlait pas et qui étaient en danger. Ma fille n’avait pas peur, elle était passionnée, elle était magnifique. »

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