Aujourd'hui l'économie

Les marchés indifférents au raz-de-marée des partis extrémistes

Audio 03:22
Les investisseurs ont surtout retenu des élections européennes que les pro-européens conserveront le contrôle du Parlement européen.. En photo, la Bourse de Londres.
Les investisseurs ont surtout retenu des élections européennes que les pro-européens conserveront le contrôle du Parlement européen.. En photo, la Bourse de Londres. REUTERS/Paul Hackett

Au lendemain des élections parlementaires européennes, les milieux économiques sont globalement rassurés par le bon score des partis de gouvernement pro-européens. La montée des partis extrémistes choque la classe politique mais a pour le moment peu d’impact sur les marchés.

Publicité

La réaction des marchés est assez faible, voire partielle, peut-être parce que les plus gros, le marché de Londres et celui de New York sont fermés aujourd'hui. Mais disons que le vote extrémiste présenté comme un séisme par les commentateurs politiques est au mieux une vaguelette pour les investisseurs. Sur le marché de la dette, les taux d'intérêt sur les emprunts à dix ans loin de flamber sous la menace extrémiste se sont au contraire nettement repliés, pour ce qui concerne les pays de la périphérie. C'est vrai pour l'Italie et pour l'Espagne où les partis de gouvernement, ceux qui prônent la réforme et l'austérité, sont arrivés en tête du scrutin. Et c'est vrai aussi pour le Portugal et surtout pour la Grèce, où ce sont les formations anti-austérité qui apparaissent comme les grands vainqueurs. Ce matin le taux portugais des emprunts à dix ans a reculé de 1 point passant de 3,74 à 3,64%. Le taux grec lui a reculé de 6,36 à 6%. Alors pourquoi cette détente généralisée ? Cela veut surtout dire que les investisseurs se focalisent non pas sur les résultats nationaux, mais sur le résultat global, et ils constatent que la continuité l'emporte sur la rupture.

Angela Merkel, la grande gagnante du scrutin

Au Parlement de Strasbourg les grands partis pro-européens, c'est-à-dire les conservateurs, les sociaux-démocrates et les libéraux perdent des sièges, mais ils restent à même de former une majorité. Les investisseurs en déduisent que la nouvelle chambre, comme la précédente, est favorable à la poursuite des efforts et des réformes structurelles. L'Allemagne, le pays le plus peuplé d'Europe, qui envoie par conséquent le plus grand nombre d'élus à la Chambre sera représentée par des bataillons de conservateurs surtout, et aussi de sociaux-démocrates, les deux partis de la coalition au pouvoir à Berlin. Angela Merkel est la grande gagnante du scrutin. Plus que jamais patronne de l'Europe, elle a pris la parole en début d'après-midi pour préconiser des politiques de compétitivité, le seul moyen pour elle de contrer la montée des partis populistes. La future Commission va donc marcher dans les pas de l'équipe sortante. On voit au niveau national, que ce soit en France comme en Grèce, que les équipes au pouvoir n'ont nullement l'intention de changer de politique.

Vers un rétrécissement du marché européen de l'emploi ?

L'écrasante victoire du Front National en France, de Ukip au Royaume-Uni ou encore du parti populaire au Danemark seront sans effet sur les choix économiques des dirigeants européens. Tous les pays concernés vont devoir bien sûr en tenir compte. Chacun à sa façon. Le Premier ministre britannique David Cameron utilise l'épouvantail d'une sortie de l'Union pour renégocier une adhésion britannique à la carte. D'autres pays où le discours xénophobe a fait mouche pourraient être tentés par le repli national en termes d'accès aux prestations sociales pour les travailleurs immigrés, en termes de libre circulation des travailleurs. On est peut-être au début d'un processus de rétrécissement du marché européen de l'emploi. Par ailleurs, c'est sur ce marché de l'emploi que se joue sans doute le combat déterminant contre la montée des partis extrémistes. Ce sont surtout les moins de trente ans, premières victimes du chômage qui frappe un jeune sur quatre dans l'Union européenne, qui ont choisi le bulletin de Ukip ou du FN. Pour barrer la montée des extrêmes, il y a donc urgence à offrir un avenir à la jeunesse européenne, un avenir qui passe d'abord par un job.
 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail