Aujourd'hui l'économie

Y a-t-il une crise de l'Etat providence ?

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Pour l’ancienne ministre italienne du Travail, Elsa Fornero, il n’y pas de crise existentielle de l’État providence, pas de remise en cause, mais une crise d’adaptation.
Pour l’ancienne ministre italienne du Travail, Elsa Fornero, il n’y pas de crise existentielle de l’État providence, pas de remise en cause, mais une crise d’adaptation. AFP/Alberto Pizzoli

C’est la deuxième édition du Tiger Forum, un rendez-vous prestigieux organisé par l’école d’économie de Toulouse, une université française classée parmi les 10 meilleures au monde. Académiques, politiques et chef d’entreprise accourent pour confronter leur point de vue. Au menu des débats de la première journée, la crise de l’Etat providence.

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Si tant est qu’il y eût une crise de l’État providence. À entendre les panellistes qui se sont exprimés, on en vient à se demander si le débat doit être formulé en ces termes. Pour le prix Nobel Joseph Stiglitz, l’État providence se porte comme un charme, sans ce filet de sécurité, les conséquences du tsunami financier de 2008 auraient été pires que la grande dépression des années 30. Et pour l’ancienne ministre italienne du Travail, Elsa Fornero, il n’y pas de crise existentielle de l’État providence, pas de remise en cause, mais une crise d’adaptation.

Les grands responsables : les gouvernants, par manque de courage, ils ont sans cesse remis à plus tard des réformes nécessaires pour prendre en compte le vieillissement de la population. Quant au Belge Franck Vandenbroucke, lui aussi ancien ministre chargé de la réforme des retraites dans son pays, féru de protection sociale, il est venu à Toulouse plaider la cause qu’il défend depuis des années : celle d’un pacte européen d’investissement social.

Une contradiction portée par un chef d'entreprise

Denis Kessler, le PDG de Scor, professeur d’économie dans une vie antérieure lui pense au contraire que ce système de protection chère à l’Europe est la cause de tous ses problèmes. « Nous sommes allés trop loin dans l’État providence », argumente l’ancien conseiller du patronat français, et de préconiser pour la France une baisse drastique des dépenses sociales, car nous n’avons plus les moyens de financer cet outil de redistribution.

Quand Joseph Stitglitz fait remarquer que les pays européens qui ont le mieux résisté à la crise sont ceux où la protection sociale est la plus puissante, Denis Kessler lui voit surtout que les pays qui ont réformé à temps leur protection sociale ont mieux traversé la tempête. Ceux qui espéraient un débat scientifique en sont pour leur frais. Tous éminents économistes, c’est d’abord des convictions très politiques que ces grands témoins ont défendues.

Et quelle solution proposent-ils pour assurer la pérennité du système ?

Le rendre plus efficace est un souci commun à tous, c’est aussi le souhait de Denis Kessler même si pour lui la solution passe par une réduction pure et simple de l’État providence, qui serait devenue un frein à l’innovation. Quelle que soit la réforme retenue, le système privilégié, privé ou public, la survie de l’État providence passent par la pédagogie selon Elsa Fornero, les citoyens qui ne comprennent pas une réforme ne la soutiennent pas, explique l’ancienne ministre désespérée par le faible niveau de culture économique de ses concitoyens.

Le pacte d’investissement social proposé par Franck Vandenbroucke, ce socle social commun à toute l’Europe apparait comme un moyen de soutenir les pays qui ont entrepris des réformes structurelles douloureuses. Comme le pendant à une politique d’austérité dépourvue de sens pour le citoyen européen. La commission a déjà produit un rapport sur la question, mais pour le moment la question budgétaire demeure prioritaire à l’agenda des Européens.

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