Aujourd'hui l'économie

De quels moyens dispose la Chine pour réformer son économie?

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André Chieng, le président du Comité France-Chine animait le débat au Tiger Forum.
André Chieng, le président du Comité France-Chine animait le débat au Tiger Forum. AFP/BERTRAND GUAY

Lors du Tiger Forum qui a réuni la semaine dernière, à l’école d’économie de Toulouse, des chercheurs du monde entier, gros plan sur la Chine, avec cette question : la Chine est-elle capable de réformer son économie, et comment ?

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Le débat a confronté les points de vue d’économistes chinois de premier plan, venus spécialement au Tiger Forum pour parler de leur pays. Le plus frondeur, le plus pessimiste d’entre eux aussi, a fait sensation. Cet éminent expert, diplômé d’une université américaine qui préfère ne pas être cité, ne croit pas aux capacités de réformes de la direction actuelle. Et de faire un détour par l’histoire. Deng Xiaoping, en ouvrant la Chine, a mené la réforme en libérant les énergies, du bas vers le haut. En donnant d’abord aux Chinois la possibilité de tester, pour ensuite valider ce qui a bien marché dans une province en l’élargissant à tout le pays. Le président Xi, lui, part du sommet de la pyramide, fait-il remarquer, pour diffuser les réformes vers le bas, il n’y a donc pas d’adhésion populaire au changement. C’est pourquoi il est sceptique sur la réussite des réformes à mener, d’autant plus que les résistances sont énormes. 

Des résistances de la bureaucratie ?

Tous ceux qui ont des prébendes dans le régime actuel n’ont pas intérêt au changement.  André Chieng, le président du Comité France-Chine qui animait le débat, insiste sur la difficulté d’approfondir la réforme. La politique de Deng Xiaoping a bien marché parce qu’elle profitait à tout le monde, or aujourd’hui les réformes nécessaires, bien moindre dans leur ampleur, feront des perdants, d’où les résistances de tous ceux qui vont devoir renoncer à des avantages liés au monopole de l’Etat. Pendant longtemps, la croissance stupéfiante a permis de faire passer la pilule des réformes, mais avec le ralentissement de l’économie, Pékin est confronté à un dilemme, faut-il poursuivre dans la voie des réformes au risque de casser la croissance ou faut-il continuer à la soutenir, au besoin d’une façon artificielle, quitte à retarder d’autant l’heure de la réforme.

En quoi la relance pratiquée par la Banque centrale pour soutenir la croissance retarde-t-elle les changements ?

Les liquidités injectées contribuent surtout à l’investissement, et non à la consommation et c’est ce pilier-là qu’il faut rééquilibrer. Selon l’un des spécialistes venus de Pékin, cette relance permanente est un désastre, elle a fabriqué les surcapacités de l’industrie, notamment dans la chimie, et l’Etat aujourd’hui ne sait pas trop comment convertir ces usines qui tournent à 70% de leurs capacités. Si les autorités chinoises ont constamment soutenu la croissance, c’est aussi, fait remarquer notre interlocuteur, parce que seul le résultat obtenu, la performance légitime leur pouvoir. Faute d’approbation dans les urnes, faute de charisme, il faut faire du chiffre en quelque sorte. La réforme économique passe donc aussi par un changement politique. Les autorités chinoises sont aujourd’hui face à un dilemme, selon André Chieng. Si les réformes cassent la croissance, elles ne seront pas acceptées, il faut donc la soutenir pour éviter l’atterrissage brutal tout en creusant le sillon de la réforme. Une double injonction qui ralentit le processus, ou qui l’annule, selon les plus pessimistes.

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