Aujourd'hui l'économie

L’Argentine sommée de rembourser les fonds vautour

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Taux de change du dollar et de l'euro par rapport au peso argentin dans une rue de Buenos Aires. 24 janvier 2014.
Taux de change du dollar et de l'euro par rapport au peso argentin dans une rue de Buenos Aires. 24 janvier 2014. Reuters/Enrique Marcarian

La Cour suprême des Etats-Unis a tranché : l'Argentine devra rembourser les fonds vautours, ceux qui ont spéculé sur sa dette. Une décision lourde de conséquences pour l'Argentine comme pour tous les autres Etats qui ont restructuré leur dette publique. 

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Dans l'immédiat, la décision de la Cour suprême constitue une sérieuse menace pour les finances publiques de l'Argentine. Rembourser les 1,4 milliard de dollars que réclament les deux fonds récalcitrants avant le 30 juin pourrait précipiter le pays dans la crise. Car selon une clause du règlement de la dette, tous les créanciers doivent être traités sur un pied d'égalité jusqu'à la fin 2014. Ceux qui ont accepté de voir leur créance rabotée à 70% vont donc faire valoir leurs droits. L'Argentine doit donc sortir de sa poche 16 milliards de dollars. Cela représente la moitié de ses réserves monétaires en devises. Autant dire que payer l'addition plongerait immédiatement le pays dans une nouvelle crise majeure alors que son économie est déjà chancelante. La présidente Christina Kirchner va sans doute essayer de gagner du temps puisqu'à partir du premier janvier l'Argentine ne sera plus tenue de traiter ses créanciers sur un pied d'égalité.

La Grèce surveille l'Argentine

Les créanciers qui ont joué le jeu de la restructuration risquent de se sentir floués. A quoi bon accepter une décote quand les plus malins, les plus procéduriers obtiennent de mirifiques rendements ? Car les deux fonds américains ont acheté de la dette argentine à prix cassé en 2008, c'est-à-dire après le défaut, et même après le programme de restructuration qui a commencé en 2005. D'où les inquiétudes du FMI. La décision de la Cour suprême ne va-t-elle pas rebattre les cartes des règlements des crises de la dette ? Les Grecs, qui ont effacé 100 milliards d'euros de dettes en 2012, suivent de près ce qui se passe en ce moment en Argentine. Pourtant, seule la Bourse argentine a chuté hier, comme si les autres marchés ne se sentaient pas concernés. D'après certains analystes, l'arsenal juridique est maintenant suffisamment étoffé pour permettre aux débiteurs de se retourner contre un Etat défaillant qui prendrait des décisions unilatérales comme l'a fait l'Argentine.

L'Argentine devra révéler la liste de ses actifs

L'Argentine n'a-t-elle pas payé le prix de sa réputation de mauvais payeur ? Les juges américains considèrent que Buenos Aires a organisé son défaut de paiement et mis les créanciers devant le fait accompli au lieu de chercher un arrangement. Une attitude incompatible avec le respect des droits des détenteurs d'obligations publiques, selon les gardiens de la loi. Les juges ont même infligé un camouflet à Buenos Aires en l'obligeant à révéler la liste de ses actifs dans le monde entier afin que le jugement soit exécuté. Cela veut dire que des navires militaires, des ambassades peuvent être saisis pour rembourser les fonds vautours. Ces derniers temps, l'Argentine a essayé de corriger son image. D'abord en soldant ses comptes avec la compagnie pétrolière espagnole Repsol, expropriée il y a deux ans. Et plus récemment en trouvant un accord avec le club de Paris qui réunit les Etats détenteurs de dette publique. Mais tous ces efforts n'ont pas suffi. Et les Argentins continuent à payer au prix fort le défaut de 2001.

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