Chronique des matières premières

Les Etats-Unis autorisent à nouveau d'exporter du pétrole brut

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Des puits de pétrole à Los Angeles, dans l'Etat de Californie, aux Etats-Unis.
Des puits de pétrole à Los Angeles, dans l'Etat de Californie, aux Etats-Unis. (Photo : Reuters)

Depuis près de quarante ans, les Etats-Unis n'exportaient plus de pétrole brut. Mais le département au Commerce a donné une autorisation à un producteur de condensat, une forme particulière de pétrole brut, souvent associé au gaz de schiste. Une brèche est ouverte.

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Les Etats-Unis osent toucher à l'interdiction d'exporter leur pétrole, qui datait du premier choc pétrolier. En 1973, les prix du brut flambent, les pays arabes de l'Opep cessent d'exporter leur brut en réaction à l'offensive israélienne de Kippour. Un traumatisme pour les Etats-Unis alors très dépendants des importations. Washington décide de ne plus laisser une goutte de pétrole américain s'échapper du pays. Deux exceptions : les exportations vers le Canada, qui leur renvoyait sous forme de carburant; et les produits pétroliers raffinés : les Etats-Unis ne se privent d'ailleurs pas d'exporter de l'essence, du diesel ou du kérosène à l'Europe.

C'est sur cette deuxième exception que le département au Commerce a joué pour donner son autorisation à Pionneer Resources. Le condensat du producteur texan, un pétrole ultra-léger souvent associé au gaz de schiste, explique Francis Perrin, président de Stratégies et Politiques Energétiques, a été considéré par les autorités américaines comme un produit raffiné ! Pourtant, il ne passe pas à proprement dit par une raffinerie, juste par une tour de distillation, explique Pierre Terzian de Pétrostratégie, où il est simplement chauffé pour être débarrassé de son gaz afin de pouvoir être transporté sans danger.

Le département au Commerce a beau marteler qu'il n'y a pas de changement dans la politique d'exportation du pétrole américain, cette première autorisation, grâce à une interprétation élargie de la réglementation américaine, ouvre la fenêtre, sinon la porte, aux exports de pétrole de schiste américain, que les raffineries américaines ne parviennent pas à absorber. A la grande satisfaction des producteurs américains de pétrole, beaucoup moins du reste de l'industrie américaine ou des automobilistes, car cela signifiera une hausse des prix du brut aux Etats-Unis, déjà observable hier.

On est encore loin de voir le pétrole américain inonder le marché mondial, au mieux 700 000 barils jour pourraient prendre la mer en 2015, moins d'un dixième de leur production. Mais cette inflexion de Washington est un signal envoyé aux marchés, anxieux devant l'évolution de la situation en Irak.

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