Chronique des médias

Gaza: déséquilibre dans l’équilibrisme

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De la fumée s'élève de Gaza, après un bombardement aérien par l'aviation israélienne, ce vendredi 18 juillet.
De la fumée s'élève de Gaza, après un bombardement aérien par l'aviation israélienne, ce vendredi 18 juillet. REUTERS/Mohammed Salem

La difficile couverture médiatique du conflit à Gaza est évoqué aujourd'hui dans la Chronique des médias.

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Dans l’appréhension d’une situation de guerre, il n’y a rien sans doute d’aussi sensible que le conflit israélo-palestinien. Pour preuve, les sites de médias français doivent faire appel à des sociétés de modération comme Concileo ou Netino pour bloquer 90% à 95% des commentaires sur le conflit, soit un filtre trois fois plus opérant qu’à l’ordinaire, compte tenu des propos à caractère haineux qui y déferlent.

Mais il y a aussi une donnée qui est moins souvent questionnée par les médias eux-mêmes, c’est le déséquilibre induit par un traitement équilibré de cette actualité. Le 16 juillet, le journal de 20 heures de TF1 en donnait une bonne illustration puisque cette chaîne se trouvait sur place, devant une plage de Gaza, et qu’elle a pu filmer le moment ou quatre enfants palestiniens ont été tués par un tir de navire de guerre. Immédiatement après, suivait un reportage sur des Français venus s’installer en Israël dont la vie était perturbée par les sirènes d’alerte liées aux rockets du Hamas.

Donner les deux points de vue, établir un traitement équilibré du conflit, c’est sans doute souhaitable, mais ça résiste mal au reportage, au terrain. D’un côté des enfants morts, une porte de garage rouge de sang après un tir de drone israélien ou, comme sur CBS, une vieille Palestinienne assise sur des ruines et demandant « où sont les roquettes ? ». De l’autre, non pas des morts, mais des sirènes, de la gêne, voire la peur des habitants d’Israël. On comprend pourquoi, fin 2008, l’armée israélienne avait bloqué l’accès des médias à Gaza, ce qui avait amené l’Association des journalistes de la presse étrangère à saisir la Cour suprême israélienne.

En réalité, cette approche symétrique, cet exercice d’équilibriste entre deux acteurs placés artificiellement sur le même plan, entretient l’illusion d’une égalité de droits et de souffrances entre un géant et un lilliputien. D’autant que, selon le site Arrêt sur images, les médias français s’intéressent peu à l’identité des victimes civiles à Gaza, contrairement à la presse anglaise, au journal israélien Haaretz, ou bien sûr à al-Jazira qui a largement couvert la mort du journaliste Ahmed Chebab, de la chaîne du Hamas. Cet écrasant déséquilibre des forces se retrouve dans le décompte macabre des victimes côté gazaoui. Un chiffre qui n’est plus très loin des 298 morts de l’avion abattu de la Malaysia Airlines, événement qui réoriente l’attention de l’opinion internationale sur l’Ukraine. Pourtant, ce troisième conflit à Gaza, jugé moins stratégique que par le passé, n’avait pas besoin de cela pour susciter une certaine indifférence…

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