Revue de presse Afrique

A la Une : retour sur l’opération Barkhane

Audio 04:13
© AFP/Pius Utomi Ekpei

Publicité

La presse ouest-africaine revient largement ce lundi sur la tournée sur le continent du président français François Hollande… « Ça y est, c’est fait, s’exclame le site d’information Fasozine. Le président français a achevé sa tournée africaine samedi par l’installation de la toute nouvelle opération militaire française Barkhane. » Et Fasozine de s’interroger : « à travers cette opération, la France se rend une fois encore si indispensable en Afrique francophone qu’on se demande à quoi servent ces armées nationales qu’on entretient à coûts de millions de dollars chaque année. Si après plus 50 ans d’expériences, beaucoup de pseudos Etats du continent en viennent à se confier tout le temps à l’ancienne puissance coloniale pour assurer leur sécurité intérieure et extérieure, il y a de quoi s’inquiéter. Malgré le caractère coopératif de l’opération Barkhane, conclut Fasozine, celle-ci n’a pas de quoi rendre fières des armées africaines engraissées sans rien faire de significatif pour permettre à leurs Etats de mériter véritablement leurs souverainetés. »

Pour Guinée Conakry Infos, également, la mise en place de Barkhane pose la question de la réelle souveraineté des Etats de la sous-région : « du point de vue du chef de l’Etat français, cette nouvelle force à vocation régionale et pérenne est un impératif des nouveaux défis sécuritaires dans la bande sahélienne. Mais à y regarder de près, on verrait moins cette dimension de bienfaisance. Pourvu qu’on ne fasse pas comme le cycliste ayant les yeux rivés sur le guidon, on décèlerait dans la création de Barkhane, le parachèvement d’un plan savamment élaboré en vue de rendre nécessaire une certaine “réoccupation” du continent africain par l’armée française. Avec, comme différence de taille, le fait que cette fois-ci, les Africains semblent solliciter cette “occupation”. (…) Et l’Union africaine dans toute cette affaire ?, s’interroge Guinée Conakry Infos. Quelles stratégies alternatives a-t-elle ? Quelle vision géopolitique ? »

Caution aux « dictateurs » ?

En tout cas, « maintenant que le dispositif est déployé, reste à savoir quelle sera son efficacité sur le terrain, relève pour sa part L’Observateur Paalga au Burkina, pour anéantir les forces rétrogrades et jouer le rôle de prévention contre la menace terroriste. Quels pourraient être les autres gains de ces pays hôtes ? Une caution pour les pouvoirs en place dont la plupart ne brillent pas par leur volonté d’aller à l’alternance ? Peut-être ! Interrogation d’autant plus pertinente, pointe L’Observateur, que, pour des raisons sécuritaires, Paris est souvent divisé sur la position à tenir devant l’attitude de certains chefs d’État. »

En effet, « au nom de Barkhane, la France peut s’accommoder des dictateurs », soupire Le Pays, toujours au Burkina. Certes, relève le quotidien ouagalais, « le Tchad  est une zone stratégique pour surveiller les mouvements des islamistes radicaux venant de la Libye, leur eldorado actuel, et se déployant dans le reste du Sahel. Ce positionnement pourra, de ce fait, permettre une bonne surveillance de ces mouvements et envisager des interventions ciblées et efficaces contre d’éventuelles colonnes de terroristes, en temps opportun. » Mais, « il faut, hélas, le dire, poursuit Le Pays ; quand Hollande jette des fleurs au Tchad, c’est d’abord et avant tout à Idriss Deby qui se sent glorifié et qui ne se fera pas prier pour en tirer les dividendes. Et la joie est encore plus grande quand l’illustre hôte n’évoque pas les sujets qui fâchent (…). »

Et Le Pays de conclure : « c’est un euphémisme de dire que ce manque d’attention de la France pour la démocratie, sacrifiée sur l’autel de ses intérêts, n’est pas de nature à consolider le processus démocratique sur le continent en général et dans les ex-colonies françaises en particulier. Surtout que, tout comme Deby, ils sont nombreux les chefs d’État africains peu recommandables au regard de leur gouvernance (…) et qui bénéficient malgré tout du soutien ou de la complaisance de la France. Comme pour mieux rappeler que “la fin justifie les moyens”, les autorités françaises réagissent en fonction des intérêts de leur pays. Aux oubliettes ou sous éteignoir, s’exclame Le Pays, la défense des grands principes de démocratie et d’Etat de droit quand la sécurité et l’économie françaises sont concernées. Tout porte à croire que la France peut s’accommoder des dictateurs quand tout va bien pour ses intérêts. »

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail