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Chronique des médias

Colonialisme culturel et numérique

Audio 02:21
A l’heure du tout numérique les possibilités de copier de la musique, des films, des vidéos sont de plus en plus faciles.
A l’heure du tout numérique les possibilités de copier de la musique, des films, des vidéos sont de plus en plus faciles. Getty Images/Jose Luis Gutierrez

Amaury de Rochegonde, de l’hebdomadaire Stratégies, nous parle de la résistance aux « prédateurs numériques » qui s’organise en Europe afin de résister à ces géants de l’internet.

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Face aux « prédateurs numériques », une résistance européenne est-elle possible ? La présidente d’Arte, Véronique Cayla, n’a pas hésité à mettre les pieds dans le plat, lundi dernier, le 25 août, en appelant à « mettre un frein à la nouvelle colonisation numérique » des géants américains du Web comme Google, Amazon, Facebook ou Netflix. Leur point commun ? Ils captent à leur profit nos données personnelles à partir d’une offre de distribution de contenus très efficace, avec des algorithmes très pertinents, mais ils ne versent rien en retour pour aider à la création, à faire émerger des richesses artistiques. En gros, il s’agit de profiter d’une puissance technologique et mondialisée pour s’accaparer des films, des séries, des livres, en ne redistribuant qu’un maigre pécule aux pays et aux créateurs qui les ont fait naître. On comprend mieux pourquoi on parle alors de colonialisme.

Les formes de cet accaparement sont multiples : fiscal, publicitaire, identitaire. La plus lourde, c’est d’abord l’évasion de milliards d’euros dans des paradis fiscaux pour échapper à l’impôt. C’est ensuite le choix d’un pays européen pour contourner les obligations légales de redistribution aux créateurs. Netflix, la plateforme de consommation de films ou de séries à la demande, qui sera lancé le 15 septembre en France, en Belgique et en Allemagne, a par exemple choisi d’établir son siège européen au Pays-Bas. Elle va donc concurrencer Canal+ qui est aussi le grand argentier du cinéma français sans aider en rien les cinéastes. Le service américain se contente de réaliser de rares séries européennes, comme celle de Dan Franck qui sera lancée en 2015 sur le milieu politico-mafieux de Marseille.

Alors que faire ? On peut comme Stéphane Richard, le patron d’Orange, refuser – au moins dans un premier temps – d’être le « cheval de Troie » de Netflix. Ou comme les éditeurs de presse allemands engager des poursuites, restées sans suite, contre Google. On peut aussi comme Hachette mobiliser les auteurs et les éditeurs contre Amazon qui impose ses conditions et assèche les libraires. Véronique Cayla propose elle, dans la foulée du président du CSA, Olivier Schrameck, de faire une entorse au principe de la neutralité du Net en réservant le très haut débit qu’à ceux qui accepteront d’investir dans les œuvres européennes. Bref, elle suggère des péages culturels sur les autoroutes de l’information. La nouvelle ministre de la Culture, Fleur Pellerin, qui avait remplacé Aurélie Filippetti lorsqu’elle avait boudé l’inauguration du centre culturel Google à Paris, devra elle aussi se déterminer.

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