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Dida Badi Ag Khammadine: au Mali, «on note une volonté d'un accord définitif»

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Dida Badi Ag Khammadine écrivain, anthropologue et chercheur algérien spécialisé dans le monde touareg.
Dida Badi Ag Khammadine écrivain, anthropologue et chercheur algérien spécialisé dans le monde touareg. DR

Un nouveau round de négociations inter-maliennes a débuté hier lundi à Alger. Bamako dialogue avec six mouvements du nord qui, fin août, se sont mis d'accord pour parler d'une seule voix. Après un premier round en juillet, qui avait abouti à une feuille de route, ces seconds pourparlers devraient désormais porter sur le fond et notamment sur le statut du nord, aussi appelé Azawad par les groupes. La Minusma s'est dite optimiste. Pour en parler, notre invité ce matin, Dida Badi Ag Khammadine. Il est écrivain, anthropologue et chercheur algérien spécialisé dans le monde touareg. 

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RFI : Les pourparlers inter maliens ont repris à Alger. Est-ce que vous pensez qu’un accord est possible ?

Dida Badi Ag Khammadine : Oui, de toutes les façons il est souhaité à la fois par la partie malienne et la partie du mouvement armé. Je reviens du nord du Mali où j’ai constaté une volonté d’arriver à un accord qu’ils disent définitif. Et aussi bien du côté malien, il y a une volonté d’arriver à un accord. Maintenant quel genre d’accord, c’est cela qui pose problème.

Les deux parties doivent s’entendre sur le point épineux du statut de l’Azawad. Comment conciler la ligne rouge de Bamako qui est l’intégrité du territoire malien et la volonté d’autonomie des groupes ?

Du côté des groupes, ils ne voient pas du tout de problème entre le statut de l’Azawad, qui est un statut politique, et [la question de] l’intégrité territoriale du Mali. Pour eux ce n’est pas antinomique. Ils peuvent trouver un compromis tout en respectant l’unité territoriale du Mali. Pour le Mali (c’est aussi ça qui pose problème), il y a une volonté de chercher et de voir ce qu’il faut mettre de part et d’autre. Maintenant on parle du contenu de ce statut : est-ce que c’est la régionalisation ou une décentralisation poussée… Donc on va de plus en plus vers le contenu de ce qui sera cet Azawad.

Quelle est l’option qui serait possible, selon vous ?

Une certaine autonomie serait une bonne solution pour tout le monde. Actuellement ce sont les gens du Nord qui gèrent la sécurité dans le Nord. A Kidal par exemple, ce sont les groupes armés qui ont créé des commissions et qui gèrent la région de Kidal. Ce sont eux qui font la sécurité. Je pense que sur le plan de la gestion politique, ils sont tout à fait capables d’avoir une assemblée régionale qui pourrait décider de leur manière de gérer la région.
En tout cas ce qu’ils souhaitent c’est d’avoir une assemblée interrégionale qui va voter des textes et des lois locales.

Ça, c’est quelque chose que Bamako pourrait accepter selon vous ?

Pour Bamako ce serait difficile mais un certain particularisme du Nord pourrait être envisagé dans le cas d’une réforme administrative et territoriale de l’ensemble du Mali. Là, on parle déjà de la régionalisation pour l’ensemble du Mali, une décentralisation poussée où les gens du nord pourraient gérer ou avoir le contrôle de leur terroir, de leur commune, etc (sur le plan de la gestion quotidienne).

Est-ce que vous croyez vraiment que les six groupes du nord qui sont aux négociations d’Alger peuvent parler d’une seule voix, comme ils se sont accordés il y a quelques jours ?

Les groupes qui portent les civils azawad sont d’accord sur l’autonomie ou un statut juridique pour les régions du nord. Maintenant sur le plan idéologique, et quel contrôle donner, ils ne sont pas d’accord.

Par exemple, il y a ceux qui prônent une gestion comme le MNLA laïc, d’autres qui veulent imprimer un certain statut islamique… C’est ça qui posera problème. Mais pour le reste, sur le statut politique, je pense qu’ils sont d’accord. Bien sûr, il y a toute une partie de gens qui ne sont pas concernés par ces accords, ce sont les islamistes. Les islamistes locaux qui existent toujours là-bas et [dont] on ne sait pas si ils vont permettre l’application de l’accord qui va être obtenu.

Il y a aussi des mouvements qui viennent d’être créés (Gatia, Imrad et un autre en gestation) et qui ne sont pas représentés lors de ces négociations. Il faudra voir si ces groupes vont aussi adhérer à l’accord qui va être obtenu.

Ces mouvements jihadistes, dont certains sont maliens, est-il possible de dialoguer avec eux, de les intégrer dans un dialogue ?

C’est la grande question. Il y a des groupes notamment le Mujao, Ansardine, qui ont des prolongements au sein de ces mouvements là, des mouvements déjà armés qui pourraient adhérer s'ils trouvent les revendications satisfaisantes au sein des prochains accords.

Mais c’est très difficile car ce qu’ils revendiquent dépassent le cadre du Mali seulement – de l’autonomie de l’Azawad ou de l’islamisation de l’ensemble de la région. Ils remettent en cause en quelque sorte la ligne rouge que le gouvernement malien a mise en avant : vers la laïcité de la République du Mali.

Vous avez parlé de la création du Gatia, le Groupe d’autodéfense touareg Imrad et alliés. Avec ces nouveaux groupes qui ont des revendications tribales, n’y a-t-il pas un risque que d’autres tribus veuillent créer leurs propres groupes armés ?

Si le gouvernement malien favorise la création de la prolifération de mouvements à base ethnique, ça pourrait arriver. Mais je pense que personne au Mali maintenant n’a intérêt à ce que des groupes à base ethnique soient créés. La tendance est à un rapprochement entre les différents groupes pour pouvoir discuter avec eux. 

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