Revue de presse Afrique

A la Une : Laurent Gbagbo sera bien jugé

Audio 04:35
AFP/Pius Utomi Ekpei

Publicité

« Le procès de Gbagbo enfin confirmé », se réjouit Le Démocrate à Abidjan, plutôt proche de l’actuel pouvoir.

« La CPI confirme la forfaiture contre Gbagbo », dénonce de son côté le Nouveau Courrier, proche de l’opposition.

La nouvelle de la confirmation du jugement de l’ancien président ivoirien est donc accueillie diversement par la presse abidjanaise.

L’Intelligent précise : « Détenu à la Cour pénale internationale depuis novembre 2011, Gbagbo Laurent ira bel et bien en procès dans l’affaire qui l’oppose au procureur de cette juridiction internationale. Après la confirmation des quatre charges de crime contre l’humanité retenus à son encontre le 12 juin 2014, à la majorité des juges, la demande d’interjeter appel de cette décision de la défense de Laurent Gbagbo a été rejetée hier par la Cour pénale internationale ». En clair, explique L’Intelligent, « la CPI vient de confirmer de façon définitive qu’elle ouvrira un procès contre Laurent Gbagbo pour meurtres, viols, autres actes inhumains, tentatives de meurtre et persécutions. La date d’ouverture de ce procès n’a pas encore été déterminée par la juridiction internationale ».

Commentaire de Fasozine au Burkina : « Pour ses partisans, cela peut paraître 'une mauvaise nouvelle'. Mais à la vérité, la Côte d’Ivoire devrait se réjouir de cette occasion qui pourrait bien faire connaître certaines vérités - il faut l’espérer - sur ce qui s’est passé entre décembre 2010 et avril 2011 au 'pays de l’éléphant'. Pour la CPI, il s’agit déjà d’une grande responsabilité que de donner à voir et à entendre un procès équitable. Sentiment qui est loin d’être partagé sur le continent, relève Fasozine, le transfert de Laurent Gbagbo devant cette juridiction ayant fait et continuant de faire des gorges chaudes en Afrique. Plusieurs chefs d’Etats africains voient carrément d’un mauvais œil le fait de comparaître devant ce qu’ils considèrent comme 'le tribunal du colon'. Et c’est à juste titre que la plupart d’entre eux attendront ce procès avec beaucoup de scepticisme ».

Blanchi ?

Autre procès qui retient l’attention des commentateurs du continent ce matin : celui d’Oscar Pistorius… Et le sentiment qui domine, c’est la surprise. « L’issue paradoxale ? » s’interroge Guinée Conakry Infos. « Même si personne ne s’y attendait, Oscar Pistorius pourrait bien sortir 'blanchi' du meurtre de sa compagne. En tout cas, il ne risque plus le pire. La juge Thokozile Masipa l’a déjà 'blanchi' de la charge la plus grave, à savoir : meurtre avec préméditation. Dans le pire des cas, il ne pourrait être condamné que pour 'homicide involontaire'. Une charge qui pourrait alors être assortie d’une condamnation avec sursis. Même pour l’athlète sud-africain, cette option n’était pas forcément la plus attendue ».
Et « au sein de l'opinion publique sud-africaine, croit savoir Guinée Conakry Infos, on est choqué par la décision de la juge. Le matraquage aidant, Oscar Pistorius passait déjà aux yeux de beaucoup de Sud-africains pour un coupable ». Et pour cause, affirme le site d’information guinéen, « on ne peut innocenter un accusé qui a tiré quatre fois en direction de la salle de bain où s’était réfugiée sa compagne. Il est bien possible qu’il n’ait pas su que c’est cette dernière qui s’y trouvait. Mais quand on tire à quatre reprises, ce n’est certainement pas pour intimider le probable occupant ».

Pour le site d’information sud-africain IOL News, « la juge Masipa est dans l’erreur : Oscar Pistorius devait être reconnu coupable d’assassinat. Le tribunal ne l’a pas fait. […] La juge n’a pas appliqué correctement le droit. Et malgré ses larmes hier, Pistorius devait être ravi de cette décision. »

Et de fait, « les critiques fusent dans le pays contre la juge », rapporte le site de Jeune Afrique qui cite les réactions de plusieurs spécialistes judiciaires sud-africains : « Je suis choqué, déclare cet avocat de Johannesburg. Je pense que la juge va s’attirer pas mal de critiques de la magistrature et du monde judiciaire. Si quelqu’un peut tirer de façon irresponsable, même par négligence, et ne pas se voir appliquer la loi dans toute sa rigueur, alors ça signifie que nous sommes incapables d’utiliser la loi comme un outil pour lutter contre le crime violent dans ce pays ».

« Comment pouvez-vous tirer volontairement quatre balles dans la porte d’un cabinet de toilette et ne pas imaginer la possibilité de tuer quelqu’un à l’intérieur ? », s’exclame encore ce professeur de droit pénal.

En tout cas, « une chose est sûre, pointe L’Observateur Paalga, même libre, il s’agira d’un destin brisé pour l’homme qui se définit lui-même comme 'la chose la plus rapide sans jambes'. Il se remettra difficilement de l’épreuve. Lui qui s’est déjà ruiné en vendant une bonne partie de ses possessions pour sa défense et qui n’a plus la confiance de ses sponsors, qui vont toujours vers le cheval gagnant. Quelle déchéance pour celui qui faisait partie, selon le Time Magazine, de la liste des cent personnalités les plus influentes au monde ! »

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail