Aujourd'hui l'économie

Netflix bouscule la vie des télés françaises

Audio 03:26
En même pas 10 ans, avec une formule illimitée, Netflix a aspiré aux Etats-Unis 80% de la clientèle de la vidéo en ligne.
En même pas 10 ans, avec une formule illimitée, Netflix a aspiré aux Etats-Unis 80% de la clientèle de la vidéo en ligne. Netflix

Netflix est désormais disponible en France. Le service américain de vidéo en ligne est un plus pour le téléspectateur et un défi pour les télévisions françaises.

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Jusqu'à maintenant elles ont plutôt bien vécues au pays de l'exception culturelle, elles sont soumises à de multiples règlements : pas de films certains soirs, des obligations de financement d'oeuvre française, de diffusion en volume, mais en contrepartie elles ont des exclusivités temporaires sur la production qu'elles financent. Netflix chamboule ce système franco-français où le téléspectateur guette les programmes de la petite lucarne. Car chez lui, le téléspectateur est roi. Libre de regarder ce qu'il veut, quand il veut, moyennant un forfait bon marché, 8 euros par mois en France.

Avec cette formule illimitée, Netflix a aspiré aux États-Unis 80 % de la clientèle de la vidéo en ligne, et ça ne lui a même pas pris 10 ans. En soirée Netflix accapare 30 % des flux internet. En quasi-monopole sur la diffusion, Netflix est d'autant plus menaçant qu'il est aussi un producteur à succès. Capable de mettre sur la table des centaines de millions de dollars pour offrir à sa clientèle le nec le plus ultra. Son coup de maitre : la série House of Cards. Ça coûte très cher, c'est risqué, mais si ça marche, l'investissement est vite amorti grâce à une diffusion internationale.

Cette présence à l'international, c'est précisément ce qui manque aux chaines françaises

Et pourtant elles savent faire. Certaines séries françaises s'exportent très bien. C'est le cas de la série policière engrenage. Mais jusqu'à maintenant les chaines n'en avaient pas besoin. Pour rééquilibrer le système, rendre les chaines moins dépendantes de leur public, le Centre national du cinéma, l'agence gouvernementale de soutien au cinéma a mis en place des outils pour les aider à mieux vendre à l'étranger. Plus de crédit d'une part, d'autre part une plate forme pour centraliser l'ensemble de l'offre française.

Les chaines demandent d'autres modifications. Par exemple l'autorisation de tourner les fictions directement en anglais, car certains pays anglo-saxons sont hermétiques au sous-titre ou au doublage. Et puis aujourd'hui les producteurs comme les créateurs de films ou de série s'interrogent sur cette intégration verticale de la production à la diffusion, propre à la France. Netflix, comme Deezer l'a fait avec la musique, redistribue les rôles. C'est un processus qui ne fait que commencer.

Canal plus, la principale chaine qui finance le cinéma français, doit donc évoluer sous la pression du modèle Netflix ?
Officiellement tout va bien, Canal est assez ancienne et robuste pour résister. Le catalogue de son propre service de vidéo en ligne, Canalplay, est beaucoup plus étoffé en série, et surtout en fiction, que celui de Netflix. Mais la chaine du cinéma français a bien senti le vent du boulet puisqu'elle a aligné son prix sur celui du nouveau venu. Et puis Canal doit en ce moment phosphorer pour trouver très très vite d'autres parades, car Bouygues Telecom vient d'offrir à Netflix le boulevard qui lui faisait défaut. Une présence sur sa box.

L'annonce a été faite ce matin. Les autres opérateurs qui n'avaient pas osé franchir le rubicond vont évidemment suivre pour rester compétitifs. Netflix a donc les moyens de siphonner rapidement le marché français. Et déjà un argument pseudo culturel : la série Marseille que le géant américain va produire pour ses abonnés bien sûr.



♦ En bref dans l'actualité économique :

Le rouble continue sa dégringolade, il a touché ce matin un nouveau plus bas historique face au dollar

Le renforcement des sanctions économiques de l'Union européenne et des États-Unis pèse de plus en plus sur la devise russe. Moscou envisage de créer l'année prochaine un fonds de plusieurs milliards de dollars pour soulager les entreprises désormais interdites de financement sur les marchés européens et occidentaux.

 

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