Chronique des médias

Ebola: en parle-t-on trop ?

Audio 02:23
Une souche du virus Ebola.
Une souche du virus Ebola. REUTERS/Frederick Murphy

Nous parlons avec vous, Amaury de Rochegonde, de la couverture médiatique du virus Ebola. Entre la crainte de donner trop d’importance à cette épidémie et celle de ne pas prendre la mesure de l’événement, les médias ont parfois du mal à se situer.

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Parle-t-on trop ou pas assez d’Ebola dans les médias ? Tout dépend de l’endroit où l’on se trouve. En Afrique de l’Ouest, on dira sans doute qu’on n’en parle jamais assez : on trouve encore beaucoup de superstition dans certaines campagnes, beaucoup de méconnaissance sur les facteurs de propagation du virus et, parfois même, la confusion la plus extrême qui amène à rejeter les équipes médicales ou de prévention. Comme dit Ibrahima Khalil Ndiaye, secrétaire général de l’Union des journalistes de l’Afrique de l’Ouest, « Il y a une nécessité de collaboration entre les médias africains et de partage d’informations ». Il pointe notamment le fait que des informations ont été tues comme la fermeture des frontières avec les pays voisins.

Mais en même temps, Ebola est une information qui devient vite une peur mondiale, avec son lot d’incohérences quand on en vient à fermer des lignes aériennes, à isoler un pays, provoquant encore plus de désarroi, sans appui international, et donc encore plus de contagion. Le sociologue des médias Cyril Lemieux incite aussi à se méfier des représentations mentales sur des croyances rétrogrades quand le mal principal réside dans la vétusté des infrastructures hospitalières. On n’en parle donc pas assez quand il s’agit d’aviser les populations locales sur les bonnes pratiques de prévention et trop, peut-être, si cette information engendre de la paranoïa qui aura des conséquences néfastes pour l’économie des principaux pays touchés.

Et en France qu’en est-il? Si l’on en croit, l’institut Kantar Media, qui mesure le bruit médiatique, il a fallu attendre le premier cas français, cette semaine, avec la volontaire de Médecins sans frontières rapatriée dans le Val de Marne, pour que le virus Ebola gagne enfin vraiment les médias populaires. Pour la première fois, il y a sur cet événement plus d’un message par Français et par jour alors qu’il y en avait deux fois moins, en moyenne, jusqu’à présent. Lundi dernier, le lancement du site de vidéos Netflix a été par exemple dix fois plus couvert qu’Ebola.

Il est vrai que si on la compare à des maladies comme le paludisme, le sida ou même la rougeole, Ebola fait considérablement moins de victimes avec aujourd’hui près de 2700 morts. Et pourtant, tout se tient, car en paralysant les hôpitaux et en affectant tout particulièrement les personnels de santé, le virus fait porter un risque sanitaire global qui va au-delà de l’épidémie. Ce n’est pas un hasard si le conseil de sécurité de l’ONU a parlé jeudi de « menace pour la paix et la sécurité internationales » et appelé à une aide d’urgence des Etats membres.

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