Chronique des médias

Images terroristes et amalgames

Audio 02:25
Hervé Gourdel, guide de haute montagne niçois enlevé dans la région de Tizi Ouzou, en Algérie et tué par l'OEI.
Hervé Gourdel, guide de haute montagne niçois enlevé dans la région de Tizi Ouzou, en Algérie et tué par l'OEI. © Facebook/ Capture d'écran

Nous revenons avec Amaury de Rochegonde, de l’hebdomadaire Stratégies, sur la vidéo de l’assassinat de l’otage français Hervé Gourdel et sur la façon dont les médias cherchent à éviter de diffuser la propagande des preneurs d’otages islamistes.

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Pas de tenue orange des prisonniers de Guantanamo dans la vidéo de l’assassinat de l’otage Hervé Gourdel, mais la même grammaire de l’image avec cette lecture sous la contrainte du supplicié ou des extraits de François Hollande justifiant l’intervention de la France contre l’organisation Etat islamique. Ne nous y trompons pas, ces vidéos sont des armes de propagande massive : elles disent qu’une autre coalition internationale entreprend de susciter la terreur. Bien sûr, elles sont visibles sur internet et n’ont pas besoin du truchement des médias pour atteindre leur cible. Mais, dans un contexte où l’on estime à 2 500 le nombre de jihadistes étrangers en Syrie et en Irak, il importe de se garder de toute complaisance vis-à-vis de telles images.

 
C’est la réflexion qu’ont de nombreux médias, notamment France 2, la RTBF ou des quotidiens français qui se sont refusés à montrer jusqu'à la moindre photo extraite de la vidéo des terroristes algériens autoproclamés « soldats du califat ». Si TF1 et BFM-TV se refusent à diffuser même en partie la vidéo, ils montrent une capture d’écran, au nom du droit à l’information, tout comme d’ailleurs Le Monde, à condition que ce ne soit pas un extrait de la vidéo de l’assassinat.

Que faire, maintenant, des images de propagande tournées par ou pour l’organisation Etat islamique ? La question est d’autant plus cruciale que les rédactions n’envoient plus de journalistes dans les bastions de la rébellion syrienne par crainte des enlèvements. Envoyé spécial sur France 2 a diffusé jeudi 25 septembre en abondance, des images de Vice News qui tendent à montrer que l'OEI se comporte comme un véritable Etat. Même avec une voix off et la distance critique qui s’impose, le téléspectateur voit des sourires, une vie quasi-normale, des policiers bonhommes… Ces images autorisées, en quasi-monopole, ont sans doute une valeur d’information. Mais elles entrent aussi dans la logique de l’OEI, qui consiste à être amalgamé à un Etat.

Et il y a plus grave dans le risque d’amalgame. Un pseudo sondage sur le site du Figaro a suscité jeudi 25 septembre l’indignation en demandant aux internautes, après le meurtre d’Hervé Gourdel, « estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ? ». Eviter que l’organisation Etat islamique puisse être assimilée à l’islam, c’est aussi ce à quoi s’emploient beaucoup de médias en interviewant des imams ou des représentants des musulmans de France. Mais cela ne va-t-il pas de soit ? Comme dit Rue 89, on n’a pas demandé aux chrétiens de se désolidariser du Klu Klux Klan ni aux porteurs de prothèse de se désolidariser d’Oscar Pistorius.

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