Aujourd'hui l'économie

Faute de croissance le débat sur l’austérité refait surface

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A Milan, les dirigeants européens se retrouvent pour un nouveau sommet consacré à l'emploi
A Milan, les dirigeants européens se retrouvent pour un nouveau sommet consacré à l'emploi REUTERS/Ralph Orlowski

A Milan, les dirigeants européens se retrouvent ce mardi pour un nouveau sommet consacré à l'emploi. Avec des perspectives de croissance qui s'assombrissent pour la zone euro, ressurgit le débat sur le bienfondé de l'austérité.

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L'austérité « ça ne peut pas marcher », répètent depuis des années les économistes dits de gauche, français de préférence, mais aussi américains comme les prix Nobel Joseph Stiglitz et Paul Krugmann. Leur théorie est la suivante : sans dépenses publiques, par le soutien à la consommation ou à l'investissement, pas de relance, et sans relance pas de recette fiscale. Résultat au lieu de jeter les bases de la croissance, l'austérité à tout prix aboutit au résultat inverse : elle aggrave l'endettement et noie le moteur. Et la réalité commence à leur donner raison : la zone euro qui a fait du pacte de stabilité l'alpha et l'oméga de sa politique économique apparait en bien petite forme.

Le FMI, hier, l'OCDE aujourd'hui, se demandent à voix haute où va l'Europe. La croissance dans la zone euro sera au mieux à 0,8% selon le FMI qui estime probable un retour en récession, ce serait alors la troisième fois depuis la crise de 2008. Même l'Allemagne, si puissante, si appliquée dans le respect des équilibres budgétaires, connait en ce moment un passage à vide. La forte baisse de sa production industrielle au mois d'août n'est-elle pas le signe précurseur d'une récession s''interrogent, inquiets, les prévisionnistes.

Pour Angela Merkel les bons comptes sont un préalable non négociable

Pour des raisons historiques, démographiques, voire morales, pas question à Berlin de laisser filer la dette. L'équilibre budgétaire est une vache sacrée. Et là dessus il y a un consensus national. Sauf que, certains économistes allemands, et non des moindres -des conseillers de la chancelière-, commencent à revoir leur copie. Le manque d'investissement patent dans les infrastructures est aujourd'hui un frein à la croissance. Certains patrons ne demandent pas mieux que l'Etat mette la main au portefeuille pour moderniser un réseau routier en piteux état. Avec la dégradation de l'environnement des affaires, la chancelière pourrait enfin revoir sa copie, c'est le vœu pieu des pays qui ont l'impression d'étouffer sous la contrainte budgétaire, comme l'Italie ou la France.

La France, une nouvelle fois, est incapable de respecter les 3% maximum de déficit pour son budget 2015

Paris qui redoute de voir son projet de budget retoqué à Bruxelles a beau jeu de réactiver aujourd'hui le débat anti austérité. Pourquoi pas s'inspirer des deux pays qui sont repartis de plus belle, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ? Ils ont massivement soutenu leur économie. Pragmatiques, ils ont remis à plus tard la lutte contre l'endettement excessif. Aux Etats-Unis la dépense publique a commencé à reculer à partir de 2010 mais dans le cas du Royaume-Uni, malgré les coupes sombres annoncées sur un ton dramatique par le gouvernement de David Cameron, la dépense publique n'a jamais cessé d'augmenter.

Londres a pourtant fait de réels efforts pour restreindre le périmètre de l'Etat. Le nombre d'emplois publics est en chute libre depuis 2010. Les partants ont été généreusement indemnisés et les restants mieux payés, c'est pourquoi cette rigueur n'apparait pas encore dans la colonne des dépenses. Mais la maîtrise des dépenses est en œuvre, ce qui n'est pas tout à fait le cas en France. La rigueur s'est faite par la seule colonne des recettes en augmentant les impôts. Le débat dogmatique pour ou contre l’austérité se poserait-il aussi vivement si Berlin acceptait de dépenser un peu plus et Paris un peu moins ?
 

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