Revue de presse française

A la Une : faut-il moduler les allocs ?

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AFP

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Un vieux débat qui pointe régulièrement le bout de son nez en France : faut-il réformer notre système d’allocations familiales, issu de l’après-guerre, un système qui attribue une aide financière fixe aux familles avec plusieurs enfants, quels que soient leurs revenus. Les députés socialistes les plus à gauche le souhaitent, ils l’ont dit publiquement. Et le débat est donc relancé.

« La gauche sans tabou », s’exclame Libération qui se prononce clairement en faveur d’une modulation des allocations familiales en fonction du revenu : « contrairement à une idée parfois répandue à gauche, il est bon que la France ait une natalité robuste, affirme Libération. En envisageant de moduler les allocations familiales selon le revenu des bénéficiaires, la gauche tourne-t-elle le dos à cet impératif largement consensuel en France ? » Non, répond le journal, « rien ne prouve - rien - que la réduction des allocations versées aux familles aisées dissuadera les parents d’enfanter. La mesure, aussi bien, ne toucherait pas à l’effort global fourni en faveur des familles, qui est l’un des plus importants en Europe. Elle instillerait seulement un zeste de justice sociale, estime Libération, dans un domaine où cette considération était jusqu’ici tenue pour secondaire. On serait mal venu de s’en plaindre. »

Attention, avertit pour sa part La Voix du Nord, si on touche aux allocs, les classes moyennes seront encore frappées de plein fouet. La Voix du Nord qui rappelle que « le rapport Fragonard de janvier 2013 avait émis les mêmes suggestions (que les députés socialistes) en osant avancer des chiffres. La conclusion était que si on voulait réaliser des économies significatives, il fallait descendre le curseur un peu en deçà de 4.000 euros de revenus mensuels. C’étaient donc une nouvelle fois les classes moyennes qui étaient atteintes. À l’époque, Jean-Marc Ayrault avait laissé tomber l’idée, sauvant une nouvelle fois le dogme. »

Et puis autre interrogation pour La Voix du Nord : « Si on touche à l’universalité de la branche famille, qu’en sera-t-il des autres ? De la branche santé, par exemple ? Faudra-t-il s’attendre à être remboursé un jour de ses soins en fonction de ses revenus ? »

Pas le moment ?

Pour Les Echos, ça n’est pas le moment de toucher aux allocs… « Remettre cette réforme sur la table aujourd’hui serait malvenu. La modulation des allocations familiales pouvait se justifier à l’occasion d’une réforme de fond, partant du constat que l’empilement des dispositifs de soutien aux familles (un quotient familial généreux et des allocations universelles) n’était plus justifié à l’heure où le modèle social n’est pas financé. Le quotient ayant été ramené à la portion congrue, la question est beaucoup moins pertinente. Rogner les allocations des plus aisés, ce serait cibler pour la troisième fois en trois ans des familles qui ont vu leur feuille d’impôt flamber de plusieurs milliers d’euros… »

Et puis Le Figaro enfonce le clou… « Allocations : le PS provoque à nouveau les familles », dénonce le quotidien d’opposition en Une. Certes, reconnait-il, « la France doit réduire ses dépenses publiques, très supérieures à la moyenne européenne. » Et pour ce qui est de la Sécu, « le gouvernement a décidé de la soumettre à un train d’économies de quelque 9 milliards d’euros en 2015. Où les trouver ?, s’exclame Le Figaro. Dans les 3 milliards de fraudes, tous régimes confondus, relevés annuellement par la Cour des comptes ? Dans le raccourcissement de la durée des indemnités chômage, beaucoup plus longue que chez nos voisins ? Dans la réorganisation des frais d’administration de notre système de protection sociale, qui coûtent 35 milliards d’euros par an ? Dans la remise en question des 700 millions destinés à l’aide médicale d’État pour les immigrés clandestins ? Évidemment non, soupire le journal. La gauche craint par-dessus tout une levée de boucliers de ses clientèles électorales. C’est donc la branche famille qui sera principalement mise à la diète, déplore Le Figaro. Comme d’habitude. (…) À bas le principe d’universalité, pilier de notre politique familiale, l’une des rares politiques publiques qui donnent satisfaction. »

Réformer l’indemnisation des chômeurs ?

Le Figaro vient d’y faire allusion : le raccourcissement de la durée des indemnités chômage fait aussi débat…
« Les chômeurs dans le viseur de Valls : un tabou de la gauche vacille », constate Le Parisien en première page. En effet, « le Premier ministre a lancé un pavé dans la mare à l’Assemblée hier en plaidant pour une réforme de l’indemnisation chômage. » De son côté, François Hollande, depuis Milan, où il assistait à un sommet sur l’emploi justement, a rétorqué que ça n’était pas le sujet du moment… « Il y a donc de la friture sur la ligne entre François Hollande et Manuel Valls », lance Le Parisien. Le Parisien qui s’interroge : « que cherche donc Valls ? En pleine tournée de séduction vis-à-vis de nos partenaires européens, le Premier ministre veut d’abord calmer Bruxelles, répond le journal. Impossible d’augmenter encore les impôts ou de trouver des économies supplémentaires pour le budget 2015 ; Valls promet donc une réforme du marché du travail, à la mode allemande. »

Commentaire de Sud Ouest : « voilà qui ne va pas vraiment détendre l’atmosphère à l’ouverture des négociations qui reprennent ce matin entre syndicats et patronat. Ni améliorer les relations entre le chef du gouvernement et les frondeurs. Celui-ci n’en a cure. Il semble décidé à tracer sa route, à s’inspirer du modèle allemand, qui préfère les mini jobs mal payés au chômage de masse, quitte à tomber à droite. » Quant à François Hollande, relève Sud Ouest, « qui tient par dessus tout au maintien du dialogue social, il ne semble pas avoir goûté les dernières sorties de son Premier ministre. Lui espère encore tenir la synthèse entre sa gauche et sa droite, quand Manuel Valls a déjà fait son choix. »

« Que cherche donc Manuel Valls en stigmatisant les chômeurs ?, s’interroge L’Est Républicain. Sa technique rappelle celle employée par Nicolas Sarkozy, contre les Chiraquiens à partir de 2002, puis Ségolène Royal en 2007. À chaque fois, il se posait en grand réformateur courageux. Une stratégie en deux temps: on lance en l’air une idée de réforme un peu taboue. On regarde où la baballe retombe, - grogne ou grosse colère des publics visés -, et derrière on ajuste. Repli stratégique ou avancée lilliputienne. »

En tout cas, poursuit L’Est Républicain, si « M. Valls joue en sourdine sa petite musique réformiste. Marié à une éminente violoniste, il devrait savoir qu’il faut d’abord s’accorder avec ses camarades de l’orchestre cacophonique du PS. Sinon avec cette com’ au rabais, la fausse note virera vite à la marche électorale funèbre avec François Hollande à la grosse caisse. »

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