Revue de presse française

A la Une: sortie de route ou manœuvre délibérée?

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AFP

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Les journaux s’interrogent ce matin après les propos tenus hier par Ségolène Royal. La ministre de l’Écologie a provoqué une petite tempête médiatique en proposant la gratuité des autoroutes le week-end et une baisse de 10 % des tarifs en semaine, au motif qu’il y aurait « 20 % de tarif en trop ». Recadrage immédiat de Manuel Valls et colère des Verts… Et avalanche de réactions donc dans les journaux ce matin. 

« Sortie de route », s’indigne Libération en première page. « Quelle mouche a donc piqué Ségolène Royal ? », s’interroge le journal. « Pour qui roule la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie ? Comment expliquer que Ségolène Royal, qui a déjà enterré l’écotaxe, ait pu promettre les péages gratuits le dimanche ? On imagine les effets sur l’écologie d’une mesure aussi simpliste, soupire Libération : les voitures par milliers profitant de cet effet d’aubaine, encombrant les autoroutes de Lille à Marseille. »

Les Echos s’agacent également… « La démagogie dont fait preuve la numéro trois du gouvernement pourrait faire sourire. Surtout que Matignon a rapidement étouffé dans l’œuf cette brillante idée. Mais le simple fait qu’une telle option ait pu être exprimée a de quoi choquer. Parce que faire croire aux Français que la route pourrait leur coûter moins cher juste au moment où ils ont, en fait, la certitude qu’ils vont devoir payer la facture du fiasco de l’écotaxe est un tour de force. »

« On est tout proche, de la pure démagogie, insiste Le Journal de la Haute-Marne. Le fiasco de l’écotaxe est suffisamment emblématique de l’amateurisme qui aura marqué le dossier, pour qu’on ne retombe pas dans les mêmes approximations. Une chose est sûre : de couac en couac, on frôle en permanence une sortie de route fatale. »

« Incorrigible Ségolène Royal, renchérit La République des Pyrénées. Elle qui avait plutôt bien conduit l’élaboration du projet de loi sur la transition énergétique, s’est pris les pieds dans le tapis […]. Il est paradoxal, quand on est ministre de l’Écologie et que l’on a fixé dans sa loi d’ambitieux objectifs pour réduire l’émission de gaz à effet de serre, que de plaider pour l’accroissement de la circulation automobile que ne manquerait pas d’encourager la gratuité des péages le week-end, au détriment, on l’imagine, des transports collectifs. »

Calculs…

Toutefois, d’autres journaux estiment que le dérapage de la ministre de l’Ecologie était tout à fait contrôlé… Ainsi pour La Charente Libre, Ségolène Royal a au moins eu le mérite de « soulever un vrai problème depuis que Dominique de Villepin a concédé au privé et jusqu’en 2038 nos 9 000 kms d’autoroutes. L’affaire est jugée si juteuse que les sociétés n’ont pas besoin d’augmenter ni la fréquentation, ni les tarifs outre mesure, pour se constituer une rente assurée. S’il est peu probable qu’on retrouvera dans les tirelires des sociétés d’autoroute les 550 millions envolés dans l’affaire de l’écotaxe, la méthode Royal aura au moins le mérite de secouer le cocotier et de renvoyer la droite devant ses légèretés du passé. Rien que pour ça, au bal des hypocrites, l’indomptable Royal aura toujours une place à part. »

Analyse similaire pour Le Courrier Picard : « Il est légitime que le gouvernement mette la pression, en utilisant les talents d’agitatrice de Ségolène Royal et ses idées sur la gratuité le week-end. Ce nouveau faux “couac” permet de sonder le terrain et de mettre sur la défensive les concessionnaires d’autoroute, pour mieux rogner sur leurs “superprofits” et compenser la suppression de l’écotaxe. »

Enfin, Le Figaro voit dans l’attitude de Ségolène Royal une forme de calcul politique… « La ministre de l’Écologie est redevenue une des très rares valeurs sûres de la gauche, relève le quotidien d’opposition. Avec sa loi de transition énergétique, elle a prouvé son habileté, obtenant le vote des écologistes en dépit des reculs sur l’écotaxe et la fermeture de Fessenheim, deux casus belli pourtant. Et dans les sondages, elle a retrouvé les sommets. Avec 68 % d’avis favorables, elle est la personnalité préférée des sympathisants PS. Surtout, poursuit Le Figaro, avec un mélange de ruse, de talent et de démagogie, Ségolène Royal a su jouer à nouveau de son meilleur atout d’antan : son lien avec l’opinion. Son alternative à l’écotaxe reste bancale ? Sa proposition d’une gratuité des autoroutes est balayée par Matignon ? Peu importe, constate le journal : elle a fait mouche auprès de Français dont le “ras-le-bol fiscal” est toujours aussi vif. Entre sa liberté de parole personnelle et les exigences du collectif, elle a choisi. Ça agace ses pairs, mais ça plaît à l’opinion. »

Et Le Figaro d’évoquer l’horizon présidentiel de 2017 : « si elle se garde d’entrer trop tôt dans une compétition hasardeuse, Ségolène Royal ne serait pas marrie que les Français aient encore quelques désirs d’avenir pour elle. »

Pas la même intensité…

Cinéma à présent avec la sortie ce mercredi de Samba, le dernier film très attendu du tandem Nakache-Toledano avec dans le rôle principal, Omar Sy… « Omar Sy revient et ça fait du bien ! », s’exclame Le Parisien en première page. Après le triomphe d’Intouchables, « l’acteur préféré des Français incarne un émigré sénégalais sans-papiers, au côté d’une bouleversante Charlotte Gainsbourg. Un film généreux et plein d’humanité. »

Alors, « soyons honnêtes, lâche Le Parisien, non, la nouvelle histoire d’Olivier Nakache et Eric Toledano n’a pas la même intensité dramatique qu’Intouchables. Mais quel bonheur de passer à nouveau deux heures avec Omar Sy, son rire communicatif, sa douceur inouïe, son humanité XXL. En incarnant Samba le clandestin, Omar Sy a endossé son premier rôle dramatique. Et ça lui va bien. »

Le Canard enchaîné est plus réservé : « Moins audacieuse, dans son approche et ses dialogues, qu’Intouchables, cette histoire, adaptée d’un roman, affiche une visée plus documentaire et sociale. Plus réaliste, elle y perd aussi en énergie, et la balance humour-émotion penche parfois trop en faveur de la seconde. »

Libération n’a pas aimé le film… « Triste Samba », titre le journal. « Samba entend faire rire, pleurer, et si possible les deux à la fois, chevillé deux très longues heures durant à la plus extrême marginalité abritée par nos sociétés. Pareil volontarisme ne l’empêche pas de sombrer dans des gags archaïques, déplore Libération, sur ces étrangers qui s’entêtent à parler étranger à la très grande perplexité des braves Français ! […] Ici les Blancs sont névrosés et les sans-papiers souriants ; Charlotte Gainsbourg jouera l’hystérie frigide et Omar Sy la candeur valeureuse. »

En tout cas, relève Le Monde, « Samba n’est pas un film simple. On se demande parfois si cette complexité ne procède pas d’une espèce de contrition. Intouchables a suscité les critiques – particulièrement aux Etats-Unis – de ceux qui y voyaient la résurrection du stéréotype de l’Africain toujours joyeux malgré l’adversité. Une scène, au moins, qui voit Omar Sy dire, par la bouche de Samba, qu’il n’aime pas danser, apparaît comme une réponse directe à ce reproche. »

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