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A la Une : scandales au plus sommet de l’Etat malien

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© AFP/Pius Utomi Ekpei

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Le ton monte dans la presse malienne après les récents audits et enquêtes préliminaires sur des malversations présumées ayant entouré deux marchés publics, l’un portant sur le nouvel avion présidentiel, l’autre sur un contrat d’équipements militaires.
« Un pays paralysé par les scandales », s’indigne le quotidien L’Aube. « Jamais au Mali un régime n’a connu autant de soubresauts sur fond de dossiers accablants que sous Ibrahim Boubacar Keïta. De l’arrivée au pouvoir du président IBK, en septembre 2013, à nos jours, le Mali tourne au rythme de scandales financiers qui paralysent le fonctionnement de l’Administration, asphyxient l’économie et ternissent l’image du pays. Achat d’avion de commandement, contrat d’armement, accusation de connexion avec un parrain de la mafia, sanctions des bailleurs de fonds notamment le FMI, infestation du pouvoir par la famille, rénovation de résidence privée, surfacturations, tout y passe. »

L’Aube met donc en avant les deux dernières affaires : « un marché de gré à gré de 69 milliards de FCFA portant sur des équipements militaires, attribué par Ibrahim Boubacar Keïta, en violation des règles des marchés publics, à un proche de la famille présidentielle, Sidi Mohamed Kagnassy, directeur général de la société Guo-Star et promu aussitôt après conseiller spécial du président. Le fait que le marché ait été attribué de gré à gré, relève L’Aube, est un piétinement flagrant des principes élémentaires de passation de marché public. »

Et puis l’autre affaire, poursuit le quotidien malien, celle de l’achat du nouvel avion présidentiel. « Hors de toute inscription budgétaire, pointe le quotidien malien, 20 milliards de francs CFA ont été sortis des caisses de l’Etat pour acquérir un Boeing 737 non encore immatriculé au nom du Mali, alors même que le pays dispose d’un avion présidentiel (un Boeing 727) en bon état et dont l’assurance a été renouvelée jusqu’en 2015. Pour les Maliens et les bailleurs de fonds, souligne L’Aube, c’est moins l’achat proprement dit de l’avion qui pose problème, que le contexte (la crise qui secoue le pays) et les conditions douteuses de son acquisition pour le confort personnel du président et celui de sa famille. »

Le président était au courant…

Dernier pavé dans la mare, celui lancé par l’ancien ministre de la Défense, Soumeylou Boubèye Maïga… L’ancien homme fort du régime d’IBK, tout en rejetant les accusations de surfacturation, affirme notamment que le président de la République a bien été mis au courant des contrats relatifs tant à l’achat de l’avion présidentiel que sur les matériels militaires. « Le président de la République a été informé et a donné son accord préalable à chaque étape. » Une petite phrase reprise par la plupart des journaux maliens en ce début de semaine, notamment par L’Indépendant qui estime « qu’après ces observations du ministre de la Défense à l’époque des faits, le Bureau du Vérificateur général est donc en mesure de produire maintenant son rapport final sur cette affaire qui risque de conduire de nombreux décideurs devant les tribunaux de la République. »

Pour Le Tjikan , autre périodique malien, « les grands déballages commencent. (…) Soumeylou Boubèye Maïga, totalement discrédité, n’a strictement rien à perdre, ni sans doute à gagner. Son objectif actuel, pointe le journal, est de partager une part de ce fardeau qui l’accable. Pour ce faire, il n’hésitera pas à donner un dernier coup d’épée à sa relation avec IBK. (…) Si nous n’aurons pas l’outrecuidance d’accuser gratuitement le président de la République, poursuit Le Tjikan, nous n’aurons pas non plus la naïveté de traiter de faux tout ce que l’ancien ministre de la Défense dira de cette affaire. Place donc aux déballages à grand renfort médiatique. »

Et le journal Le Prétoire de prévoir, lui, une prochaine « division entre les alliés » au pouvoir : « 'aucun cadre du RPM (le parti présidentiel) n’est impliqué dans la surfacturation de l’avion présidentiel et des contrats militaires', affirmait récemment un responsable du parti. IBK semblerait s’inscrire dans cette logique. Or, estime le journal, jusqu’à preuve du contraire, on ne peut dissocier le Président IBK du RPM. » Qui plus est, « certains, dont les noms sont cités dans la presse, détiennent la carte du RPM. »
Du coup, relève Le Prétoire, « plusieurs alliés du parti présidentiel se sentent frustrés par ces propos jugés diffamatoires et traitres. Pour ceux-ci, il y a une volonté d’exonération des cadres RPM au détriment des autres. Une chose qui est inadmissible et intolérable. Ce qui laisse supposer qu’il y a un tri parmi les suspects. Et le clash, conclut le journal malien, est quasi inévitable entre les alliés au pouvoir. »

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