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Invité Afrique

Cheikh Tidiane Gagio présente le «Davos» de la sécurité en Afrique

Audio 05:12
Cheik Tidiane Gadio, ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal.
Cheik Tidiane Gadio, ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal. DR

Un Davos de la sécurité en Afrique : le projet est lancé par le Sénégal et la France. Le 15 décembre prochain, le Forum de Dakar réunira quelque 400 spécialistes des questions de défense. Une première. Parmi les initiateurs de ce projet, il y a Cheikh Tidiane Gadio. Pendant plus de neuf ans, il a été le chef de la diplomatie sénégalaise. Aujourd'hui, il préside un think tank, l'Institut panafricain de stratégie (IPS). A Dakar, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier. Et il s'exprime aussi sur les Constitutions en cours de révision.

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RFI : Ce forum de Dakar ne risque-t-il pas d’être un colloque de plus ?

Cheikh Tidiane Gadio : Pas du tout. D’abord dans le format, c’est la première fois, je crois, sur le continent africain, qu’un format hybride permet de mettre ensemble les décideurs politiques, les ministres, des chefs d’état-major, des universitaires et des leaders de think tanks. On n’a jamais eu ça sur le continent.

Ca se fait pourtant un peu partout : le forum d’Halifax au Canada, de Shangri-La à Singapour… Pourquoi l’Afrique ne devrait-elle pas aussi pouvoir organiser une réflexion stratégique sur les questions de sécurité ? D’autant plus que la sécurité précède le développement.

Est-ce que ce n’est pas le terrain qui commande ? Ce genre de forum ne risque-t-il pas d’être éloigné de la réalité ?

Le terrain sans une vision peut être problématique. Nos 54 Etats africains ont des armées qui ont des ressources très, très limitées. Le prix de deux ou trois rafales de l’armée française peut être le budget de tout un Etat africain en matière de sécurité. Il faut que les Africains acceptent de mutualiser. C’est bien d’avoir la souveraineté, mais il faut que les Africains mettent leur souveraineté ensemble pour gérer les problèmes de sécurité.

Personne ne peut mener une bataille pour vous à votre place. Que la France soit dans une posture d’appui des armées africaines, ça peut être compréhensible. Mais que la France soit au-devant, appuyée par les armées africaines, ça n’a pas de sens. Cinquante-quatre ans après les indépendances africaines, cette réponse doit d’abord être africaine et soutenue par les partenaires internationaux.

« Les Africains doivent se prendre en charge. » On entend ça dans tous les sommets africains ! Est-ce que ce forum de Dakar ne va pas être le lieu d’une incantation de plus qui ne donnera aucun résultat sur le terrain ?

Les recommandations seront là et l’Union africaine devrait bénéficier de ce forum.

L’Union africaine… qui au début était réticente par rapport à ce forum !

C’est normal parce que l’Union africaine a ce qu’elle appelle sa « retraite annuelle » où, effectivement, il y a aussi des discussions et des réflexions de ce genre.

Ce forum lui apparaissait donc comme une manifestation concurrente ?

Je ne sais pas s’ils l’ont amené jusqu’à ce niveau mais ils ont posé beaucoup de questions parce qu’ils voulaient comprendre. Et ils ont raison. L’Union africaine avait l’habitude d’organiser. Cette fois on lui demande d’apporter son soutien à des think tanks, des groupes de réflexion. C’est une posture un peu différente, un peu difficile peut-être, mais je suis certain que l’Union africaine en fera son profit.

Attendez-vous le commissaire pour la paix et la sécurité de l’Union africaine, Smaïl Chergui ?

Mais absolument. Et même Madame Zuma, si elle est disponible. Ce serait bien qu’elle puisse nous rejoindre puisque des chefs d’Etat seront là. On espère que ce sera un niveau de représentation le plus élevé possible.

Cheikh Tidiane Gadio, vous avez été ministre des Affaires étrangères du Sénégal pendant neuf ans. Finalement, vous n’arrivez pas à partir à la retraite ?

Mais justement, ça a toujours été un drame je crois pour le continent africain, d’avoir des cadres qui ont exercé des responsabilités importantes à un certain niveau et qui n’ont pas de vie après cela ! Je suis personnellement très engagé en tant que panafricaniste. Je crois en l’Afrique. Je crois à la renaissance africaine. Je suis convaincu que si nos cadres se mettent à la retraite à 53 ans c’est une catastrophe. L’Afrique a besoin de leur expertise.

Il y a une vie après le pouvoir ?

On est toujours dans le pouvoir. Mais il y a différents niveaux de pouvoir et différents niveaux de responsabilités.

Et vous, l’ancien ministre d’Abdoulaye Wade, qu’est-ce que vous pensez de tous ces chefs d’Etat africains qui veulent modifier leur Constitution pour rester au pouvoir ?

Comme j’organise un forum et j’invite beaucoup de leaders, je préfère ne pas plonger dans des questions très controversées. Mais ce que vous savez, c’est que ici au Sénégal on a quand même mené un combat historique. Le président Abdoulaye Wade a voulu faire un troisième mandat et vous avez vu ce que ça a fait ? Mais le peuple sénégalais a eu la chance de s’en tirer sans trop de bobos.

Nous prions pour que ce soit une occasion historique pour les Africains de débattre la question du pouvoir, pour que la longévité au pouvoir et l’organisation de l’alternance civilisée pour ceux qui sont dans l’opposition ne menace pas ceux qui sont dans le pouvoir, qu’on aille dans cette direction pour favoriser l’alternance démocratique dans ce continent.

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