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Invité Afrique

Abdoulaye Soma: «Le Burkina Faso est sur le fil du rasoir»

Audio 05:15
Mobilisation des opposants burkinabè contre la révision de la Constitution, le 15 octobre.
Mobilisation des opposants burkinabè contre la révision de la Constitution, le 15 octobre. Romaric Hien / AFP

Journée cruciale pour l'avenir politique du Burkina Faso, ce jeudi 30 octobre, les 127 députés doivent s'exprimer sur la modification de la Constitution. Le président Compaoré souhaite la modification de l'article 37 limitant à deux le nombre des mandats présidentiels. L'opposition, vent debout contre ce projet, peut-elle s'y opposer à l'Assemblée nationale ? Pourra-t-elle arracher un référendum sur cette question ? Le professeur Abdoulaye Soma, président de la société burkinabè de droit Constitutionnel, livrait son analyse sur RFI, mais juste avant la prise d'assaut du Parlement à Ouagadougou.

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RFI : C’est donc aujourd’hui jeudi que les députés du Burkina Faso examinent la révision constitutionnelle qui doit permettre au président Compaoré de briguer un nouveau mandat en 2015. La démonstration de force de l’opposition, qui a fait descendre mardi des centaines de milliers de personnes dans les rues, notamment de la capitale, peut-elle faire changer d’avis les députés ?

Abdoulaye Soma : Je ne le pense pas. S’il devait y avoir des changements d’avis, on aurait dû avoir quelques échos à travers les canaux officiels de communication. Mais comme il n’a pas été ainsi, je pense que pour l’instant chaque camp reste dans sa logique.

Ne pensez-vous pas que certains députés indécis pourraient avoir été impressionnés par ces manifestations, notamment celles de mardi, au point de s’abstenir ou de voter contre la révision ?

Je ne pense pas parce qu’il y a eu quelques manifestants qui ont fait le tour de quelques domiciles de quelques députés. Mais les députés qui ont été visités se sont vus rassurés par leurs camps politiques. Ce qui fait que pour l’instant, chaque camp reste dans sa logique, assez ferme.

Un passage en force de cette révision constitutionnelle ne risquerait-il pas de provoquer des violences au Burkina Faso ?

C’est le moins que l’on puisse dire. Et je dirais même que le pays est sur le fil du rasoir ! Et je préfère être alarmiste, quitte à me tromper. Il me semble que d’après les positions qui sont officiellement exprimées par chaque camp politique, nous sommes pour l’instant dans des positions quasiment irréconciliables -pour l’instant - et comme le texte doit être discuté dans quelques instants, il est à craindre vraiment qu’avant même la discussion, il y ait des heurts, ou pendant ou après.

Vous semblez penser que le pouvoir fait quelque part le pari que ces heurts, ces violences, seraient parfaitement contrôlables ?

Il me semble simplement que le problème actuellement au Burkina Faso c’est que chaque camp se dit qu’il a raison et totalement raison. Ce qui a d’ailleurs bloqué toutes les perspectives du dialogue qui s’offraient pour un règlement beaucoup plus pacifique de la situation nationale. Et quand on pense qu’on a raison et quand on pense pour chacun qu’on a le peuple avec soi, on se croit fondé constitutionnellement, à persister dans la logique. Donc l’erreur peut-être vient de part et d’autre de cette appréciation de chacun, de croire qu’il a absolument raison, de croire qu’il a absolument le peuple avec lui.

Le CDP – le parti au pouvoir et ses alliés – dispose d’une majorité confortable et l’opposition ne pourra donc pas empêcher dans l’hémicycle l’adoption de cette révision constitutionnelle. Mais la question est de savoir si l’ampleur du résultat permettra à l’opposition d’obtenir un référendum ou non. Selon vous, y aura-t-il ou non référendum sur cette question de la révision constitutionnelle ?

D’abord je fais une précision technique. En fait, pour la révision de la Constitution du Burkina Faso à ce stade on a encore deux phases. Le Parlement vote sur le principe même de continuité de la révision de la Constitution. C’est la première opération.

La deuxième phase, qui est une opération différente, c’est la phase d’adoption du texte. Et en vertu de l’article 164 de la Constitution, il y a deux voies qui s’ouvrent pour l’adoption finale. Il y a la voie référendaire et il y a la voie parlementaire. Donc il peut aller directement au référendum ou il peut décider de ne pas aller au référendum. Mais d’après le communiqué de presse du Conseil extraordinaire des ministres, il a été dit, et on peut le lire, c’est officiel, que le texte est soumis à l’Assemblée, en vue de la convocation d’un référendum. Donc les indices dont on dispose pour l’instant de la part du gouvernement, c’est qu’il soit géré après la phase d’application, une révision référendaire. Tout cela est une appréciation technique.

La situation au Burkina Faso s’apprécie au jour le jour et les décisions sont prises par à-coups. Donc il n’est pas exclu que si le gouvernement se sent en bonne posture après la phase d’appréciation, qu’il décide de re-soumettre immédiatement le texte au vote définitif, c'est-à-dire en adoption, si on choisit la voie parlementaire, il faut la majorité des trois-quarts. Si on choisit la voie référendaire il faut la majorité simple des voix.
 

Sur le plan purement politique, est-ce qu’il ne serait pas finalement de bon aloi, pour détendre la situation qui est extrêmement tendue, notamment à Ouagadougou, que le gouvernement laisse les populations s’exprimer par voie référendaire ?

Je ne crois même pas que l’une ou l’autre voie soit de nature à détendre la situation. Mon opinion vraiment c’est que dans cette situation de crise on ne pourra jamais faire l’économie du dialogue. Tôt ou tard il faudra s’asseoir pour discuter ! Toute autre logique est périlleuse ! Je pense que s’il y a référendum, d’ici à la tenue d’un référendum effectif, des efforts peuvent être menés pour rapprocher les positions et mettre les différents acteurs à la table d’un dialogue. Et je pense évidemment que c’est la solution qui garantit le mieux les intérêts supérieurs de la nation burkinabè.

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