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Invité Afrique

Stanislas Sankara: «Nous n'avons plus confiance en Compaoré»

Audio 05:21
Le président burkinabè Blaise Compaoré au palais présidentiel, juillet 2014.
Le président burkinabè Blaise Compaoré au palais présidentiel, juillet 2014. AFP PHOTO/ SIA KAMBOU

Dans une allocution télévisée prononcée jeudi soir 30 octobre, le président burkinabè a annoncé la dissolution du gouvernement et la fin de l'état de siège décrété quelques heures plus tôt par le chef d'état-major de l'armée. Mais surtout il se dit « disponible à ouvrir des pourparlers pour une période de transition » à l'issue de laquelle il remettra « le pouvoir au président démocratiquement élu ». Des propos qui sont loin de calmer la colère de l'opposition, laquelle exige avant tout son départ du pouvoir.Me Bénéwendé Stanislas Sankara est le président du parti sankariste UNIR-PS, et du Front progressiste sankariste, une des grandes formations d'opposition. Il répond aux questions de Pierre Pinto.

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RFI : Qu’avez-vous pensé de l’allocution télévisée de Blaise Compaoré ?

Bénéwendé Stanislas Sankara : Vraiment ridicule ! A la limite, Blaise Compaoré n’a pas encore appris la leçon. Je crois qu’il est en train de ruser avec le peuple bukinabè. Nous attendions ce message où il allait effectivement dire qu’il a compris et qu’il rendait sa démission pour soulager le peuple burkinabè. Mais Blaise Compaoré veut, purement et simplement, avoir du temps.

Je crois que la contradiction qui a existé entre lui et les déclarations de ses généraux, dénote du fait qu’effectivement, il n’a plus d’autorité. Et en plus du manque de légitimité, Blaise Compaoré doit purement et simplement tirer les leçons. Mais s’il ne comprend pas, il nous invite une fois de plus à continuer la mobilisation pour l’obliger cette fois-ci, à partir du pouvoir.

Dans son discours, il propose une transition et un dialogue avec l’opposition. Pour vous, cela est-il trop tard ?

Monsieur Blaise Compaoré n’a plus de parole d’honneur. Il ne connaît pas la parole donnée ! Ça ne marche plus ! Quand le peuple en a marre, il se met debout, il a ses exigences, il a ses aspirations. Nous ne pouvons pas aller à contre-courant de notre peuple et de l’Histoire ! Ce 30 octobre, l’histoire s’est jouée. Je pense que Monsieur Blaise Compaoré doit comprendre tout ça. S’il veut d’un dialogue sincère et franc, il a eu le temps de le faire. Il n’en a pas voulu. Trop, C’en est trop !

Quelques heures avant le discours de Blaise Compaoré, le général Traoré, le chef d’état-major, avait lui-même proposé une période de transition pouvant aller jusqu’à 12 mois. Le général Traoré est-il soutenu par l’opposition ?

Le général Traoré a rencontré, selon lui, deux fois le chef de l’Etat, avant de rencontrer l’opposition politique. Nous lui avons réitéré nos préoccupations. A savoir, demander aux militaires de Blaise Compaoré, à ses sbires, de ne plus tirer sur le peuple. Ensuite, nous avons pris note de la dissolution. Pour nous c’était un coup d’Etat militaire ! Et la junte a été claire pour décréter un état de siège. Nous avons dénoncé l’état de siège pour appeler nos militants à continuer la mobilisation, la détermination jusqu’à ce que Blaise Compaoré s’en aille.

Il vient de faire ce discours-là pour dire qu’en réalité il reste, mais qu’il est prêt à transmettre le pouvoir. Mais qu’est-ce qui dit que Blaise Compaoré ne veut pas ruser pour reprendre la situation en main ? Nous connaissons l’homme. Ça fait 27 ans, ça fait combien de fois qu’il a modifié la Constitution ?
Quelqu’un qui est arrivé par un coup d’Etat, quelqu’un qui a été le premier à décréter l’état de siège, je pense que ce n’est pas un démocrate. Ce n’est pas sincère. Nous n’avons pas vraiment confiance en lui. Nous croyons qu’il veut reculer pour mieux nous massacrer.

Mais avez-vous confiance dans le général Traoré ?

La confiance se mérite ! Le général Traoré a été nommé par le chef d’Etat Blaise Compaoré à la tête de l’état-major. Nous sommes dans une situation où effectivement il faut travailler à remettre la démocratie sur les rails. Nous avons simplement dit au général Traoré que l’armée doit prendre ses responsabilités dans le sens des intérêts supérieurs de notre peuple. Maintenant, ue ce soit le général Traoré, que ce soit le général Kouamé Lougué, un caporal ou un civil… L’essentiel, c’est que ce soit un homme qui inspire confiance à tout le peuple.

Nous avons aussi insisté pour dire que la lutte de l’opposition politique, ce n’est pas pour courir derrière des postes. Nous nous battons pour la liberté, pour la justice dans ce pays ! Pour que la démocratie retrouve sa plénitude ! Et que le pouvoir ne soit pas confisqué par la boulimie d’un seul homme !

L’opposition aurait-elle préféré que ce soit par exemple, le général Kouamé Lougué qui prenne les choses en mains ?

L’opposition politique, de mon point de vue n’a pas de préférence ! L’opposition politique a son agenda. On s’attendait à des élections propres, crédibles, en 2015, avec le départ de Monsieur Blaise Compaoré. La situation s’est précipitée. Nous pensons que l’armée en son sein doit jouer la cohésion d’unité nationale, trouver un homme de consensus qui pourra, avec l’opposition politique et le peuple burkinabè, faire front. Pour qu’ensemble, nous rétablissions les institutions dans les meilleurs délais, pour avoir le soutien du peuple et repartir sur de nouvelles bases pour renforcer notre démocratie.

Les institutions sont dissoutes. Vous ne reconnaissez pas le maintien au pouvoir de Blaise Compaoré. Alors qui dirige le Burkina à l’heure qu’il est ?

Le Burkina Faso est sans commandant à bord ! Le Burkina Faso est dirigé par son propre peuple ! Maintenant, le peuple est à la quête de dirigeants crédibles. Mais tout, sauf Blaise Compaoré !

Concrètement, que proposez-vous ? Une période de transition, ou des élections le plus rapidement possible ?

Nous proposons une période de transition, ça c’est sûr. Nous proposons que l’agenda électoral qui était en train d’être élaboré soit maintenu. Mais effectivement, qu’on mette en place un organe transitoire qui va travailler à ressusciter toutes les institutions, à ramener la sérénité, l’ordre et surtout la discipline pour que les Burkinabè puissent repartir le plus rapidement au travail.

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