La semaine de

Premier jour d’une nouvelle ère pour le Burkina Faso

Audio 05:17
Jean Baptiste Placca.
Jean Baptiste Placca. RFI

Comme chaque samedi, c’est La Semaine de… Jean-Baptiste Placca. Il nous livre sa vision de l’actualité africaine en compagnie, aujourd’hui, de Assane Diop : Samedi 1er novembre 2014. Premier jour d’une ère nouvelle pour le Burkina Faso, désormais débarrassé de Blaise Compaoré, après vingt-sept ans et deux interminables semaines de règne. Hier matin, vendredi 31 octobre, les Burkinabè se sont réveillés dans l’angoisse des sacrifices qu’ils allaient encore devoir consentir avant que leur président ne se résolve à quitter le pouvoir. Et, ce vendredi, avant le lever du soleil, l’homme fort de Ouagadougou s’en est allé. Parti sans laisser d’adresse. Comment expliquer ce miracle ?

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C’est un triste privilège, très africain, que celui qui, en l’espace de 72 heures, rend subitement fragile, éphémère, un pouvoir que l’on croyait fort et indéracinable. Mais ce risque ne guette, sur le continent, que les régimes qui refusent d’admettre que les libertés démocratiques réelles et les mandats raisonnables sont leur meilleure protection contre de telles déconvenues, contre une chute sans gloire.

Nul ne sait où, à quelle belle étoile Blaise Compaoré a passé la nuit dernière. Mais ce n’est que le début de l’angoisse et des incertitudes, pour tous ceux qui l’ont soutenu jusqu’au bout dans sa volonté de confisquer indéfiniment l’avenir de son peuple. Il voulait voler à ses concitoyens dix, peut-être quinze années supplémentaires. Ce dernier aura finalement écourté d’une bonne année son dernier mandat.

Mais, en même temps, dans au moins la moitié des Etats du continent africain, ces problèmes de limitation de mandats sont réglés, définitivement. Ni le chef de l’Etat ni les plus obséquieux de ses laudateurs n’oseraient toucher à la Constitution pour s’éterniser au pouvoir. Là résident les certitudes d’espérance, pour l’Afrique.

Comment, et pourquoi est-ce si simple dans certains pays, et pas dans d’autres ?

D’abord, il y a chez les dirigeants des pays où c’est si simple, le souci de véritablement conduire leur peuple vers un avenir meilleur, et l’acceptation du fait qu’ils admettent ne pas être les seuls capables de porter, d’élever leur peuple. Les dirigeants qui pensent le contraire sont dans l’erreur, dans la vanité, tout simplement. Ce risque est d’autant plus grand lorsque ces dirigeants s’entourent de collaborateurs serviles, qui finissent par considérer la présence de leur chef au pouvoir comme une assurance tous risques, pour eux-mêmes, pour leur propre carrière.

Julius Nyerere a quitté le pouvoir en Tanzanie, il y a exactement trente ans. Les meilleurs spécialistes de l’Afrique marqueraient un temps d’hésitation, de réflexion, avant de vous citer les noms de tous les chefs d’Etat qui se sont succédé au pouvoir depuis le départ de Nyerere. La Namibie n’est indépendante que depuis un petit quart de siècle, mais nous ne nous souvenons plus spontanément des noms de tous ceux qui y ont assumé la magistrature suprême. L’on pourrait en dire de même du Mozambique, de la Zambie, du Cap Vert, du Ghana, de Maurice, autant de pays qui ne comptent pas parmi les cancres de la classe, ni du point de vue du développement économique, ni du point de vue de la démocratie. C’est, au moins, la preuve que le bien-être des peuples ne passe pas forcément, et même pas du tout par l’accaparement du destin de tout un peuple, des décennies durant, par le même homme, la même famille.

Quel rôle doivent jouer les Etats, les organisations comme l’Union africaine et la Cedéao, dans l’enracinement des mœurs démocratiques, pour que certains peuples ne soient pas pris en otages par des dirigeants qui veulent perdurer au pouvoir ?

Evidemment, chaque peuple est le premier responsable de son destin. Mais il est encore des pays, des peuples qui sont tenus en joug par ceux qui les gouvernent, souvent en s’appuyant sur une armée ethnique, ou une garde présidentielle violente. Certaines organisations sous-régionales observent une complaisance coupable, dans une sorte de conspiration du silence. Vous avez sans doute eu connaissance de la réflexion du président du Sénégal, qui soutenait, il n’y a pas deux semaines, que le maintien au pouvoir de Blaise Compaoré à la faveur d’une modification de la Constitution pouvait ne pas être un scandale, pour des raisons de stabilité. Le président du Sénégal ?!!! Pourquoi donc les Burkinabè mériteraient-ils un sort que lui-même s’interdit d’imposer à son propre peuple ? Ce n’est pas sérieux ! Tout comme ne sont pas sérieuses ces missions sous-régionales et internationales qui débarquent soudainement à Ouagadougou, pour dire au peuple du Burkina comment il doit savourer et gérer sa victoire. Qu’on laisse donc les Burkinabè vivre leur vie, puisque l’on n’a pas été en mesure de prévenir le chaos qu’ils viennent de frôler de si près, et dont ils se sont sortis seuls, sans l’aide de personne !

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