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Wasis Diop: «L'essentiel de ce que je compose s'adapte aux films»

Audio 05:32
Wasis Diop, musicien sénégalais, compositeur de musiques de film.
Wasis Diop, musicien sénégalais, compositeur de musiques de film. ©Nbanoun

Wasis Diop est l'une des figures de la musique sénégalaise. A côté de ses albums solo, le chanteur et musicien a toujours composé des musiques de films. Il vient de les regrouper dans un album intituléSéquences. On y trouve des musiques écrites pour les films du réalisateur Djibril Diop Mambety -son frère-, du Tchadien Haroun Mahamat Saleh ou encore de l'Américain John McTiernan. Wasis Diop est un musicien qui a toujours été fasciné par les images." > Wasis Diop est l'une des figures de la musique sénégalaise. A côté de ses albums solo, le chanteur et musicien a toujours composé des musiques de films. Il vient de les regrouper dans un album intituléSéquences. On y trouve des musiques écrites pour les films du réalisateur Djibril Diop Mambety -son frère-, du Tchadien Haroun Mahamat Saleh ou encore de l'Américain John McTiernan. Wasis Diop est un musicien qui a toujours été fasciné par les images.

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RFI : Bonjour Wasis Diop. Cet album regroupe plusieurs morceaux écrits pour des films donc. En quoi est-ce différent de composer pour un film plutôt que pour un album disons classique ?

Wasis Diop : Un film c’est différent. Quand on fait un film, en fait on nous dit de composer une musique d’une histoire qui n’est pas la nôtre. C’est là où réside le défi ! C'est-à-dire de se projeter dans une histoire qu’on n’a pas vécue. Et en fait c’est une demande d’être schizophrène au moment de faire ce travail. C'est-à-dire d’être quelqu’un d’autre que nous-même. Mais c’est très intéressant.

On compose à partir d’un scénario, à partir des images, ou bien à partir de ce que le réalisateur raconte du film ?

On essaie de se glisser entre des lignes. J’aime bien les scénarios. Parce que le scénario c’est complètement fictif, c’est imaginaire. Donc on imagine les acteurs qu’on veut, on peut imaginer les scènes comme elles sont décrites à l'aune de notre propre compréhension de ce qui est écrit. Donc c’est très, très intéressant et c’est assez agréable.

J’ai lu que vous composiez des musiques avant même qu’un projet n’existe, pour ensuite les ressortir si on vous propose une collaboration.

Oui, pour les décliner après. Parce qu’en fait en réalité la musique de cinéma ce sont des climats. Donc c’est toujours la même chose ; la détresse, la tristesse, la mélancolie ou la joie ou la peine. Donc on ne sort pas de ce schéma qui est un schéma fondamental dans les histoires. Et donc c’est vrai qu’il m’arrive souvent de préparer les choses en me disant bon… ce que j’appelle des « films imaginaires »…

Vous avez des musiques de « films imaginaires » chez vous ?

Voilà. Et d’ailleurs l’essentiel de ce que je compose – en tout cas les chansons – s’adapte au film parce que moi, je viens un peu du cinéma aussi. Je veux dire que je viens du cinéma parce que mon frère, Djibril Mambéty Diop, que tout le monde connaît, en tout cas tous ceux qui s’intéressent au cinéma africain, et donc j’ai grandi avec lui. Donc j’ai vraiment grandi dans les plateaux de cinéma. Et c’est pour ça que je crois, sans fausse modestie, que souvent on m’a acheté des chansons qui étaient déjà faites, parce que j’ai un œil aussi sur la photo, sur le cinéma.

Vous avez travaillé donc avec votre frère. Vous avez été acteur dans quelques films. Au départ je crois que vous vouliez devenir photographe. Vous réalisez aujourd’hui des documentaires, mais vous êtes toujours plus connu quand même pour votre travail de musicien. Finalement vous, vous préférez quoi ? Le travail musical ou le travail des images ?

Disons que je cherche encore ma voie.

A votre âge, encore ?

A mon âge, après avoir traversé le mur du temps. C’est 60 ans parce qu’au-delà en réalité ça ne compte plus. On s’achemine vers autre chose qui est échappe. Le temps est aboli après. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui on fait beaucoup de choses parce qu’on a aussi des outils qui nous permettent aussi d’aller dans des directions vers lesquelles on ne serait jamais allé.

Et vos projets qui viennent, vos projets futurs, est-ce qu’ils tendent plutôt vers le cinéma que la musique ?

Les deux, vraiment. Les deux parce que j’aime les images. En tant qu’Africain j’habite dans un pays de lumière. Voilà. Et le cinéma ce n’est rien d’autre que la photo aussi. Ce n’est rien d’autre que l’ombre et la lumière et la couleur aussi quand on est en Afrique… Et je vois un tas de choses ! Et j’ai envie de les capter.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le cinéma africain ?

C’est un cinéma qui se cherche encore. Je pense qu’on a eu un départ avec vraiment des gens qui avaient de très, très bonnes idées. Mais je suis déçu par le résultat. Des fois j’ai l’impression que c’est un cinéma importé. Ce n’est pas ce que j’appelle le cinéma africain, parce que l’Afrique c’est un environnement, l’Afrique ce sont des sons. Pour moi il a du mal à exister en tant qu’entité. En tant que ce quelque chose qu’on appelle « le cinéma africain » parce qu’il y a vraiment une façon de voir la vie... Je ne vois pas le temps de l’Afrique qui est un temps complètement sorti du temps. C'est-à-dire que c’est un temps aboli.

Il ne reflète pas ce temps-là.

Voilà. Il ne reflète pas ce temps-là. Je ne vois pas cette espèce d’univers complètement fermé, cyclique… Je ne vois pas le tempérament de l’Afrique. Je ne vois pas son originalité, ni dans sa façon de marcher ni dans sa façon de dire les choses, ni sa façon de prendre son temps, ni sa façon de traiter la problématique africaine.

Lors de vos concerts vous prononcez cette phrase : « J’espère qu’un jour l’Afrique arrivera à sauver le monde ». Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?

Je pense que l’Afrique peut sauver le monde parce que l’Afrique doit être elle-même. L’Afrique ne doit pas être à la botte des autres. L’Afrique doit réfléchir à cette phrase. Je pense que l’Afrique peut sauver le monde, mais à condition que l’Afrique soit elle-même, c'est-à-dire qu’elle se redéfinisse. Qu’elle sache pourquoi elle est le berceau de l’humanité. Et quand elle le saura peut-être qu’elle pourra mieux accomplir ce que je dis. En tout cas ce que j’appelle de mes vœux, l’Afrique doit sauver le monde.

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