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Invité Afrique

Mohamed Bazoum: «Ce qui vient de se passer au Burkina est une leçon»

Audio 05:24
Le ministre des Affaires étrangères nigérien Mohamed Bazoum, lors d'une allocution aux Nations unies le 27 septembre dernier.
Le ministre des Affaires étrangères nigérien Mohamed Bazoum, lors d'une allocution aux Nations unies le 27 septembre dernier. Eduardo Munoz

Pas de déclaration, pas d’interview... Deux semaines après la chute de Blaise Compaoré, beaucoup de pays voisins du Burkina Faso sont d’une extrême prudence et ne communiquent pas. Mais aujourd’hui, le Niger sort de son silence. De passage à Paris, le ministre nigérien des Affaires étrangères répond aux questions de Christophe Boisbouvier. Mohamed Bazoum s’exprime aussi sur la saga judiciaire qui a provoqué la fuite à l’étranger de Hama Amadou, le numéro un de l’opposition nigérienne.

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RFI : Avez-vous été surpris par la chute du régime de Blaise Compaoré ?

Mohamed Bazoum : Oui, en vérité, sauf qu’il y a eu la grande manifestation du mardi qui nous a amenés à penser qu’il est possible que des choses puissent se passer. Mais je dois reconnaître que je n’aurais pas imaginé que les choses puissent évoluer si rapidement.

Le président Blaise Compaoré voulait modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat. Quelle leçon tirez-vous de ces énormes manifestations qui ont fait tomber le régime ?

Vous savez, le président Blaise Compaoré a stabilisé le Burkina Faso. Il a eu une politique de croissance économique soutenue sur plusieurs années. Cela a donné des résultats sociaux incontestables. Son erreur a été de penser qu’il était possible qu’il reste.

S’il avait retiré le projet de loi, la veille, il aurait pu rester au pouvoir. Il a un peu tiré jusqu’à la fin et cette révolution a été quelque chose de fabuleux. Comme quoi, il y a un effet de lassitude lorsque les régimes durent. Il faut faire attention à ces choses là.

Vingt-sept ans, c’est trop long ?

J’ai bien compris que ce fut très long en effet aux yeux des Burkinabè.

En Afrique, il y a d’autres régimes qui sont tentés de modifier leur Constitution afin que le président en place puisse briguer un troisième mandat. Après ce qui s’est passé au Burkina Faso, cette initiative n’est-elle pas risquée ?

Je n’en sais rien. J’aurais tord de parler de ce que se proposent de faire des chefs d’Etat qui sont à la tête d’Etats souverains.

Mais en tout cas, ce qui s’est passé au Burkina est une leçon ?

A mon avis, c’est une leçon. Ce qui s’était déjà passé au Niger était une leçon. Ce qui vient de se passer au Burkina en est une autre.

L’exfiltration de Blaise Compaoré avec l’aide d’hélicoptères et d’avions français, ça vous choque ?

Non, bien au contraire. C’était un service qui avait été rendu au Burkina Faso. Partir, c’était mauvais pour lui, mais c’était très bien pour le Burkina Faso.

Depuis le 31 octobre, le Burkina est gouverné par un militaire, le lieutenant-colonel Zida. L’Union africaine lui a donné jusqu’à mardi prochain pour remettre le pouvoir aux civils. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Oui, c’était une bonne chose que l’Union africaine dise que les militaires n’ont pas vocation à rester pour gérer un pouvoir, fût-ce de transition. Le délai de quinze jours était un délai purement indicatif. L’essentiel, c’est que les Burkinabès soient en train de s’acheminer vers une sortie de cette transition gérée par l’armée.

Lors de leur réunion la semaine dernière à Accra au Ghana, les chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest ont semblé plus souples que l’Union africaine à l’égard du lieutenant-colonel Zida. Est-ce une impression ou une réalité ?

Non, c’est une impression seulement. Sur le fond, les chefs d’Etat assument les positions définies par l’Union africaine au niveau de la Cédéao [Communauté économiques des Etats d’Afrique de l’Ouest].

Et si la semaine prochaine, les militaires ne rendent pas le pouvoir aux civils, faut-il envisager des sanctions ?

Je ne l’envisage même pas parce que je suis convaincu que nous sommes en passe d’aller vers une solution.

Depuis deux ans, le Burkina Faso est un pays clé du dispositif sahélien contre les jihadistes. Aujourd’hui, ce dispositif n’est-il pas fragilisé ?

Certainement. Ce qu’il faut souhaiter, c’est que le Burkina Faso ne bascule pas dans l’instabilité. Ce serait ça le plus grave.

Au Niger, le numéro un de l’opposition, Hama Amadou, est poursuivi par la justice pour complicité de trafic de bébés en provenance du Nigeria. N’est-ce pas un montage pour éliminer un futur adversaire à la présidentielle de 2016 ?

Non, loin de là, contrairement à ce qu’il prétend. En effet, ce qui s’est passé, c’est que son épouse s’est rendue au Nigeria et a ramené deux enfants qu’elle prétend avoir mis au monde. Après cela, beaucoup de familles de couples stériles bien connues à Niamey sont allées au Nigeria et ont ramené des enfants.

C’est devenu si massif que la police judiciaire s’est intéressée à la chose et a pu mettre en évidence l’existence d’une maison close avec une clinique dans l’Etat d’Ondo, dans la ville d’Ore, au Nigeria, où sont produits ces enfants. Dans cette maison close, vous avez des jeunes filles qui sont louées pour porter des enfants pendant neuf mois. Elles accouchent et ils sont vendus. Voilà pourquoi les pères de familles et les mères sont en état d’arrestation.

Monsieur Hama Amadou est poursuivi pour ce motif-là. Son immunité a été levée par une autorisation du bureau de l’Assemblée nationale qui était en intersession. Un mandat d’arrêt a été retenu contre lui. Il n’est pas poursuivi parce qu’il est un homme politique. Il n’est pas poursuivi parce qu’il est le chef, de fait, de l’opposition. Il est poursuivi en tant qu’individu dans le cadre d’une affaire qui concerne sa femme et lui.

Pour l’instant, Hama Amadou vit en France. Est-ce que vous allez déclencher une procédure de demande d’extradition auprès des autorités françaises ?

Non, la justice a émis un mandat d’arrêt contre lui et c’est suffisant pour ce qui est en train d’être fait. Il semble que le principe d’un mandat d’arrêt international n’existe même pas dans notre législation.

Est-ce que ça veut dire que s’il reste en France, il n’aura pas d’ennuis ?

Il me semble bien en effet.

Tout cela n’est pas fait pour neutraliser un homme politique qui pourrait être un concurrent sérieux de Mahamadou Issoufou en 2016 ?

Il n’est pas difficile pour lui de montrer que ces enfants lui appartiennent ou appartiennent à sa femme. Il suffit d’un test ADN pour que sa femme soit disculpée. Dès que elle, elle le sera, lui le sera automatiquement. Et toute cette procédure va s’arrêter.

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