Accéder au contenu principal
La semaine de

J-P Bemba-CPI/Burkina Faso-Suite et fin

Audio 05:11
Jean-Baptiste Placca.
Jean-Baptiste Placca. RFI

Encore quelques mois et Jean-Pierre Bemba sera fixé sur son sort concernant les charges de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité retenues contre lui, dans les exactions commises par ses troupes entre octobre 2002 et mars 2003, à Bangui. Mais, lorsqu’il aura connaissance du verdict de son procès, l’ancien vice-président de la RDC aura probablement passé sept années de détention. Voilà pourquoi la CPI, encore une fois, est mise à l’index par une partie de l’opinion africaine… Jean-Baptiste Placca avec Nicolas Sur.

Publicité

Les meurtres, viols, pillages et autres exactions dont se sont rendus coupables les quelque 1 500 hommes qu’il a envoyés au président Patassé en Centrafrique sont, évidemment, d’une cruauté que nul ne peut nier. Mais le procès de Jean-Pierre Bemba est, d’ores et déjà, considéré comme un des plus longs de la jeune histoire de la Cour pénale internationale. L’impression que donne la CPI, dans le cas d’espèce, est qu’elle se saisit de ses « proies », avant de commencer à rassembler les preuves pour les confondre. Sauf que, en attendant, ces derniers sont privés de liberté, et c’est d’autant moins anodin que, ici, précisément, la démocratie congolaise se trouve privée du seul opposant qui passait pour imposer un rapport de force équilibré au pouvoir en place dans son pays. Et l’on compte aussi, dans l’opinion, des gens qui pensent qu’il y a véritablement malice, et que la CPI a conscience de « simplifier » la vie aux dirigeants au pouvoir de Kinshasa, en le débarrassant d’un opposant encombrant…

 

Bemba officiait tout de même comme un Bob Denard de l’Equateur, travaillant pour lui au Congo et vendant ses prestations en Centrafrique

Sans doute, mais le véritable débat porte sur sa responsabilité directe dans les crimes commis par les mercenaires qu’il a mis à la disposition du chef de l’Etat centrafricain d’alors. La gêne, depuis le début, tient au fait que Ange-Félix Patassé qui a sollicité et fait venir ces mercenaires pour commettre des exactions contre les populations de son propre pays n’a jamais été inculpé, jamais été inquiété, et est mort de sa belle mort.

Burkina : suite et, peut-être, fin, est-on tenté de dire, puisque c’est, en principe, ce dimanche que sera signée, à Ouagadougou, la charte de la transition. Mais d’où vient donc cette impression que l’Afrique attend et exige un peu trop de prouesses de la part du Burkina ?

Les Burkinabè ont, eux-mêmes, placé la barre très haut, de par la fulgurance avec laquelle ils ont soldé le destin de leur président, un homme fort, comme dirait Obama ! Du coup, l’opinion africaine est gagnée par une forme d’impatience, d’autant plus grande que, de l’extérieur, d’aucuns ont suspecté une confiscation du butin de l’insurrection par les militaires.
Mais la patience semble avoir payé, et cette charte est un document qui vient rappeler que les Burkinabè sont un peuple sérieux, travailleur, de tous temps, quel que soit celui qui les dirige.

N’était-ce pas un peu intrigant, cette place centrale, prise, au nom de l’armée, par quelqu’un qui n’était, après tout, pas le chef d’état-major de ladite armée, mais le « numéro deux » de la garde du président déchu ?

Assurément. Mais le régiment de la sécurité présidentielle est un corps très armé, surarmé et placé tellement au-dessus des autres par le président déchu que, paraît-il, même les généraux de l’armée régulière étaient, de gré ou de force, obligés de montrer une certaine déférence en s’adressant à des officiers de grades inférieurs, dès lors qu’ils appartiennent à ce régiment redouté. L’on pouvait s’étonner que l’opposition et la société civile se soient aussi subitement mises à craindre ce même régiment, qui n’impressionnait pas les foules qui ont eu raison du régime de Blaise Compaoré. Peut-être ces leaders de la société civile et de l’opposition ont-ils préféré ne pas ouvrir un nouveau front, avec le risque de voir les militaires devenir des éléments de déstabilisation de la transition. Disons que ceux qui ont eu raison de l’ancien régime ont accepté de payer le prix de la paix, pour qu’il ne soit pas dit qu’après Blaise Compaoré, c’est le chaos.

Il en est qui suggèrent que si Nicolas Sarkozy avait encore été à l’Elysée, Paris n’aurait pas laissé faire, n'aurait pas laissé Blaise Compaoré tomber aussi facilement. Et ceux-là rappellent comment, en février 2008, l’ancien président avait volé au secours d’Idriss Déby au Tchad.

Au Tchad, ce sont des rebelles qui attaquaient le régime. Dans certains cas, il est encore possible, même sous François Hollande, que Paris donne un coup de main à tel ou tel régime pour repousser une opposition armée. Mais lorsque ce sont les populations qui se soulèvent aussi massivement, aucune puissance extérieure ne peut les arrêter. Si Jacques Foccart lui-même avait été aux affaires aujourd’hui en France, il n’aurait pas pu empêcher les Burkinabè de parvenir à leurs fins.

On a bien entendu, venant de l’extérieur, quelques conseils malicieux, qui n’avaient d’autres buts que de geler les positions, pour permettre au président du Faso de reprendre la main. Mais les Burkinabè n’attendaient ni conseil ni ordre de personne pour s’assumer. C’est aussi un message à tous les chefs d’Etat qui ont tendance à compter sur des puissances étrangères pour les protéger et défendre leur régime contre leur propre peuple.

→ à lire aussi : Réunion à Paris d'opposants aux réformes constitutionnelles en Afrique

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.