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Invité Afrique

L'ONG Oxfam dénonce la «baisse» de l'aide française au développement

Audio 03:56
Christian Reboul, L'un des responsables d'Oxfam, l'ONG qui lutte contre la pauvreté dans le monde.
Christian Reboul, L'un des responsables d'Oxfam, l'ONG qui lutte contre la pauvreté dans le monde. ©Oxfam France

Faut-il réduire l'aide publique au développement, et notamment l'aide aux programmes de santé, au moment où l'épidémie Ebola tue des millers de personnes en Afrique de l'Ouest ? En cette période de débat budgétaire, c'est la question que posent les députés et les sénateurs français. A Paris, le débat est si vif que même des députés et sénateurs socialistes s'opposent aux coupes budgétaires envisagées par le gouvernement français. Christian Reboul est l'un des responsables d'Oxfam, l'ONG qui lutte contre la pauvreté dans le monde. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

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RFI : Il y a un bras de fer actuellement entre le Parlement et le gouvernement français sur l’aide publique au développement et ce n’est pas très courant ?

Christian Reboul : En effet, c’est une première sur cette politique publique d’aide au développement. Le Parlement tant l’Assemblée nationale qu’au Sénat, on dit stop au gouvernement, refusant de nouvelles coupes dans l’aide publique au développement.

De nouvelles coupes, c'est-à-dire ?

Dans le budget 2015, il est prévu une baisse de 3% sur cette politique et c’est la 4e année consécutive de baisse, ce qui nous inquiète fortement. Surtout que dans le budget est annoncée la perspective budgétaire jusqu’en 2017, jusqu’à la fin du mandat de François Hollande, et cette perspective est en baisse. Nous nous sommes livrés à un calcul sur le quinquennat, et si les perspectives budgétaires se réalisent, nous aurions une baisse de 20% de l’aide au développement sur le mandat de François Hollande.

Je crois que même les députés et les sénateurs du Parti socialiste s’opposent à ces coupes budgétaires ?

En effet, tout est parti d’un amendement déposé par le Parti socialiste à l’Assemblée nationale, qui visait à réallouer 35 millions d’euros d’une ligne de crédit sous forme de prêt à une ligne de crédit sous forme de don pour les pays les plus pauvres. C’est une initiative du Parti socialiste qui a été voté par l’ensemble des partis politiques, de l’UMP au Front de gauche en passant par les écologistes, et contre l’avis gouvernemental. L’idée des députés était de rééquilibrer l’aide française pour qu’elle soit à destination réellement des pays les plus pauvres des pays prioritaires de l’aide française.

Comment réagit le gouvernement de Manuel Valls ?

Le gouvernement est en colère, le gouvernement a été très surpris de cette réaction des parlementaires. Il n’est pas habitué à ce qu’il y ait une véritable fronde de la part des parlementaires sur cette politique publique.

Surtout de la part des parlementaires de son propre camp ?

Exactement, soutenue par l’ensemble des partis politiques et le passage au Sénat, la deuxième lecture a donné lieu à la même confrontation entre les sénateurs et le gouvernement. Cela s’est passé avant-hier, l’ensemble des partis politiques ont refusé de voter le contre amendement du gouvernement qui essayait de nier cette volonté parlementaire de rééquilibrer l’aide française.

Alors l’aide au développement n’est pas le seul secteur où le gouvernement veut faire des économies, est-ce que ce n’est pas une nécessité en temps de crise ?

On a regardé l’évolution des crédits vus sur les différents postes budgétaires et on s’est aperçu, chose curieuse, que le budget d’aide publique au développement était finalement dix fois plus impacté que le budget général.

Donc il y a un déséquilibre entre les différents postes de dépense ?

Exactement, l’aide publique au développement est surimpactée par rapport aux autres postes budgétaires. Et lorsqu’on regarde l’actualité, on s’aperçoit de toute l’importance de cette aide publique au développement. Il suffit de regarder ce qui se passe en Guinée avec la lutte de l’épidémie Ebola, ce sont des crédits d’aides publiques au développement pour rompre la chaîne de propagation de l’épidémie. Donc il y a une forme de contradiction, voire même de contradiction dangereuse, entre l’idée de couper des crédits d’aides au développement, notamment dans la coopération en santé et dans le même temps, essayer de mobiliser des crédits pour répondre à l’épidémie à court terme.

Au ministère du Développement, l’écologiste Pascal Canfin a été remplacé par la radicale de gauche Annick Girardin, est-ce l’une des causes de la baisse actuelle ?

Ca va au-delà de la tête de madame Annick Girardin, dans le sens où la baisse avait commencé sous Pascal Canfin et même bien avant, vu que sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy l’aide publique était, en fin de mandat, également à la baisse. Nous en sommes à la quatrième année consécutive de baisse, ce qui nous inquiète très fortement aux regards des enjeux que l’on constate tous les jours, les inégalités qui se creusent et les réponses qu’il faut donner à différentes crises.

Est-ce qu’on peut dire que la France de gauche de François Hollande est encore moins généreuse que la France de droite de Nicolas Sarkozy ?

Je pense que l’on reste sur les mêmes tendances. Le mandat n’est pas fini, le président Hollande avait annexé la progression de l’aide à la reprise économique. Les taux de croissance restent faibles certes, mais des taux de croissance positifs sont annoncés et cette baisse de l’aide n’est absolument pas une fatalité. On compte vraiment sur la fin du mandat pour retrouver des niveaux normaux d’aide publique au développement.

Et sur les parlementaires socialistes ?

Exactement. D’autant plus qu’après ce qui s’est passé au Parlement, on compte absolument sur les parlementaires pour se mobiliser, pour les trois prochaines années.

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