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La semaine de

Sénégal: hommage à Abdou Diouf et éloges pour Nelson Mandela

Audio 05:09
Jean Baptiste Placca.
Jean Baptiste Placca. RFI

L’anniversaire de la disparition de Nelson Mandela a donné lieu, ce vendredi 5 décembre, à un torrent d’éloges sur le grand homme, l’occasion de revenir sur les vertus qui ont fait de lui l’icône planétaire qu’il demeure, à jamais. Cette célébration intervient quelques jours après l’hommage unanime rendu par les dirigeants des pays de la Francophonie à Abdou Diouf, le secrétaire général sortant de l’OIF. Et cela vous interpelle. Mais quels rapports avec Mandela ?

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Bien évidemment le président Abdou Diouf lui-même a ce qu’il faut d’humilité pour ne pas se comparer à Mandela. Il n’empêche que, sur le fond, l’on retrouve chez lui quelques-unes des vertus magnifiées par le héros de la lutte contre l’Apartheid. Des qualités qui font que lorsque, après une vie publique bien remplie,vous rendez votre habit de lumière, vous ne vous attardez point. La vie publique d’Abdou Diouf était toute en élégance et en discrétion, et sans cette avidité, cette gloutonnerie qui déplaît tant chez nombre d’hommes politiques africains.

Certes, il faut éviter les formules grandiloquentes, qui pourraient laisser penser qu’il est un saint homme – il ne l’est pas ! D’ailleurs, une ou deux de ses victoires électorales ont créé un grand malaise, et laissé dans l’opinion quelques doutes indélébiles. Et puis il a, ô sacrilège !, exigé – et obtenu ! – un troisième mandat à la tête de l’OIF ! Mais bon ! L’on n’oublie pas qu’en l’an 2000, il a été battu aux élections et a reconnu sa défaite, ce qui, dans l’esprit de certains de ses pairs, pouvait être considéré comme une trahison.

Après la défaite, il est parti du Sénégal, sans plus jamais faire parler de lui, jusqu’à la Francophonie. Est-ce cela aussi, l’élégance que vous évoquiez ?

L’élégance a été d’avoir su se taire, comme Senghor l’avait fait avec lui. Jamais personne ne l’a entendu critiquer ou simplement émettre un avis sur la vie politique de son pays, sur la gestion de son successeur. Au pouvoir, il a été un chef d’État dont le nom n’était pas mêlé en permanence à des histoires de marchés opaques, de commissions ou de valises d’argent. Il y avait, certes, des scandales, mais Abdou Diouf président n’avait pas une réputation de corrompu. C’est tellement important, aujourd’hui, en Afrique.

Lorsqu’il était chef d’État, il avait aussi, dit-on, de temps à autre, le courage de déplaire à certains de ses pairs…

Oui, surtout lorsque certaines limites avaient été franchies. Il savait exprimer courageusement ce qui ne se dit pas d’ordinaire, et les historiens retiendront probablement cette phrase audacieuse, prononcée en décembre 1991, lorsque l’armée du général Eyadéma (au Togo) a attaqué la primature, où était retranché le Premier ministre issu de la Conférence nationale souveraine. Il y a eu de nombreux morts et, à Paris, l’on hésitait à l’époque à voler au secours du gouvernement de transition vers la démocratie. Une personnalité a même cru devoir justifier l’inaction par le fait que l’on ne pouvait pas imposer la démocratie par les armes. Le président Dioufavait alors déclaré ceci : « L’on impose bien la dictature par les armes, pourquoi n’imposerait-on pas la démocratie par les armes ? ». C’est ce que l’on appelle de l’inspiration.

Seriez-vous en train de suggérer que Abdou Diouf, chef de l’État, était bien plus efficace, meilleur que Abdou Diouf, secrétaire général de l’OIF ?

Il y avait, sincèrement, une « anomalie » à le voir dans cette fonction, aux ordres de ceux qui étaient, il n’y a pas si longtemps, ses pairs. Vous avez entendu Henri Lopez, le candidat du Congo Brazzaville, justifier son absence de programme de candidature par le fait que le secrétaire général n’est qu’un exécutant, mettant en œuvre les décisions et choix des chefs d’État. Le président Diouf a fini par trouver ses marques à ce poste, mais ce ne devait pas être sa place. Et vous vous souvenez sans doute aussi de cette humiliation qui lui a été infligée, en mai 2006, à l’aéroport international de Toronto, où personne n’était venu l’accueillir. Le Sénégal avait alors protesté, mais le mal était fait : la banalisation de quelqu’un qui demeure un des chefs d’État les plus solides que l’Afrique indépendante ait connus.

Que faut-il retenir, justement, de son action comme chef d’État ?

La consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit, au Sénégal. Ce que nous avons pu admirer de la démocratie sénégalaise, à l’occasion des élections de 2012, avec cette extraordinaire mobilisation citoyenne, n’est pas tombé du ciel. Cela s’est construit sur ce que Abdou Diouf a fait des fondations que lui avait léguées L.S. Senghor, en 1980. La construction d’une nation viable consiste à bien faire ou à faire au mieux ce que l’on doit, et à passer le relais à d’autres, ensuite, pour qu’ils continuent de faire progresser le pays. Il s’agit, simplement, pour chacun, d’avoir conscience d’avoir atteint ses limites.

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