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Smaïl Chergui, de l'UA: «Le Forum de Dakar a été un événement positif»

Audio 05:30
Smail Chergui, le commissaire Paix et sécurité de l'Union africaine.
Smail Chergui, le commissaire Paix et sécurité de l'Union africaine. peaceau.org

Ce n’est pas de gaieté de cœur que l’Union africaine (UA) a participé au Forum de Dakar de lundi et mardi derniers, 15 et 16 décembre, sur la paix et la sécurité en Afrique. En effet, elle a le sentiment que cette initiative franco-sénégalaise marche sur ses plates-bandes. C’est Smaïl Chergui, le commissaire Paix et sécurité de l’UA, qui représentait l’Union africaine à ce Forum. Quel bilan en fait-il ? Sur place, le diplomate algérien répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

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RFI : Ce forum de Dakar, c’était un gadget franco-sénégalais ou ça a permis d’avancer pour plus de sécurité en Afrique ?

Smaïl Chergui : Non, il me semble que de par la participation, de par la qualité de ceux qui sont là, cela a été un évènement positif. Il a permis un dialogue, un échange diversifié, vers cet objectif de mieux prévenir les conflits, anticiper, prévenir, protéger les populations et promouvoir des solutions durables.

Mais quand l’idée de ce forum a été lancée il y a un an, vous étiez plutôt hostile. Sans doute peut-être doutiez-vous que cela se substitue à la retraite de haut niveau que vous organisez tous les ans près d’Addis-Abeba. Pourquoi votre vision a changé aujourd’hui ?

Elle n’a pas changé. Notre position est la même. Dans la déclaration de Paris, il était question d’une rencontre informelle.

Dakar, c’était une réunion informelle, mais le président sénégalais Macky Sall propose de la pérenniser. Ça ne vous gêne pas ?

Il ne nous appartient pas de juger de la volonté d’un pays pour lequel nous avons beaucoup de respect. C’est un pays aussi dont on ne peut pas douter de son rôle pour contribuer au travail de l’Union africaine. Et je voudrais vous rappeler que le président Macky Sall a joué un rôle important au nom de la Cédéao [Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest] au Burkina Faso, effort que nous avons soutenu. Et il préside également le panel des chefs d’Etat sur le Nepad [le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique].

L’ultimatum que vous aviez lancé aux autorités de la transition au Burkina Faso, deux semaines pour que les civils reviennent au pouvoir. Le fait que le numéro 2 de l’ancienne garde présidentielle soit le Premier ministre de la transition burkinabè, ça ne vous gêne ou pas ?

Ça obéit au dialogue inclusif qui a eu lieu parmi la société civile, les forces vives et tous les responsables burkinabè qui sont arrivés à la conclusion que cette composition-là ne gênait pas. Pour nous, dans la mesure où le chef de l’Etat est civil, la cause a été bien entendue. Et le conseil paix et sécurité s’est félicité d’abord du fait que la Constitution a été ré-instituée et que l’on a cette transition civile.

Et vous avez été entendu ?

Bien sûr.

Et quand le président de la transition, Michel Kafando, dit qu’il souhaite que dans la charte de l’Union africaine, il soit inscrit qu’aucun président ne doit faire plus de deux mandats successifs. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Le prochain sommet aura peut-être ce débat à Addis-Abeba. Mais dans tous les cas de figure, quand il s’agit de questions de constitutions, ce sont les peuples de tous les pays qui sont les premiers concernés. C’est à eux que reviendra la décision.

Vous avez ce projet de constituer une force de réaction rapide à l’échelle africaine. Mais il y a au moins deux propositions qui sont quand même assez différentes : l’Afrique du Sud qui propose donc une force à l’échelle continentale, le Nigeria qui préfère une force au niveau sous-régional. Est-ce que ce projet ne risque pas d’être bloqué par l’éternelle rivalité entre Pretoria et Abuja pour le leadership africain ?

Non. La force africaine en attente, c’est un projet qui date de 2003. Et les deux pays, le Nigeria et l’Afrique du Sud, ainsi que tout le continent, sont d’accord pour réellement opérationnaliser et mettre en place cette force. Peut-être la différence d’appréciation est venue sur la Caric [Capacité africaine de réaction immédiate aux crises]. Mais aujourd’hui on a dépassé cette phase dans la mesure où même le déploiement de cette Caric, la doctrine qui y préside est également la même que nous appliquons pour la force africaine en attente. Donc nous avons fait en sorte que la Caric soit réellement l’embryon de cette force africaine en attente. Il n’y a aucune contradiction. Donc cette question est derrière nous.

Mais ce qui fait peur à des pays comme le Nigeria, c’est que la Caric soit une force continentale qui soit en réalité pilotée par l’Afrique du Sud ?

Non, elle est pilotée par l’Union africaine et en particulier, par le commissaire paix et sécurité. C’est pour cela que nous venons d’organiser l’exercice d’état-major. Nous ne l’avons pas fait en Afrique du Sud. J’ai choisi de le faire en Tanzanie. Donc la décision revient à l’Union africaine.

Une idée qui a émergé à ce forum de Dakar, c’est que face à ce terrorisme transfrontière, la réponse la plus efficace, c’est peut-être la mise en place de forces de réaction rapide au niveau des deux ou trois pays directement concernés. Une approche plus pragmatique des choses en attendant cette force de réaction qui mettra des années à se mettre en place ?

C’est une approche que nous n’excluons pas et qui pourrait même avoir une première application, donc un sommet des Etats membres du processus de Nouakchott, qui donc s’occupe du Sahel, mais qui aura également à étudier la question de Boko Haram. Il y a une proposition pour réellement d’abord aider les quatre pays du lac Tchad qui travaillent en commun pour aider à combattre Boko Haram. Mais l’idée d’une force de réaction rapide au niveau de cette région, est également évoquée. Et nous allons voir comment les chefs d’Etat vont réagir à cette proposition.

Le financement de tout cela : pendant la forum de Dakar, l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo a dit qu’il vous a remis un rapport sur des financements innovants, pourquoi pas une taxe sur les billets d’avion, pour quoi pas une taxe sur les nuitées d’hôtels ? Mais ça fait trois ans qu’il vous a remis ce rapport. Il dit qu’il dort au fond d’un tiroir ?

On doit lui rendre hommage pour ce travail effectivement. Le président Obasanjo, c’est un des leaders qui s’implique, c’est un homme de bonne volonté, un homme d’engagement. Et les ministres des Finances maintenant ont finalisé un rapport sur la base de son propre rapport, qui sera soumis au prochain sommet de l’Union africaine fin janvier pour décision, je l’espère.

Donc vous espérez des financements innovants pour 2015 ?

Absolument.

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