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Atelier des médias

Anatomie d'une rencontre en ligne (rediffusion)

Audio 49:30

Les sites de rencontre apportent une touche étrange à l’univers de la séduction et des relations amoureuses. Souvent décriés, critiqués, ils sont aussi loués par celles et ceux qui ne peuvent trouver l’âme sœur qu’en avançant masqués. Anatomie d’une rencontre en ligne, cette semaine, dans l’Atelier en partenariat avec la Bibliothèque Publique d’Information de Beaubourg à Paris.Rediffusion du 27 septembre 2014.

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La mise en réseau décentralisée des individus, la capacité de diffuser des informations personnelles, des messages, des photos à des milliers, des millions, de personnes immédiatement et pour un coût quasiment nul. La possibilité de se cacher derrière un proxy, une ip, un avatar, un pseudonyme. La facilité avec laquelle on peut se rassembler autour de valeurs, de goûts, d'attirances, de secrets partagés. Tout cela, l'internet et le web l'ont offert, il y a une vingtaine d'années. Tout cela, bien entendu, influe, affecte, remet en cause, modifie, interroge les relations humaines et plus encore les relations amoureuses. 

L'amour, la rencontre, l'affectif, avec tout ce que cela véhicule de mystères, de pudeur, de tabous est probablement le domaine où l'influence de l'ère numérique pose les questions les plus complexes. Étudier les sites de rencontre(s), comme l'ont fait nos trois invités, montre de manière vertigineuse le rôle à la fois révélateur et perturbateur de l'Internet.

Dans trois domaines différents : le journalisme, la sociologie et la philosophie, elle et ils ont choisi d'explorer les sites de rencontre et d'y consacrer leurs écrits. Beaucoup d'éléments communs et d'interrogations se retrouvent dans les trois approches. Bien entendu, les sites de rencontre ne sont que la partie la plus visible, la plus évidente et probablement la plus intéressante à étudier dans le domaine de la rencontre en ligne. Ils n'ont toutefois pas le monopole puisque tous les outils de communication : mails, réseaux sociaux, blogs, espaces de commentaire, etc. sont également propices à l'échange et la rencontre.

Pour appuyer nos débats sur des paroles et des témoignages, l'équipe de la BPI et moi-même avons demandé à la journaliste et documentariste audio Pauline Maucort de contribuer à cette rencontre en recueillant des témoignages. Elle a choisi d'interroger trois hommes d'âges et de goûts différents. Nous entendons leurs récits dans la deuxième partie de la table ronde.

Les intervenants
 
Stéphane Rose est journaliste-écrivain. Il a publié à La Musardine un petit livre consacré aux sites de rencontre, il a pour titre misere-sexuelle.com, le livre noir des sites de rencontre
Cet ouvrage est le fruit, en dehors de son enquête, de 10 ans d'utilisation personnelle des sites de rencontre et donc d'une expérience d'utilisateur.

«Certes, on peut rester un temps bref sur un site de rencontres, trouver son amoureux ou son amoureuse et s’en désinscrire : ce genre d’histoires se produit tous les jours… Mais beaucoup n’ont justement pas l’envie (la capacité ?) de se désinscrire. Séduits par les possibilités infinies des sites de rencontres, ils finissent par se laisser happer par une nouvelle façon de considérer les relations amoureuses et/ou sexuelles, une façon plus impatiente, consumériste, addictive, hystérique, et osons le dire, névrotique, qui modifie en profondeur leur relation au sexe opposé. C’est de cette population, beaucoup plus étendue qu’on ne l’imagine, et en passe de devenir majoritaire puisque les rencontres virtuelles corroborent tout en les accélérant certaines mutations inquiétantes du couple contemporain (infidélité, parano, flicage, dépendance à l’amour ou au sexe, liberté individuelle placée avant l’intérêt du couple…), que je voudrais parler dans ce livre.»

 
Le plan de son livre s'inspire des témoignages qu'il a recueillis et laisse poindre une critique sans concession qui s'articule autour de quatre catégories :

1. L’aspect faussement démocratique des sites de rencontres et la misère sexuelle qu’on y rencontre.
2. La tradition et l’art du mensonge qui y règnent.
3. L’approche consommatrice, j’menfoutiste et déshumanisée de la relation amoureuse qu’ils induisent.
4. Les dérives névrotiques qu’ils provoquent sur nos habitudes amoureuses.


Je ne résiste pas à l'envie de citer une des phrases qu'on peut lire dans l'ouvrage qui montre à la fois son humour et la manière, dont les sites de rencontre ont modifié la réalité amoureuse tout en ne changeant peut-être pas grand chose dans le fond :

«Dans ses mémoires, Casanova confessa avoir séduit une centaine de femmes. Un chiffre peut-être impressionnant à l’époque, mais qui ferait sourire un 'Don Juan' des temps modernes. Avec un ordinateur, une connexion internet et un abonnement à Meetic, Casanova aurait séduit 10 000 femmes… et multiplié son insondable solitude en proportion.»

 
Marie Bergström est sociologue, chercheuse à l'Observatoire sociologique du changement à Sciences-Po Paris. Sa thèse (soutenue les 30 septembre 2014) est consacrée aux sites de rencontre. Elle a pour titre : Au bonheur des rencontres. Sexualité, classe et rapports de genre dans la production et l'usage des sites de rencontres en France.
Marie Bergström a publié plusieurs articles scientifiques issus de ses recherches.

En 2011, La toile des sites de rencontre en France (PDF).

Voici son introduction :

«Face à la popularité de ces espaces internet, les chercheurs s’interrogent sur la spécificité du cadre numérique et ses effets sur les comportements et les relations qui en découlent. L’absence de face-à-face se trouve au cœur des analyses, et donne lieu à des recherches concernant notamment les stratégies de présentation de soi, les critères de sélection des partenaires, les comportements mensongers, les conditions de « révélation de soi » (self-disclosure) et la possibilité de nouer des relations intimes sur Internet. les différents usages sociaux en fonction du genre, de l’âge, de la trajectoire sociale et de l’orientation sexuelle restent encore peu explorés. Toutefois, il apparaît aujourd’hui difficile de parler de « la rencontre en ligne » en général et de ne pas préciser les caractéristiques de la population et du lieu étudiés notamment.»

Dans cet article de 2011, elle répertorie 1045 sites de rencontre francophones.
Elle propose une typologie de ces espaces. Presque tous ont en commun trois services de base : un « profil », une annonce ainsi que la possibilité de télécharger une photographie de soi.

La majorité offre aussi des moyens de communication : «une messagerie différée interne (une « boîte aux lettres »), un système de messagerie instantanée (un « chat »), ainsi que la possibilité de faire signe à un autre membre à travers une notification sans message portant des noms divers tels que « flash », « charme », « clin d’œil », « kiff », etc.»

Les sites de rencontre se différencient «en fonction de trois éléments principaux qui sont l’identité sexuelle et les caractéristiques sociales de la population ciblée ainsi que la catégorisation normative en différents « types » de relations amoureuses et sexuelles.»

En 2012, Marie Bergström publie Nouveaux scénarios et pratiques sexuels chez les jeunes utilisateurs de sites de rencontre (PDF)

«Les sites changent les manières habituelles de faire et sont générateurs de pratiques nouvelles. Une étude menée auprès de jeunes utilisateurs hétérosexuels montre en effet comment l’usage de ces sites s’accompagne d’un élargissement du répertoire des pratiques sexuelles et d’un nouveau scénario de rencontres qui favorisent les relations sexuelles de courte durée».

En 2013, La loi du supermarché ? Sites de rencontre et représentations de l’amour (PDF)

«Alors que la fréquentation des sites de rencontres est souvent considérée comme une pratique entrée dans les mœurs, la posture ambivalente des utilisateurs face à ces espaces Internet indique que ce n’est pas encore le cas. Largement fréquentés et appréciés notamment en ce qu’ils étendent considérablement le cercle des partenaires potentiels, les sites sont aussi objet d’une critique importante qui, comme chez les commentateurs, est formulée à travers le lexique consumériste. Si plusieurs images dominent, trois registres de dénonciation reviennent plus particulièrement : le caractère contractuel de la formation des couples, l’abondance et l’inter-changeabilité des partenaires potentiels ainsi que l’explicitation de critères amoureux. Considérés comme profondément contraires à l’amour, ces attributs conduisent de nombreux interviewés à délégitimer les sites comme des espaces de rencontres amoureuses». 
 
Marc Parmentier est maître de conférences en philosophie à l’Université Charles de Gaulle Lille 3, il est l'auteur de «Philosophie des sites de rencontres» paru en 2012 aux éditions Ellipses.

Un ouvrage qui soumet à la question philisophique tout l'éventail de pratiques liées à l'univers des sites de rencontre. Il montre que la tradition philosophique apporte des éléments de compréhension et d'analyse utiles. En filigrane, il y a une interrogation morale présente tout au long de son exploration. Marc Parmentier la formule ainsi :

« Le monde des sites de rencontres présente des aspects contradictoires. D’un côté, c’est un univers attrayant, à l’abri de toute agression physique, où tout semble fait pour favoriser l’éclosion de liens affectifs. D’un autre côté, c’est une jungle où les agressions pleuvent, exposant à des épreuves psychologiquement très violentes.
La question de la responsabilité morale semble donc imposer une limite aux jeux avec l’identité et tracer une frontière très claire entre actualité et virtualité. Il n’existe qu’une et une seule responsabilité morale, il ne saurait exister de moralité ou de responsabilité virtuelles, mais il existe bien une responsabilité à l’égard du virtuel. La virtualité ne concerne que la nature des dommages et il s’agit pour nous d’examiner dans quelle mesure ceux causés dans un espace virtuel engagent ou non la responsabilité de leurs auteurs

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