Revue de presse française

A la Une : «L'Afghanistan livré aux Afghans»

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AFP

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Reportage dans le journal Le Monde, dont c’est le titre, alors que les troupes de l'OTAN auront plié bagage le 31 décembre. Dans la vallée d'Arghandab, lieu d'intenses combats entre 2010 et 2012, les militaires afghans semblent bien en place. Sauf que, nous dit un capitaine de l'armée : « Les Américains ont laissé de l'équipement, mais il commence à se déglinguer. Nous n'avons ni la formation pour le réparer ni les pièces de rechange. »

« Le "détail" en dit long sur la tâche qui attend l'armée afghane, commente Le Monde, à l'heure où prend fin la mission de combat de l'OTAN [...] une intervention aussi coûteuse en argent et en vies que fragile dans ses résultats. Les noyaux durs d'Al-Qaïda ont certes été tenus à distance du théâtre afghan, mais le pays n'est pas stabilisé pour autant. La "transformation" aurait exigé une action civile fructueuse et l'enracinement d'un Etat afghan fonctionnel. Ce ne fut pas franchement le cas », regrette Le Monde.

Les troupes locales « tiennent », donc, mais à un prix extrêmement élevé, reprend l'envoyé spécial du journal : « Leurs pertes ont atteint cette année un record historique avec plus de 4 500 tués. Une telle hémorragie est-elle soutenable ? » s'interroge-t-il.

Le Monde revient aussi sur la guerre perdue contre l'opium, les surfaces des champs ont été multipliées par 28 depuis 2001... Et sur la nouvelle diplomatie régionale du président afghan Ashraf Ghani, qui s'est tourné vers le Pakistan, la Chine et l'Arabie saoudite.

La « Jeanne d’Arc » d’Al-Alam, femme de l’année

Choisie comme telle par M le magazine du Monde. Al-Alam, c’est cette ville dite de « la connaissance » pour ses écoles et sa modernité, en plein cœur de l’Irak, dont Omaya Al-Jbara était une notable, sunnite. « Libre, éduquée, elle s’était fait chef de guerre et représentait tout ce que les jihadistes cherchent à anéantir », écrit l’hebdomadaire.

Après avoir vu son père et deux de ses frères tués dans des attentats, c’est elle qui a mené pendant des semaines la résistance locale contre le groupe Etat islamique. Jusqu’à sa mort sur une barricade le 22 juin, Omaya Al-Jbara tenait tête aux terroristes qui croient dur comme fer qu’être tué par une femme leur ferme les portes du paradis.

Notre consœur du Monde a ramené de ses reportages au Kurdistan, où elle a rencontré le mari et les enfants d’Omaya Al-Jbara le récit de la vie de cette femme, promue « martyre » et « héroïne nationale » par le gouvernement, et glorifiée, dit-elle, par des « poèmes, des chansons et des discours », aussi bien chez les sunnites, sa communauté, que chez les chiites, ce qui est assez rare.

On continue de commenter le réchauffement des relations entre Cuba et les Etats-Unis


L'apologie, sans surprise, dans l'Humanité Dimanche... L'hebdomadaire communiste raconte comment « la grande île a tenu tête » à l’impérialisme yankee, « avec son peuple », pour « défendre sa révolution » et remporter « une victoire historique » malgré « l’instrumentalisation » du thème des droits de l’homme par les ennemis du régime castriste.

Dans le supplément Idées du Monde, une intéressante critique rétrospective de la « fascination des intellectuels français pour la révolution cubaine » dans les années 60.
« Les castristes ont la trentaine et viennent d'abattre une dictature. Il y a l'espoir d'une révolution débarrassée des pesanteurs staliniennes ».
On cite Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Agnès Varda, Alain Resnais, Gérard Philippe, Marguerite Duras, Régis Debray. La plupart déchanteront lorsque Cuba soutiendra l'invasion de la Tchécoslovaquie par les chars soviétiques en 1968.

Dans l'Obs, on privilégie le portrait croisé des Castro: le « cheval fou » révolutionnaire et le « petit frère » pragmatique. Du pensionnat où ils sont élevés comme les enfants illégitimes d'un grand propriétaire terrien, jusqu'à la transition à la tête du pays en passant par la purge de 1989.

Le « Lider minimo », Raul Castro, tient sa « revanche » nous dit le magazine, « après avoir écrasé une larme » à la fin de son discours du 17 décembre. Faisant « la peau » à son « frère adoré qu’il a servi pendant un demi-siècle [...] Raul le timide, Raul le passe-muraille a rendu le sourire et l’espoir à un peuple épuisé », écrit l’Obs.

2015, l’année de la frite ?

En cette période de l’année, il est bien sûr question de bilans et de perspectives dans les hebdomadaires. L’Obs consacre ainsi une large part de son numéro double des fêtes de fin d’année à ceux qui vont faire 2015. Des portraits non pas journalistiques mais écrits par des personnalités ou des anonymes dont l’histoire résonne avec celle de leur « cible ».

Il y en a des convenus : le romancier américain Robert Littell tacle Vladimir Poutine ; Najat Vallaud-Belkacem revisite l’héritage de son prédécesseur Front populaire à l’Education nationale Jean Zay, assassiné en 1944 par la milice et qui entrera au Panthéon l'an prochain ; l’ex-patron du festival de Cannes Gilles Jacob nous dit tout le bien qu’il pense de l’actrice Léa Seydoux, futur James Bond girl, et l’ancien trader Jérôme Kerviel du pape François.

Il y en a de plus cocasses : l’ex ministre de la Culture Aurélie Filippetti se charge de Patrick Modiano pour moquer sa successeur Fleur Pellerin incapable de citer une œuvre du Nobel de littérature ; le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé voit en Thibault Pinot un possible vainqueur du Tour de France cycliste ; le procureur Eric de Montgolfier rejoue les scènes avec Bernard Tapie dans son bureau, lors des interrogatoires sur l’affaire de corruption sur le match de foot VA-OM.

Et puis il y a la frite… Que notre consœur belge de France Inter Charline Van Hoenacker nous vend comme « gonflée d’ambition » pour 2015.
La Belgique pourrait demander le placement de la frite au « patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco ». Car le bâtonnet de pomme de terre est, dit-elle, « avec le déficit public », le dernier lien entre francophones et néerlandophones, qui ont déjà signé la pétition par centaines de milliers.

La consommation de viande à la moulinette de la philosophie

Ce qui va bien avec des frites, c’est un bon steak… Et justement dans Le Monde, on se pose la question du « droit moral » de l’humain « à manger des animaux » : « la philosophie à l’épreuve de la viande », c'est le titre.

La consommation a quintuplé depuis 1950, l'élevage est grandement responsable de la déforestation, du réchauffement climatique et de la pollution de la planète. « On sait et on continue », écrit Le Monde. 60 milliards d'animaux terrestres et 1 000 milliards d’animaux marins sont tués chaque année pour notre consommation. Rien qu'en France, 500 000 bovins, ovins et porcins sont tués chaque jour.
Un « héritage du néolithique » renforcé par la « tradition judéo-chrétienne » selon laquelle « la bête a été créée pour le bien de l'homme ; centre et maître de la création » .
« L’ignominie de l'élevage industriel dégrade non seulement l'animal mais aussi l'humain à travers ses pratiques », juge une philosophe.

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