Revue de presse française

A la Une: l’OTAN quitte l’Afghanistan

Audio 04:16
AFP

Publicité

« C’est ce qui s’appelle sortir par la petite porte, relève Sud Ouest : hier, à Kaboul, l’Otan a plié le drapeau après une discrète cérémonie à l’abri des murs fortifiés de son QG. Treize ans après le renversement du régime des talibans, ce départ en catimini de la force internationale de l’Isaf, dont l’armée américaine forme l’épine dorsale, sonne comme un aveu d’échec malgré les satisfecit de circonstance. Car les islamistes armés n’ont jamais paru si présents, pointe Sud Ouest. Écrasés en 2001, éparpillés, pourchassés, (…) les talibans ne se sont pas contentés de résister aux efforts conjoints des soldats occidentaux et afghans : ils ont multiplié les coups de main et les attentats meurtriers jusqu’au cœur de la capitale. Et, à l’heure où Obama sonne le rappel des troupes, ils sont assez puissants pour rendre crédible le scénario d’une reconquête. »

En effet, constate Libération, « alors que le retrait des forces internationales s’achève, de nombreux Afghans redoutent que la faiblesse de leur Etat n’entraîne un retour des talibans. » Le correspondant du journal à Kaboul a rencontré ce jeune homme d’une vingtaine d’années, Jamil : « ‘ça fait trois mois, dit-il, qu’on subit des attaques-suicides partout à Kaboul. On est inquiet à chaque fois qu’on met les pieds dehors… Ce n’est vraiment pas le moment que les forces internationales quittent le pays’, murmure le jeune homme. (…) Les plus inquiets, poursuit Libération, voient déjà les insurgés talibans reprendre le pouvoir. ‘Sans les étrangers, les forces de sécurité afghanes ne sont pas capables de contrôler le pays plus d’une journée ! Tous les gens comme moi qui ont pu mener une vie meilleure durant la présence internationale, on risque à nouveau de tout perdre’, soupire Nouri, bijoutier de 48 ans installé dans une galerie commerçante de la ville. A court terme, un tel retour des insurgés semble malgré tout hautement improbable, estime Libération. Mais ce qui nourrit toute l’inquiétude autour du retrait, en plus du défi sécuritaire, c’est l’extrême faiblesse de l’Etat afghan. En particulier l’incapacité du gouvernement d’unité nationale à s’entendre. »

Mille milliards de dollars !

Libération qui par ailleurs fait aussi le point sur les 13 années de présence occidentales avec ces chiffres effarants : « près de 3 500 soldats étrangers tués, 1 million de militaires et civils déployés et 1 000 milliards de dollars dépensés entre 2001 et 2014. »
Résultat : « après treize ans de conflit, les talibans contrôlent des régions entières et al-Qaïda se réimplante, tandis que plus de six Afghans sur dix disent souffrir de pauvreté. »
Du coup, constate La Croix, « la disproportion entre les moyens engagés, les sacrifices humains consentis et les résultats obtenus posent aussi des questions sur la méthode retenue. Comme dans d’autres pays – au Proche-Orient – notamment, la volonté de reconstruire un pays par les armes (on voit bien la contradiction dans les termes mêmes) – bute très vite sur ses limites. L’indispensable guerre au terrorisme (celui des talibans comme celui de Daech) impose de mieux prendre en compte les humiliations qui en ont fait le lit, les injustices qui le nourrissent. Elle demande aussi pour négocier de trouver des partenaires régionaux utiles, comme le Pakistan dans le cas afghan. » Et La Croix de conclure : « il reste aujourd’hui fort à faire pour la paix en Afghanistan. »

D’autres tuteurs…

Alors que va-t-il, que peut-il se passer ? « Sorti du champ de vision de la communauté internationale et sans capacité de réaction propre, l’Afghanistan est dans l’obligation de s’en remettre à d’autres tuteurs, estiment Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Avec le risque de devenir un terrain d’affrontement entre l’Inde et le Pakistan, ennemis jurés et puissants voisins tentés de profiter du vide laissé par le départ des troupes de l’Otan pour asseoir leur position dans la région. »
Pour Le Républicain Lorrain, « à partir du retrait occidental, la question afghane devient une équation à deux inconnues et demie, dont la solution est à chercher à Islamabad et à Pékin. Et accessoirement à Riyad, parrain idéologique de la nébuleuse sunnite en pleine fermentation entre Euphrate et Indus. A Islamabad, car les talibans y trouvent soutien militaire et diplomatique, l’Afghanistan conférant au Pakistan la profondeur stratégique nécessaire face à l’ennemi indien. A Pékin, parce que la Chine parraine le Pakistan contre l’Inde, seule puissance asiatique susceptible de faire de l’ombre à la Chine. Dans cette partie complexe, relève encore Le Républicain Lorrain, les Etats-Unis ne sont pourtant pas dépourvus d’atouts car ils ont les moyens de faire pencher la balance selon leurs intérêts du moment. »

Péril à Athènes ?

A la Une également, la crise politique en Grèce… Une crise qui « inquiète l’Europe », s’exclame Le Figaro en première page. « Après quatre années de cures de rigueur drastiques, les Grecs ne se sentent plus représentés par leur classe politique, constate le journal. À ce jour, les sondages sont unanimes sur une probable victoire de Syriza, le parti de la gauche ­radicale dirigé par Alexis ­Tsipras. Berlin et Bruxelles suivent la situation avec inquiétude : que deviendrait le redressement budgétaire de la Grèce et sa réforme structurelle en cours, si un gouvernement de la gauche radicale présidait aux destinées du pays ? »
Pour Le Figaro, la réponse est claire, il y a « péril à Athènes : après six ans à maintenir le pays sous perfusion, les premiers ­signes de reprise se font sentir. Les Grecs ont accepté des sacrifices dont peu d’Européens mesurent la brutalité. Tout cela risque d’être remis en question par l’arrivée au pouvoir de populistes décrétant la fin de l’austérité et le non-remboursement d’une partie de la dette. »
Et attention, prévient Le Figaro, « ce rejet rencontre un écho bien au-delà du Péloponnèse. Dans toute l’UE, l’austérité prônée par Bruxelles et Berlin profite aux partis eurosceptiques. Si elle a pu être justifiée économiquement, elle devient politiquement invendable. Après l’apurement de ses mauvais comptes budgétaires, l’Europe approche de l’heure des règlements de comptes électoraux. »
Alors, conclut L’Alsace, « la chance - ou le risque - de victoire du parti de gauche radicale qu’est Syriza à ces élections législatives, que prédisent les sondages, sont de la responsabilité du peuple grec. Bien sûr, il y a une part de démagogie et des promesses qui seront difficiles à tenir dans les discours des responsables de Syriza. Mais ce ne sont pas les premiers, ni les derniers, en Grèce comme ailleurs en Europe. Quant à savoir si Syriza, qui n’a pas encore gagné, peut montrer la voie à d’autres partis de la Gauche unitaire européenne, il est bien trop tôt pour le dire. »

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail