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Chronique des médias

Al Jazira et sa realpolitik en Egypte

Audio 02:20
Une capture d'écran du live d'Al Jazira
Une capture d'écran du live d'Al Jazira livestation.com/en/aljazeera-mubasher-misr

Le groupe al-Jazira a décidé de suspendre sa chaîne égyptienne quelques jours avant le verdict de la cour de cassation annulant la condamnation de ses trois journalistes au Caire.

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Les deux aspects sont bien entendu liés et témoignent d'une volonté du groupe audiovisuel qatarien de normaliser ses relations avec le régime militaire du président al-Sissi. En suspendant fin décembre sa chaîne satellite Al Jazeera Live Egypt, qui couvrait les manifestations favorables aux Frères musulmans, le Qatar a rendu possible un nouveau procès pour ses trois journalistes détenus en République arabe d'Egypte. Alors, certes, la décision de la cour de cassation, qui vient d'invalider au Caire leur condamnation à sept ou dix ans de prison, a été accueillie par une grande déception de la part des familles et des journalistes qui attendaient une libération immédiate. Mais il n'empêche que c'est tout même la certitude d'un nouveau procès que l'on peut espérer plus équitable avec la nouvelle politique de Doha envers l'Egypte.

Le Qatar cède en effet aux démarches entreprises par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis visant à arrêter tout appui aux partisans des Frères musulmans. Jusqu'au 22 décembre, ce petit émirat était le seul Etat arabe qui remettait en cause la légitimité du maréchal al-Sissi et, comme le note le New York Times, la suspension de la chaîne égyptienne d'al-Jazira, installée à Doha depuis son interdiction au Caire, semble montrer que les qatariens ont désormais accepté le rôle de l'ex-général putschiste. Al Jazeera Live Egypt ne sera plus la seule antenne égyptienne à montrer une manifestation de soutien à Istanbul au président islamiste renversé Mohammed Morsi.

Pour al-Jazira, qui a joué un très grand rôle dans les printemps arabes en encourageant la contestation vis à vis des pouvoirs totalitaires, il s'agit de ne pas se couper du pays arabe le plus peuplé et de prendre acte de la nouvelle donne politique. Pour l'Egypte, une normalisation avec le Qatar apparaît de son côté comme une victoire diplomatique alors même que le gouvernement cherche à faire revenir ses touristes et que Washington a accepté de reconduire son aide annuelle de 1 milliard et demi de dollars tout exhortant le régime a respecter la liberté de la presse. La détention de trois journalistes, dont un Australien et un Egypto-Canadien, et la campagne de presse qui a suivi en Occident cadrent mal avec le nouveau visage que veut se donner l'Egypte. Il reste maintenant à savoir si les poursuites contre la communauté gay, avec l'arrestation de 26 hommes accusés de débauche, ne révèle pas la véritable identité d'un régime prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Y compris en se montrant sur les libertés et les mœurs plus durs que les islamistes.

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