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Aujourd'hui l'économie

Haïti, un nouvel échec de l’aide internationale ?

Audio 04:09
Marché de Port-au-Prince.
Marché de Port-au-Prince. RFI/Assétou Samaké

Ce 11 janvier est une journée de deuil national et de commémoration pour les Haïtiens. Il y a 5 ans jour pour jour un séisme a ravagé le pays, faisant des centaines de milliers de victimes... Et la reconstruction n'est toujours pas terminée.

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Pour avoir une idée du délabrement dans lequel se trouvent encore les Haïtiens, voici quelques chiffres : à ce jour, 80 000 habitants vivent encore dans les abris construits dans l'urgence. 500 000 écoliers reçoivent chaque jour un repas chaud fourni par le Programme alimentaire mondial.

L'agence onusienne, dans l'appel aux dons qu'elle a lancé la semaine dernière pour couvrir 2015, estime que plus d'un million d'Haïtiens, c'est-à-dire 10 % de la population, auront encore besoin de son assistance cette année. Haïti n'a toujours pas retrouvé le niveau de développement de 2010. Haïti reste le pays le plus pauvre d'Amérique. Classé au 209e échelon mondial en termes de richesse par habitant, c'est-à-dire après la Corée du Nord ou la Sierra Leone.

La mobilisation de la communauté internationale a été pourtant très forte en termes de volume d'aide

10 milliards de dollars ont été promis au lendemain du tremblement de terre. Cela correspond à la facture des dégâts, selon le Fonds Monétaire International. Le chantier de la reconstruction était donc en grande partie financé. Même si tous les engagements n'ont pas été tenus, cette pluie humanitaire a bel et bien irrigué l'économie haïtienne, a ravivé puis entretenu la croissance en fournissant des emplois locaux et en dopant la consommation. Mais le miracle n'a pas eu lieu. D'abord parce qu'une bonne partie de l'aide est revenue in fine dans les poches des entreprises privées des pays donateurs.

60 % de l'aide américaine est revenue à des entreprises américaines, selon un institut de recherche indépendant basé à Washington. Sans parler des gaspillages, des détournements qui ont d'ailleurs alimenté la crise politique. Seulement 1 % de l'aide transite par le gouvernement. Le reste est géré en direct par les ONG ou les institutions internationales. En clair, Haïti demeure aujourd'hui comme hier un pays sous perfusion, totalement dépendant de l'aide extérieure, y compris de sa propre diaspora. L'argent renvoyé au pays par les émigrés représente cinq fois les recettes des exportations.

Les donateurs ont beaucoup misé sur le développement industriel d'Haïti, avec des résultats mitigés pour le moment

Certains ont vu en Haïti la future Taiwan des Caraïbes. C'est-à-dire un pays qui allait rattraper prodigieusement les émergents les plus performants en se spécialisant dans la sous-traitance comme l'a fait le Bangladesh. Le parc industriel de la ville côtière de Caracol, qui est financé par des fonds américains, en est l'expression la plus aboutie. Mais les promesses tardent à se réaliser. Au lieu des 20 000 emplois attendus en deux ans, on en est à 5 000. Et si Miami est bien à 45 minutes d'avion, il faut toujours 24 jours de délai pour exporter une marchandise vers les États-Unis, procédure administrative comprise, c'est-à-dire plus qu'il n'en faut pour relier la Thaïlande aux États-Unis.

Sans parler des difficultés pour importer les matières premières dont Haïti est totalement dépourvue, ou encore des problèmes récurrents d'approvisionnement énergétique. Le développement de ce parc industriel, comme d'autres projets aussi fous qu'une usine fabriquant des tablettes, fait bien partie de la solution, mais ne constitue pas la solution en soi, selon un expert américain. Développer les infrastructures, la gouvernance, le cadre juridique d'une part, s'occuper de l'agriculture d'autre part, ce sont d'autres priorités toutes aussi déterminantes pour l'avenir du pays, pour sortir enfin de l'assistance.


♦ En bref dans l'actualité économique :

L'Allemagne parvient à l'équilibre budgétaire avec un an d'avance


Berlin a voté un budget à l'équilibre pour 2015, or cet objectif a vraisemblablement déjà été atteint dès 2014, selon Handelsblatt, le quotidien allemand des affaires. L'Allemagne a donc plus de latitude pour relancer l'économie par la dépense publique, ce que demandent instamment ses partenaires européens.

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