Chronique des matières premières

La lutte contre le bois illégal piétine au Cameroun

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Des arbres coupés au Cameroun.
Des arbres coupés au Cameroun. AFP photo - Delphine Ramond

Le rapport de Chatham House souligne l'absence de progrès dans la lutte contre le bois illégal au Cameroun.

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La lutte contre le bois illégal piétine au Cameroun. La moitié de la production camerounaise serait encore illégale, que le bois soit vendu localement ou exporté. D'après l'ONG Chatham House les progrès ont cessé depuis 2010. C'est pourtant l'année où l'accord de partenariat volontaire (APV) a été signé entre le Cameroun et l'Union européenne pour établir la légalité du bois susceptible d'entrer en Europe. Mais côté camerounais, la mise en œuvre de cet accord tarde à entrer dans les faits, la législation nationale ne suit pas, le droit foncier est encore flou, les informations ne sont pas publiées, les contrôles des grumes sont insuffisants, faute de moyens, sur le territoire comme aux douanes, et le dialogue avec la société civile est au point mort.

Si les exportations de bois illégales sont de plus en plus difficiles vers l'Europe, depuis l'entrée en vigueur du règlement bois européen, il y a deux ans, le bois illégal trouve des débouchés accrus en Chine, au Vietnam ou en Inde. Mais c'est surtout la transformation artisanale au Cameroun qui absorbe le bois illégal, souligne Alain Karsenty, expert du CIRAD. Un secteur informel qui a explosé, à mesure que le bois des concessions devenait inaccessible aux bourses des Camerounais. Pourtant ce secteur informel ne demande pas mieux que de payer des taxes, plutôt que d'être victime de la corruption.

Là encore la législation fait défaut au Cameroun. L'Association technique internationale des bois tropicaux (ATIBT) souhaite aider le Cameroun à légaliser son secteur informel, elle veut aussi promouvoir le bois certifié auprès des importateurs européens, devenus frileux devant le bois tropical depuis qu'ils peuvent être sous le coup des sanctions de l'Union européenne. Le président de cette association, Olman Serrano, espère enfin que la Chine mettra en place à son tour un système de contrôle de la légalité du bois. Elle y a intérêt puisqu'elle revend en Europe les meubles qu'elle fabrique à partir du bois tropical africain, et que le règlement européen s'applique aussi aux produits forestiers transformés.

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