Revue de presse Afrique

A la Une: Simone Gbagbo à la barre

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Simone Gbagbo dans le box des accusés.
Simone Gbagbo dans le box des accusés. AFP PHOTO / SIA KAMBOU

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C’est une Simone Gbagbo bien décidée à en découdre qui s’est présentée hier matin devant les juges de la cour d’assises d’Abidjan. « Des 83 pro-Gbagbo poursuivis dans le cadre de la crise post-électorale en Côte d’Ivoire, l’ex-Première dame était sans doute la plus attendue à la barre, relève L’Intelligent. Simone Gbagbo s’est expliquée sur les chefs d’accusations retenus contre elle. A savoir atteinte à la défense nationale, attentat ou complot contre l’autorité de l’Etat, constitution de bandes armées, direction ou participation à mouvement insurrectionnel, trouble à l’ordre public. »

Et elle est restée droite dans ses bottes : « Quatre ans après la crise post-électorale, Simone Gbagbo n’a renoncé à rien, constate encore L’Intelligent, et demeure dans la même posture. Elle estime toujours que c’est Laurent Gbagbo qui a gagné l’élection, que Choi, l’ancien représentant du secrétaire général de l’ONU en Côte d’Ivoire, et la communauté internationale ont fait un mauvais travail, et qu’elle n’a rien fait. Sa vérité, la vérité du camp Gbagbo, contre la vérité des autres, et au-delà du camp Ouattara, estime le journal, contre la vérité du reste du monde. »

« Simone Gbagbo très très offensive », s’exclame de son côté le quotidien d’opposition Le Nouveau Courrier, avec une photo de l’ex-Première dame souriante et décontractée. Le Nouveau Courrier qui résume en Une les débats d’hier : « Choi, Sarkozy, Ouattara smashés ; l’avocat du RDR humilié ; des vérités crues jamais dites. »

Les avocats des parties civiles tournés en dérision…

Et il est vrai, relève L’Eléphant Déchaîné, que Simone Gbagbo a « tourné en bourrique ses accusateurs. […] « Je veux qu’on me montre ce qu’on me reproche », a déclaré à plusieurs reprises l’ex-Première dame, suite aux questions des avocats. C’est en cette phrase que pourrait se résumer la sérénité et la confiance avec laquelle Simone Gbagbo s’est présentée à ce procès. Au cours de cette comparution, elle a donc tourné en dérision les avocats de la partie civile, pointe l’hebdomadaire satirique, visiblement à cours de preuves palpables. « Soyez courtoise avec les avocats », a demandé le président de la cour à l’accusée, qui mettait en difficulté les défenseurs de l’Etat. »
Et L’Eléphant Déchainé de dénoncer « le manque d’éléments matériels probants » fournis par l’accusation.

Des articles de presse pris dans le journal Le Patriote, le porte-voix officiel du RDR, des PV de comptes rendus de réunions tenues à la résidence de l’ex-couple présidentiel d’alors, des déclarations d’officiers de la police judiciaire, voici les éléments brandis par l’accusation pour établir la culpabilité de l’ex-Première dame dans les faits qui lui sont reprochés. « Bien maigre artillerie ! […] Après le procès des militaires qualifiés de pro-Gbagbo, où l’oralité a prévalu durant tous les débats, ce procès en assises est résolument en train de suivre le même chemin ! Dommage, conclut L’Eléphant Déchaîné, qu’en lieu et place de preuves irréfutables, la tradition orale commence encore à être la vedette de ce procès-fleuve ! »

Vers la réconciliation ?

Dans la presse de la sous-région, on s’interroge également sur cette première audience et plus largement sur la portée de ce procès. « A voir Simone Gbagbo sourire largement aux journalistes, on a bien envie de se demander si elle n’a pas déjà finalement gagné son procès, lance le site d’information Fasozine. En tout cas, ceux qui s’attendaient à la voir autrement ont dû se mordre les doigts. Cette attitude pour le moins optimiste, voire provocatrice, de l’ex-patronne présumée des « escadrons de la mort » jette quelque peu un discrédit sur ce procès que d’aucuns n’hésitent pas à ranger à la rubrique de la justice des vainqueurs. »

Attention, prévient le quotidien Aujourd’hui à Ouaga : « le pouvoir ivoirien sait que la justice ivoirienne joue à fond son sérieux. Et du coup, peut sortir davantage écornée, d’autant plus qu’elle traîne déjà un parfum de partialité. En refusant de livrer Simone Gbagbo à la CPI, la justice ivoirienne doit montrer lors de ce procès, suivi quasiment en mondovision, que derrière cette accusation n’affleurent pas et surtout ne dominent pas des mobiles politiques, même s’il est vrai que l’actuel pouvoir n’a pas de raison de faire de cadeau à Simone Gbagbo. »

Du coup, lance Le Pays, toujours au Burkina, « on peut se demander, au regard de l’attitude de l’ex-Première dame au cours de cette première sortie, quelle perspective s’offre désormais à la volonté affichée du président Ouattara de parvenir à une réconciliation des Ivoiriens. L’attitude de Simone Gbagbo constitue, en tout cas, un grain de sable dans le soulier de l’actuel président et pourrait bien gêner sa marche vers la réalisation de cette promesse phare de son mandat. »

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