Revue de presse française

A la Une: l'islam de France à l'heure de la réforme

Audio 06:13
AFP

Publicité

« Cela fait vingt-cinq ans, rappelle Le Monde, que la question est posée : la République laïque doit-elle - et comment - aider les Français musulmans à s'organiser pour consolider l'expression d'un " islam de France " ? Un islam fidèle aux valeurs de la République, capable de répondre aux multiples problèmes cultuels et culturels qui se posent à la seconde religion du pays. »

« Mais cela fait vingt-cinq ans, reprend l’éditorial du quotidien, que les gouvernements, de gauche comme de droite, ne parviennent pas à trouver une réponse satisfaisante. »

« Le diagnostic est quasi unanime, pose le journal. Le manque de représentativité [du Conseil français du culte musulman] a accentué le fossé entre les premières générations musulmanes, issues de l'immigration, et les suivantes, nées en France. La démarche annoncée au lendemain des attentats parisiens de janvier est donc salutaire », juge Le Monde, qui prévient néanmoins : « Les écueils ne manquent pas, à commencer par le risque d'enfermer les musulmans dans une " communauté " qui les isolerait plus qu'elle ne favoriserait leur intégration dans la société française. »

« Quand la machine bloque, il faut trouver une solution pour lui redonner de l’élan », juge Le Figaro. « Depuis 2012, le gouvernement socialiste ne sait comment s’y prendre avec le Conseil français du culte musulman », estime le journal conservateur.

« Quand cette organisation n’affronte pas une crise extérieure, comme celle des attentats de janvier, elle gère ses crises internes. Elles sont structurelles et récurrentes. Elles sont liées non pas à un islam de France, mais à des islams établis depuis longtemps en France, qui restent tributaires de leur appartenance d’origine. »

Le Figaro pronostique un dessaisissement du CFCM de plusieurs dossiers que le gouvernement juge prioritaire ; la formation des imams, l’abattage rituel, le financement des mosquées, mais aussi le dialogue interreligieux. La première réunion de l’instance de dialogue entre les autorités et les représentants religieux aura lieu avant le 17 juin, précise le journal. « Quelle sera l’efficacité opérationnelle de réunions qui s’apparenteront plutôt à une sorte de forum ? », se demande de son côté La Croix.

« On peut présumer qu’elle sera faible », juge le quotidien catholique. « Cela ne veut pas dire pour autant que cette instance de dialogue sera inutile [...] Le scénario idéal serait que le travail de cette instance contribue à un processus de structuration interne de l’islam en France. Dans le meilleur des cas, cela prendra beaucoup de temps mais le pari mérite d’être tenté », conclut La Croix.

Alignement des astres économiques

« On attendait de Manuel Valls des annonces fortes sur le sujet », écrit La Voix du Nord. « On attendra encore car après avoir subi la " fronde " d'une partie de sa majorité sur la loi Macron, le Premier ministre a décidé d'avancer prudemment sur les questions qui fâchent à gauche. Il y aura bien une loi d'ici l'été pour assouplir les seuils sociaux et les obligations des employeurs. Mais Manuel Valls n'a pas dit un mot hier des 35 heures ni d'un changement des règles de l'assurance chômage. Autant de sujets que son ministre Emmanuel Macron ne se prive pas de mettre sur la table dès qu'il en a l'occasion, à la manière d'un certain Manuel Valls lorsqu'il était candidat à la primaire socialiste en 2012 ! »

« Reste à trouver un bon équilibre dans la concertation », juge Ouest France. « Les crispations seront vues comme les signes d'une démocratie sociale vivante, à condition que les échanges permettent, au nom de l'intérêt général, de dégripper et de simplifier les situations. Sans dogme, sans corporatisme exacerbé. En prend-on seulement le chemin ? À deux ans de la présidentielle, certains disent qu'il ne faut pas en espérer grand-chose. Elle est pourtant capitale. »

Mais « il y a plus grave », s’alarment les Dernières nouvelles d’Alsace. « Ce dialogue social ne concerne qu'une partie des actifs, qui se rétrécit : ceux qui travaillent dans le privé avec un bon contrat. Les fonctions publiques ont d'autres façons de faire. Les chômeurs ont d'autres soucis. Tous les précaires, en contrats courts ou fragiles, en temps partiel subi, pour certains sans contrat du tout, qui ne font que passer et désespèrent de rester, sont les oubliés de cette belle mécanique. Or c'est là surtout que se vivent la galère et la violence sociales, que se creusent l'incompréhension et la rancœur, que s'évanouissent le goût du travail et le sens de l'entreprise. C'est peut-être une bonne idée d'adapter les outils du dialogue. Peut-être faudrait-il un peu réfléchir aussi à ceux qui, quand d'autres se parlent, restent sans voix », juge le quotidien régional alsacien.

« François Hollande aura donc réussi à inverser la courbe du chômage en 2015. Au moins pendant un mois », ironise Sud Ouest. « Cette année a en effet moins mal commencé que les précédentes. Comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, le gouvernement avait appris dans la même après-midi que la Commission européenne lui accordait un nouveau sursis […] Plutôt que d'imposer à la France des sanctions, elle lui accorde un délai jusqu'en 2017, année qui s'annonce décidément chargée en échéances », badine le quotidien bordelais.

« Le Pérou est encore loin », met en garde Le Figaro. « Pour la troisième fois en deux ans, François Hollande s’est hasardé à nous prédire une sortie de crise. On aimerait le croire, en se souvenant cependant que la prévision économique n’est pas la discipline dans laquelle il excelle le plus. Qu’à cela ne tienne, cette fois le président est sûr de son fait. Pensez donc ! Chute du pétrole, baisse de l’euro, taux d’intérêt au plus bas, effet crédit d’impôt compétitivité, reprise américaine et même une vraie baisse du nombre de demandeurs d’emploi en janvier… Avec un tel alignement des astres, tout est permis. Ou presque. S’il s’agit de rêver d’une croissance " miraculeuse " de l’ordre de 1%, alors peut-être. En revanche, s’il faut croire que la France est sortie d’affaire, qu’elle a retrouvé une croissance forte, assortie d’un reflux du chômage, alors non. »

Des parlementaires à l’esprit « Rantanplan »

« Les voici réunis sur les sofas de la présidence syrienne, les mains croisées sur les genoux, la mine concentrée, écoutant avec attention l'exposé géopolitique du premier des Alaouïtes. » C’est le récit de La Nouvelle République. « Un socialiste, un centriste, deux UMP... Comment se sont-ils adressés à cette autorité officiellement infréquentable ? », fait mine de s’interroger le journal. « " Votre Excellence le Sanguinaire ", " Monsieur le Boucher et néanmoins Président " ? La mise en garde prudente et embarrassée du Quai d'Orsay souligne toute l'ambiguïté de la situation. Désavoué du bout des lèvres, ce voyage en classe affaires se préparait de longue date et sans mystère. Et s'il n'a pas été ceint du ruban tricolore des missions officielles, on ne l'a pas découragé, c'est clair », conclut La Nouvelle République.

« Faut-il avoir un esprit Rantanplan pour aller à Damas faire un brin de causette avec Assad ! » s’exclame de son côté l’Est républicain, en référence au chien un peu bêta de la bande dessinée Lucky Luke. « L'Histoire retiendra que parmi les premiers qui ont relégitimé hier ce dictateur sanguinaire en lui rendant visite, nous avions quatre parlementaires français. Le tout alors que notre pays affronte des fanatiques, du Mali au ciel irakien, en passant par Boko Haram au Cameroun, le Yémen et même à la maison où nos djihadistes français sèment la mort à Paris. S'agit-il d'éclaireurs avisés ou d'un mélange d'inconscience et d'inconséquence d'élus aux petits pieds ? » s’emporte le journal lorrain.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail