Chronique des matières premières

La Chine et la Russie inondent le marché de l'acier

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Un employé dans une usine d'acier dans la province du Hubei, en Chine.
Un employé dans une usine d'acier dans la province du Hubei, en Chine. Getty Images

Les exportations d'acier chinois, mais aussi d'acier russe, ont explosé en un an. Les autres pays producteurs d'acier commencent à réagir.

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La Chine et la Russie inondent le marché de l'acier et ça commence à inquiéter les autres pays producteurs. La Chine produit plus de la moitié de l'acier mondial, et elle en consomme un peu moins, la différence est exportée. Or en 2014, la demande chinoise d'acier a reculé pour la première fois depuis 30 ans (-3,4 %). Ce sont donc des volumes énormes d'acier qui rejoignent le marché mondial, commente Didier Julienne, spécialiste des métaux.

La Russie et l'Ukraine se sont également mises à exporter leur acier à tout va. Leur monnaie, le rouble et la hryvnia ont perdu la moitié de leur valeur en un an, ce qui rend l'acier de ces deux pays très compétitifs, d'autant que la production est intégrée, précise notre expert, avec les mines de charbon et de fer à proximité des hauts fourneaux. La conséquence, c'est le plongeon des prix de l'acier, qui met en péril l'industrie sidérurgique d'autres nations. L'Indonésie a réagi en imposant une taxe de 26 % sur l'acier de construction importé, chinois principalement, comme dans toute l'Asie du Sud-Est où Pékin a signé beaucoup d'accords commerciaux.

L'Inde a également pris peur. Grosse productrice d'acier, elle est redevenue importatrice nette l'an dernier avec des volumes d'acier chinois qui ont doublé : New Delhi vient d'imposer des droits de douane, les cinq mégaprojets d'infrastructures tombent également à pic pour soutenir la sidérurgie indienne. La Turquie, grande nation de l'acier, vient de lancer une enquête. Aux États-Unis et en Europe, inondés également, pas de mesure de rétorsion pour l'instant, mais les aciéristes souffrent du plongeon des prix, au plus bas depuis cinq ans, leurs marges ne sont sauvées que par la baisse des prix du fer, du charbon et de l'énergie.

Eurofer a tout de même demandé à l'Union européenne de protéger l'acier européen de l'acier chinois, rapporte MPE-Media ; il contient deux fois plus de bore qu'autorisé pour bénéficier d'une exemption de taxe à l'export en Chine, alors qu'il est vendu comme un acier sans alliage en Europe, avec pourtant des qualités moindres.

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