Revue de presse Afrique

A la Une: 10 ans de prison requis contre Simone Gbagbo

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© AFP/Pius Utomi Ekpei

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« En 5 heures, le parquet général a situé hier la responsabilité pénale des 82 accusés de la crise post-électorale, relève Fraternité Matin. Le ministère public qui poursuit à charge et à décharge a fait une analyse sélective des faits reprochés aux accusés. […] Contre l’ex-Première dame, Simone Gbagbo, donc, et quatre co-accusés que le Parquet général estime coupable des faits de troubles à l’ordre public, la peine de 10 années d’emprisonnement ferme a été requise. S’agissant du cas spécifique de Madame Gbagbo, il lui est reproché d’avoir tenu des réunions et animé des conférences pour appeler la population à la résistance contre l’autorité de l’Etat incarnée par le président élu, Alassane Ouattara. »

Vision plus engagée pour le quotidien Le Nouveau Courrier, proche des pro-Gbagbo : « dans sa plaidoirie sur le cas Simone Gbagbo, écrit-il, l’avocat général n’a pas cherché midi à quatorze heures pour étayer son réquisitoire. Sans aucune preuve, l’avocat s’est basé sur les allégations mensongères qui avaient été proférés par des soi-disant témoins triés sur le volet lors de l’audition de Simone Gbagbo. L’on se rappelle que lors de cette audition, ces témoins avaient été simplement hors sujet. Le show qu’ils nous avaient donné de voir et d’entendre était digne d’un spectacle comique. Car aucun d’entre eux n’avait un discours véritablement cohérent. »

Et surtout, relève encore Le Nouveau Courrier, « le fait notable lors de ce réquisitoire est que tous les chefs d’accusation d’atteinte à la sûreté de l’Etat, d’attentats et de complots contre l’autorité de l’Etat ont été systématiquement abandonnés. Comme par magie. »

Main légère…

En effet, note le quotidien Aujourd’hui à Ouaga, « la justice a beaucoup louvoyé dans le cas de Simone Gbagbo. Il était au début question de l’accuser “d’atteinte à la sûreté de l’Etat”. Mais à la fin, cette accusation a été abandonnée pour celles de “participation à un mouvement insurrectionnel”, de “troubles à l’ordre public” et de “constitution de bandes armées”. La madrée passionaria de la galaxie Gbagbo avait déjà perçu ce qui s’apparente à une faille de ces assises d’Abidjan et avait, dès les premiers jours de son procès, déclaré goguenarde : “Jugez-moi sur des faits et non sur des rumeurs”. Une façon pour Simone de montrer que le chef d’inculpation était superfétatoire ou, à tout le moins, ne volait pas haut. »

Alors finalement, s’interroge Aujourd’hui, « la justice ivoirienne a-t-elle voulu avoir la main légère contre Simone Gbagbo ? Veut-on éviter d’en faire une martyr à bon compte ? […] On a en tout cas la vague impression, en attendant le verdict, que la justice a voulu tenir compte de cette donne fondamentale qu’est la réconciliation, estime le quotidien burkinabé, la commission éponyme, qu’a conduite Charles Konan Banny n’ayant pas pu parvenir à la paix des cœurs, qui, on le sait, ne se décrète pas à coup de décret. »

Analyse similaire pour Le Pays toujours au Burkina : « à l’évidence, une éventuelle lourde condamnation des pro-Gbagbo pourrait porter un coup dur à la réconciliation entre fils et filles de la Côte d’Ivoire. Leur condamnation pourrait plonger le pays dans une instabilité de nature à perturber le scrutin présidentiel. Car, quoi qu’on dise, pointe le journal, ils bénéficient toujours de la sympathie de nombreux Ivoiriens dont certains pourraient voir en ces condamnations, une stratégie du pouvoir en place pour écarter de potentiels adversaires comme Affi N’Guessan qui ne fait plus mystère de sa volonté de se porter candidat du FPI à la prochaine présidentielle. Mais, s’interroge Le Pays, faudrait-il, au nom de ces considérations, blanchir des criminels ? Que diraient les parents des victimes dont la soif de justice est grande ? En tout état de cause, la Côte d’Ivoire est à la croisée des chemins. Le président Ouattara fait face à une quadrature du cercle. Il dispose certes du pouvoir de grâce présidentielle qu’il pourrait accorder aux condamnés, mais quelle compensation suffisante pourrait-il donner aux parents des victimes pour apaiser les cœurs ? »

Main lourde…

Enfin, la plupart des journaux ivoiriens et de la sous-région sont d’accords pour estimer que l’amende de 2 000 milliards de FCFA demandée avant-hier par les parties civiles aux pro-Gbagbo est tout à fait excessive… Le quotidien Le Temps la juge « surréaliste ». L’Eléphant Déchaîné ironise : « deux mille milliards de dommages et intérêts à titre solidaire, voilà qui devrait donner un violent coup d’accélérateur à l’émergence prévue pour dans cinq petites années. On dit merci qui ? »

« Oui vous avez bien lu, s’exclame L’Observateur Paalga à Ouagadougou, 2 000 milliards de FCFA, soit un peu plus de la moitié du budget d’un pays comme le Burkina Faso. Coupons court à votre étonnement pour vous rappeler que dans le droit ivoirien, l’État peut se constituer partie civile pour demander des peines civiles (dommages et intérêts), quand le parquet général requiert des peines pénales (prison…). Mais même avec ça… »

En tout cas, ce mercredi débutent les plaidoiries des avocats de Simone Gbagbo et de ses co-accusés. « Il va leur falloir déployer toute leur science, relève le site Guinée Conakry Infos, pour démonter une à une les charges qui pèsent contre leurs clients. Pour exiger 10 ans de prison ferme à l’encontre de Simone Gbagbo, il aura fallu quatre longues heures de réquisitoire. Alors, s’interroge le site guinéen, combien de temps prendront les plaidoiries, pour tenter de désarçonner la partie adverse ? »

 

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