Aujourd'hui l'économie

Le salariat fait sa révolution

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Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, lors d'une rencontre avec le Premier ministre, le ministre du Travail et des partenaires sociaux, à Paris, le 25 février 2015.
Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, lors d'une rencontre avec le Premier ministre, le ministre du Travail et des partenaires sociaux, à Paris, le 25 février 2015. AFP/Stephane de Sakutin

La réforme du contrat de travail continue à être âprement discutée en France. D'après Laurent Berger, le numéro un de la CFDT, pas question de toucher au CDI, « le dossier est clos ». Pourtant, à l'Elysée, on envisage bien la généralisation d'un contrat intermédiaire, le contrat de chantier. Des divergences qui alimentent le débat sur l’avenir du salariat.

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L'objectif, c'est d'inverser cette courbe du chômage qui s'obstine à grimper. Le contrat de chantier répandu dans le bâtiment pourrait être étendu à l'ensemble des services aux entreprises. Ce contrat à durée indéterminée autorise l'employeur à licencier le salarié quand la mission programmée, en l'occurrence un chantier, est achevée. Le patronat rêve carrément d'un contrat de chantier lié non pas à une mission, mais à l'évolution du carnet de commandes ou du chiffre d'affaires de l'entreprise. Un contrat qui pourrait de fait très vite enterrer le contrat à durée indéterminée.

Pour l'ensemble des syndicats, c'est niet. Ce coup de rabot sur les droits des salariés n'est pas la bonne réponse au chômage, argumentent-ils. La plupart des économistes leur donnent raison, c'est d'abord la croissance qui crée de l'emploi, et ensuite la baisse des charges, mais pas vraiment la flexibilité des contrats. 

Dans les faits le recours au contrat à durée indéterminée tend à se diluer en France

C'est encore le contrat majoritaire, mais il est rarement utilisé pour une première embauche. Il est systématiquement précédé de contrat à durée déterminée. L'obtention d'un CDI se raréfie et il n'est plus synonyme de longue carrière dans l'entreprise, voire d'un emploi à vie. Les actifs nés dans les années1940 signaient en moyenne deux contrats dans leur vie, la génération née dans les années 1960 serait plutôt à 4 contrats.

Les conditions de travail se sont aussi dégradées avec une pression de plus en plus pesante. Et insidieusement les entreprises ont externalisé beaucoup de fonctions à des sociétés ou des indépendants qui eux ne disposent pas du CDI et de son cortège d'avantages. Le pacte proposé par ce CDI a été de facto rompu par l'employeur. Sensibles à cet effritement de leurs droits, prompts à changer de vie, les Français souhaitent de plus en plus travailler autrement, à domicile par exemple, grâce au numérique.

La technologie est en train de bouleverser le marché du travail  

Internet a changé la donne. Avec une montée en puissance des auto-entrepreneurs plus facilement employables via la toile. On parle volontiers de l'« uberisation » du marché de l'emploi. D'après une étude réalisée aux États-Unis auprès des chauffeurs Uber, la majorité d'entre eux (53 %) avaient un travail salarié à plein temps avant de proposer leur service de transport, ils ne sont que 31 % à conserver cet emploi en CDI, les autres abandonnent le statut de salarié pour devenir indépendants.

Aujourd'hui en France, Amazon met une plate-forme à la disposition des auto-entrepreneurs pour qu’ils proposent leur service. C'est bien une nouvelle forme de travail qui se répand. Un million de Français ont opté pour ce statut d'auto-entrepreneur. Ils sont 4 millions au Royaume-Uni. Aux États-Unis, 53 millions d'actifs sont déclarés comme freelance. Ces nouveaux travailleurs, de plus en plus dépendants de la demande, sont parfois voire souvent moins bien payés, toujours moins bien protégés. Sanctuariser le CDI ne changera rien à cette révolution en cours. Pour l’encadrer, il est urgent d'accompagner ces nouveaux travailleurs en imaginant des droits attachés à leur personne plutôt qu'à l'entreprise.

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