Aujourd'hui l'économie

Le dollar met en souffrance les entreprises exportatrices

Audio 03:49
Dollars américains.
Dollars américains. Getty Images/Blackwaterimages

Les inconvénients du dollar fort commencent à se sentir de plus en plus dans l’économie américaine. Depuis un an, le billet vert s’est apprécié contre à peu près toutes les devises.

Publicité

Ce sont les entreprises américaines exportatrices qui souffrent de plus. Le dollar fort rend les produits plus chers, donc pénalise leurs ventes. La peine est double : d’une part sur leurs ventes et leurs profits réalisés hors des Etats-Unis qui diminuent une fois convertis, d'autre part sur leur compétitivité. Elle se dégrade face aux concurrents de pays dont la monnaie se déprécie. Les exportations de marchandises en dollars ont baissé de 3,8 % au cours des deux premiers mois de l’année par rapport à 2014. Les profits des multinationales américaines vont reculer aussi.

Pour l’ensemble de cette année, les spécialistes anticipent une baisse de 5 % des bénéfices des sociétés du secteur des hautes technologies. Selon une étude de l’université Duke en Caroline du Nord, deux tiers des entreprises exportatrices affirment que la hausse du billet vert a eu un impact négatif sur leur activité au cours du premier trimestre. Agroalimentaire, technologies, pharmacie et produits de grande consommation, aucun secteur n’est épargné. Par exemple, le bénéfice de Coca-Cola a chuté de 55 % au dernier trimestre. Selon le cabinet FireApps, la hausse du billet vert va diminuer de 12 milliards de dollars les revenus des entreprises américaines en fin d’année.

La cherté du dollar est devenue un vrai casse-tête pour les multinationales américaines qui hésitent sur les stratégies à adopter

Elles sont face à un dilemme : augmenter leurs prix à l'export pour compenser les pertes mais au risque de laisser partir leurs clients vers la concurrence, baisser les prix pour gagner en compétitivité, ou ne pas bouger et accepter des pertes de bénéfices. Tout dépend des secteurs et des pays où elles sont présentes. Par exemple, Quality Float Works, qui fabrique des capteurs pour réservoirs, a dû baisser ses tarifs de 20 % pour rester compétitif face à ses concurrents asiatiques, tandis qu’Apple a dû augmenter ses prix en Russie devant l'effondrement du rouble face au dollar.

Et en face, les compagnies étrangères se frottent les mains

Oui, surtout celles des pays dont la monnaie se déprécie considérablement face au dollar, comme c’est le cas de l’euro qui a perdu près de 30 %. C’est le cas du français l’Oréal face à l’américain Estée Lauder ou de l’avionneur européen Airbus face à son concurrent américain Boeing. En Asie aussi, le yen faible favorise les constructeurs automobiles japonais comme Toyota, Honda et Nissan contre General Motors ou Ford puisqu'ils peuvent faire des promotions sans dégrader leurs marges.
Autres bénéfices pour les pays de la zone euro, les entreprises américaines pourraient investir dans ces pays, car leurs investissements coûteront 30 % moins cher qu’auparavant.

Malgré ces chiffres, les autorités ne semblent pas inquiètes 

En effet, il faut relativiser l’impact du dollar fort. L’économie américaine ne souffrira pas autant que la Zone euro lorsque l’euro était surévalué. Les Etats-Unis dépendent moins que les économies européennes des exportations. Elles représentent que 13 % du PIB américain contre 46 % en Allemagne par exemple. La croissance américaine reste donc essentiellement dictée par la consommation intérieure.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail